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Tangente vers l’Est, de Maylis de Kerangal

23 Fév

La fière moustache du cheminot

Editions Verticales

Lu par Claire

« Un corps qui se meut autour d’un centre est toujours prêt à s’échapper par la tangente. » Le mythique transsibérien s’étire au rythme de ses 60km/h, une lenteur placide qui tranche avec le mouvement de fuite frénétique qui a pris deux de ses passagers d’une fièvre soudaine. Hélène est française, et elle fuit sa vie en Sibérie auprès d’un amant russe  par trop amoureux de sa terre. Aliocha, jeune appelé au service militaire, tente d’échapper au destin de froid et de glace qui l’attend.

Le discret camouflage du déserteur

« Un point est toujours représenté par deux lignes qui se croisent. » Le point de rencontre de ces deux fuyards, c’est un compartiment du train, atmosphère lourde de relents de cigarette et de vodka, le paysage qui passe sans jamais s’interrompre, la complicité muette des hôtesses de bord, et une poignante proximité qui s’installe sans mots entre les deux échappés.

La belle écriture de Maylis de Kerangal nous donne, comme à Aliocha, « des cailloux dans le ventre. » Nous voilà entraînés sans retour dans une course-poursuite contre le destin, nous cognant aux portes au gré des secousses du train. Un roman qui aurait pu être remarquable, s’il n’avait été conçu comme une nouvelle.

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

3 Sep

Editions Gallimard

Lu par Claire

Tesson aime-t-il la vie de couple ?

Moustache fournie

Moustache sibérienne

« Je contemple ce radeau qui ressemble à la vie en Russie : une chose lourde, dangereuse, au bord du naufrage, soumise aux courants mais où l’on peut faire du thé en permanence. »

C’est en Sibérie, sur les rives du lac Baïkal, qu’a choisi de passer six mois en ermitage Sylvain Tesson. Seul, donc, la majorité du temps, si l’on exclut les espèces animales locales.

On a tous, du moins j’ose l’espérer, rêvé un jour de se retirer du monde ne serait-ce que quelques heures, afin de pouvoir répondre à cette angoissante question, loin du vacarme des chaînes télé et des soldes des grands magasins : suis-je capable de cohabiter seul avec moi-même? Même si nous, dodus et civilisés échantillons du XXIème siècle, nous aurions plutôt choisi un confortable mas provençal, voire un couvent de Toscane. En Sibérie, sachez-le (la rédaction rejette toute responsabilité), on trouve des ours, des russes, du poisson séché, et -30 degrés une bonne partie de l’année.

Equipement de base nécessaire à une telle retraite: une bonne soixantaine de livres, une quantité raisonnable de pâtes et de tabasco, et de quoi se saouler honnêtement à la vodka.

Sylvain Tesson nous offre ainsi le journal de ces six mois, le « laboratoire de ses transformations », parsemé de jolies formules et de pensées pertinentes sur notre rapport au monde, sans jamais vraiment tomber dans l’écueil de la critique virulente de notre mode de vie.

Le jury sur les pas de l'auteur

Des influences? Difficile de ne pas penser aux écrivains voyageurs, et autres Into the Wild. (Espoir: si Sylvain Tesson ressemble à Sean Penn, je pars pour Irkoutsk.)

Une sensation? Celle d’avoir entre les mains un bon et agréable outil de réflexion, qui économisera peut-être à certains le déplacement jusqu’au point N 54°26’45.12 / E 108°32’40.32.

En bref, comme une bonne tisane, une lecture qui non seulement ne peut pas vous faire de mal, mais pourrait même vous faire du bien.


« Aujourd’hui, quand on rencontre quelqu’un, juste après la poignée de main et un regard furtif, on note les noms de sites et de blogs. La société humaine a réussi son rêve : se frotter les antennes à l’image des fourmis. Un jour, on se contentera de se renifler. »

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