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Au commencement du septième jour, de Luc Lang

27 Oct

Lu par Alys

critique3

Bouquetin

 

Le roman démarre sur un grave accident de voiture. Camille, la femme de Thomas, s’est crashée avec sa Mini et tombe dans le coma. Thomas encaisse le choc et démarre une nouvelle vie : s’occuper des gosses, rendre visite à Camille, essayer de comprendre son accident. Où allait-elle à 3h du matin ? Comment a-t-elle pu terminer dans le fossé alors que la route était une ligne droite ? Il encaisse, il encaisse. Au boulot, on lui fait comprendre qu’il faut qu’il change son comportement. La menace d’être viré de son boulot d’ingénieur (il développe des systèmes qui permettent aux employés de pointer / à leurs employeurs de les fliquer). Et puis un jour, il est à la plage avec ses enfants et apprend que Camille s’est remise à parler.
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Çà c’est la partie 1.
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On enchaine ensuite avec la partie 2, quelques mois plus tard. Thomas est seul, en train de faire une randonnée de haute montagne dans les Pyrénées. Il manque d’y laisser sa peau, au commencement du 7e jour. Un peu plus tard, toujours dans les Pyrénées, c’est les vacances scolaires et Thomas est chez son frère berger avec ses enfants. Jean, le frère de Thomas, y habite toute l’année, comme feu leur père, qui un jour est tombé. Il est étrange, énervé. Pauline, leur soeur, est absente, partie en Afrique il y a longtemps. Un Noël, avec leur mère et son nouvel ami, achève de cristalliser une tension à l’origine inconnue. On apprend que Camille est morte.
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Et puis la partie 3. Thomas est parti rejoindre sa soeur Pauline en Afrique, qui fait de l’humanitaire. Thomas galère à la trouver, se perd, rencontre des gens, fait de la taule en Afrique. On apprend que Jean est mort. Il s’est suicidé en sautant d’une montagne. Quand il arrive enfin à retrouver Pauline, il obtient l’histoire qu’il était venu chercher.
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Un roman assez captivant, en mode thriller psychologique. L’histoire est bien ficelée et les personnages sont attachants. On peine cependant à tenir la longueur (500 pages) et les grands écarts entre chaque partie sont parfois un peu frustrants. Certains points restent sans réponses. Ça ferait quand même une bonne petite série Netflix.
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mountain

Viens, viens sur la montagne

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Fortune de Mer, de Jean-Luc Coatalem

28 Oct

Lu par Bérénice

Capitalement glabre

En fait la note est zéro moustaches, mais l’illustration n’existe pas.

S’il y avait vraiment quelque chose à en dire cela serait déjà une avancée mais malheureusement le scénario ne rattrape pas la langue, et vice versa.

En dépit d’une scène de viol dont on sent qu’il attendait beaucoup, l’auteur ne peut même pas prétendre au Trop Virilo.

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Tristesse et consternation à Douarnenez.

Les faibles et les forts, de Judith Perrignon

18 Oct
Black beard

Black beard

Lu par Claire

Éditions Stock

Un livre qui poke là où ça fait mal

Un livre qui poke là où ça fait mal

Ce n’est pas parce que le président des Etats-Unis est noir que les problèmes de racisme ont disparu dans ce pays.

C’est sur ce brave constat digne d’une discussion à la boulangerie un dimanche matin que Judith Perrignon s’est magistralement appropriée la culture et la façon de parler d’une famille noire-américaine, sévèrement chahutée par une population intrinsèquement méfiante, abolition de la ségrégation ou pas.

L’indigne vieille femme est celle qui s’exprime le plus à travers les lignes de l’auteur, et sa vision historico-ironico-réac de la société, sa propre famille en premier, ne se lit pas sans un certain plaisir. Mary Lee, qui en a vu plus d’une et a elle-même grandi sous le joug de la ségrégation,  regarde d’un mauvais œil ses petits-enfants entrer dans le jeu de ceux qui leur crachent dessus. Car Mary Lee habite avec sa fille Dana, mère célibataire d’une tripotée d’enfants sans pères. Des enfants, et une fille, qui prennent tour à tour la parole sous la plume habitée de swing de Judith Perrignon.

les-faibles-et-les-forts-de-judith-perrignon-948874754_MLDe flashbacks historiques en critiques poétiques, Mary Lee repense au temps de son enfance, lorsqu’il était interdit aux enfants noirs de se baigner. Cette barrière culturelle à l’apprentissage de la natation, qui marque la société américaine depuis l’époque de l’esclavage, marquera la famille bien plus fortement que tout ce que le racisme quotidien n’avait pas encore réussi à faire.

Sans misérabilisme et avec une justesse de ton et de description étonnante d’un monde auquel elle n’appartient vraisemblablement pas, Judith Perrignon signe ici une parenthèse rafraîchissante dans le paysage désolé d’une rentrée littéraire en cruel manque d’inspiration. Peut-être parce que ce roman est inspiré d’une histoire vraie. Et que cette histoire se passe à des milliers de kilomètres de Saint-Germain des Prés.

La Réparation, de Colombe Schneck

5 Oct

Toupet reprisée

Grasset

Lu par Anne

En ouvrant La Réparation, surprise, il ne s’agit pas d’un énième roman autofictionnel d’un auteur autocentré qui ne parviendrait à se relever des dégâts infligés par le Nouveau Roman (ouais, je sais, je vais pas me faire que des copains, va y avoir débat à la prochaine réu, les cocos).

Jamais sans ma fille. Ou presque…

Si Colombe se met en scène – on ne se refait pas –, c’est bien pour étaler ses névroses mais pour une fois, on aurait du mal à l’en blâmer. Récapitulons : un beau jour, Colombe qui ne s’entend pas très bien avec sa maman décide pourtant de l’écouter et de nommer sa fille Salomé, comme sa petite cousine disparue dans les camps de concentration. Cette décision surprenante, accompagnée de cauchemars angoissés, va pousser Colombe Schneck à s’interroger sur les circonstances qui ont conduit à la mort de cette petite fille. Au prix d’une pérégrination physique et intellectuelle laborieuse, elle finit par comprendre l’impensable, à dévoiler le non-dit : la mère de Salomé a sacrifié son enfant plutôt que sa propre vie.

Grasset, ou la non-édition

Mais pourquoi, Grasset ? pour – quoi ? 

Alors que les derniers survivants s’éteignent peu à peu, il est une absolue nécessité de conserver en masse tous les témoignages de première ou de seconde main, les analyses académiques autant que la matière brute des récits. Bon. Mais l’on peut s’interroger sur la nécessité sinon historique alors littéraire du texte de Colombe Schneck. En lieu et place de la vision de l’auteur, qui sur un sujet aussi délicat aurait dû faire œuvre comme Daniel Mendelsohn avant elle, on découvre au mieux une enquête journalistique modestement rédigée, qui échoue hélas à émouvoir, à informer, à donner à réfléchir, à fasciner par un style, etc. Que Colombe Schneck ait ressenti l’impérieuse nécessité de relater cette histoire, on peut le comprendre. Qu’un éditeur ait décidé de le publier dans une collection littéraire, nettement moins, et que plusieurs jurys l’aient choisi pour figurer dans leur sélection, franchement pas. Les passages réellement littéraires apparaissent au mieux quand l’auteur, apparemment peu sûre de sa propre matière, cite Jorge Semprun ou Annie Ernaux. Pour le reste, malheureusement, Colombe Schneck semble bien peu inspirée.

Une certaine fatigue, de Christian Authier

28 Août

Appendice facial fatigué

Éditions Stock

Lu par Claire

Je ressens une certaine fatigue au moment fatidique de rédiger cette critique. Oui, parler de fatigue fatigue, tout comme regarder les J.O donne des courbatures, voilà une vérité vraie. Vlan.

Proposition de bundle en librairie

Pour ceux qui auraient la flemme de lire la critique en entier, ci-joint un condensé express anti-fatigue : concept de base ok, début ok, développement et fin ko. Pratique, c’est symétrique.

En fait, une fatigue certaine

Patrick, la quarantaine bien tassée, architecte reconnu d’une ville de province, heureux mari et père de deux ados, se rend compte à la mort de son propre père que le temps passe. Alors qu’il commence à se poser quelques questions existentielles un tantinet gênantes, le médecin lui annonce qu’il est frappé d’une leucémie foudroyante et qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre. Paradoxalement, Patrick s’attache à organiser sa mort avec un détachement et une application qui frisent à la maniaquerie, éprouvant même jusqu’à un plaisir coupable à faire le tri et le ménage dans sa vie. Alors le jour où le praticien ravi lui annonce qu’il y a eu une erreur de diagnostic et qu’il n’est pas près de sucrer les fraises, Patrick tombe dans ce qui ressemble à une dépression post-partum. Il abandonne maison, travail et famille et part s’installer à l’hôtel à cinq cents mètres de là. Non mais qu’est-ce que c’est que ces façons de lui voler sa mort ?

Jusqu’ici, le roman de Christian Authier tient la route : un concept original, un protagoniste attachant, une écriture fluide.

Seulement, les deux tiers restants du livre tombent dans la même phase dépressive que traverse Patrick, une élucubration nombriliste en manque flagrant de rythme. Il s’ennuie, on s’ennuie.

La fin – Patrick se rappelle soudain que sa chère femme lui manque et qu’il est temps de rentrer au bercail, oh !, ça tombe bien, elle l’a attendu presque un an sans moufeter – achève de nous dé-convaincre. Ça ne se dit pas ? Tant pis.

Le système Victoria, d’Eric Reinhardt

21 Sep

Stock

Lu par Gaël

Le Système Ribadier 2

Duvet systémique

Il y avait une chose qui me gênait dans Le système Victoria, et que je n’arrivais pas à identifier. L’unanimisme, le concert de louanges, pour un livre très construit mais qu’on aura oublié dans quelques années ? Pas seulement. Jusqu’à ce que je voie une photo d’Eric Reinhardt. Et alors j’ai compris : ce livre est profondément, univoquement, exclusivement branché. Il est l’équivalent du jean cigarettes – coiffure destructurée – veste en tweed noire vintage : fondamentalement travaillé, sophistiqué, pensé, auto-référencé, riche, dense et pourtant glissant au travers des doigts comme de l’époque.

L’histoire a été racontée cent fois et mieux qu’ici : un quarantenaire, tâcheron de la mondialisation – il dirige le chantier de la tour Uranus à La Défense et n’est payé que 4000 euros par mois – rencontre une femme incroyable, Victoria de Winter, DRH d’un grand groupe industriel autant que désincarné (on ne saura jamais ce qu’il fabrique, à part des chômeurs), ogresse du sexe et des stock options. Ensemble, ils vivent une folle histoire, d’amour, de cul, on ne sait pas vraiment. Ce qui est bien, c’est qu’on a tout le temps de se le demander avec le héros. A la fin elle meurt.

Cet homme est furieusement tendance, comme le tweed.

Evidemment il ne faut pas se fier à ce synopsis volontairement moqueur, car le livre a une certaine profondeur. Mais il a le même problème que la veste en tweed. Elle évoque à la fois la bohème, l’actualité, un certain luxe néanmoins, et par-dessus tout ça, la conscience d’envoyer un message. Le livre est pareil : le héros s’interroge, il s’analyse, il analyse Victoria, mais n’est pas Zweig qui veut (lui-même ne l’est pas toujours…). Le manque de mystère aboutit d’ailleurs au point que l’acmé du roman ne s’en situe pas au dénouement – on le connaît au bout de quelques pages – ni dans l’amour que se portent les héros – il culmine tellement dès leur première nuit qu’il ne saurait s’élever plus haut, Uranus ou pas – mais dans l’explication du titre, du système que tout le livre vise à exposer dans tous ses rouages, y compris certains qui ne nous intéressent guère.

La forme redouble ce travail sur soi, en un texte constamment éveillé à lui-même. Ainsi, tout est allégorique. : Victoria ? Elle gagne, bien sûr ; mais à la fin elle meurt parce qu’elle incarne l’hubris, et puis qu’elle s’appelle quand même de Winter.

Ainsi, les deux héros font-ils systématiquement l’amour pendant des heures – et le héros n’éjacule jamais, même s’il bande dru. A quoi sert ce fantasme adolescent, à part à se positionner pour le prix Trop virilo ? Il n’y avait vraiment aucun autre moyen de décrire l’excès amoureux ?

Ainsi, tel un hommage simplifié à Lacan, l’entreprise de Victoria se nomme Killofer, tout à la fois tueuse et métallique. Et la tour du héros s’intitule Uranus, qui prononcé à la Britannique évoque un des appas de l’héroïne (tant qu’à faire fi du mystère, autant se débarrasser de la pudeur).

Au final, c’est beau comme du Escher, ou comme du baroque qui n’aurait pas réussi à s’oublier. J’ai fini par penser que les lourdeurs faisaient pencher la balance.

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Lu par Xavier

Au départ, il voulait l'appeler "Le système Josseline"

Le système pileux

C’est un livre dont on connaît l’issue des les premières pages. Victoria, DRH d’une multinationale, femme fatale, objet de désirs du personnage principal, va mourir de manière dramatique. Ce dernier, a ruiné sa vie en l’espace d’une relation passionnelle d’un an à peine. On est fixé. Ce qui compte, c’est comment l’histoire en arrive là. Pour la dérouler, Eric Reinhardt n’est pas avare en précisions. Il prend son temps le long des 520 pages qui composent le livre. Et c’est tout à son honneur. Là où certains se noieraient dans des détails plombants, ou pire allégeraient leur narration au moyen d’ellipses téléphonées, l’auteur est toujours juste. Parlant à l’intelligence de ses lecteurs et remplissant leur attente d’en savoir toujours plus, il décrit avec précision l’état d’esprit de ses personnages. Pas d’autofiction, pas d’élucubrations fantasques, mais un roman ancré sur le réel. Et probablement l’un des meilleurs de cette rentrée. A mon avis.

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Lu par Anne

Duvet victorien

Il y a des livres qui vous révèlent à vous-même. En l’occurence, si Le Système Victoria ne m’a pas convaincue de plonger la tête la première dans les joies de l’adultère, il m’a permis de me découvrir une âme d’électrice du MoDem. Oui, ce roman a dévoilé la centriste qui sommeillait en moi. Car je rejoins Xavier pour dire qu’Eric Reinhardt y décrit avec brio et justesse les tourments passionels d’un quadra lambda sans jamais qu’on ne le soupçonne nullement de faire étal de ses médiocres expériences personnelles.

A l’inverse, je partage avec Gaël le sentiment que Reinhardt a laissé filer son roman. On a l’impression qu’il a écrit un premier jet qu’il a soigneusement découpé puis recollé façon puzzle, laissant passer des incohérences et des tiques à la longue agaçants. Je soupçonne au fond Eric Reinhardt de partager avec le Prix Virilo une qualité majeure : le poil dans la main.

Je concluerai donc en bonne nouvelle adepte de François Bayroux : Eric Reinhardt est un grand auteur qui se néglige. Il n’y a qu’à voir l’état désastreux de sa barbe. Le jour où Reinhardt se taillera une moustache en guidon de vélo du plus belle effet, la face de son écriture en sera certainement changée.

La ballade de Lila K., de Blandine Le Callet

16 Oct

Stock

Lu par Marine

Voilà un roman qu’il est sympathique. Je parie sur son inscription dans les listes de livres à lire au lycée  des professeurs de français d’ici quelques années. Sérieusement, le propos se tient de bout en bout, dans un univers de science-fiction genre « Banlieue 13 » (le truc produit par Luc Besson) mais en beaucoup mieux, cela va sans dire.

Très pédagogique à une époque où la caméra de surveillance devient un credo politique, où la sélection par le dépistage génétique pointe le bout de son nez, où l’autre devient l’ennemi (cf le merveilleux titre de l’Express de cette semaine : L’Occident face à l’Islam) et le clonage, un rêve de plus en plus avouable.

Ce qui est bien avec ce roman, c’est que tout n’est pas forcément bien qui finit tout bien, mais l’horizon y est meilleur qu’au début. Cela ne traumatisera donc pas des cohortes d’adolescents. J’attends même avec impatience la suite (j’ironise mais, je le jure, j’aimerais bien, je ne suis pas bégueule). Car ce roman a le mérite de ne pas se prendre pour plus qu’il n’est. Alors, certes, ce n’est pas un chef d’œuvre de la littérature contemporaine mais c’est honnête et il s’offre sans problème aux tantes, cousins ou copains (oubliez cependant votre boss qui pourrait y voir une critique de son management un peu trop serré…).

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