Tag Archives: Rivages

La correction, d’Elodie Llorca

27 Oct

Lu par… Bérénice

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Approximation pileuse

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Oh là là. Oh là là.

Le pitch : en dépit du titre et du mot « dominatrice » dans la 4e, le héros, correcteur professionnel, ne passe pas ses week-ends à la Fistinière ou autre lieu de plaisir. Il ne s’adonne pas à des parties fines en compagnie de sa femme ou de sa patronne. La revue n’est pas érotique mais elle possède un nom très snob (Revue du Tellière).

Le narrateur, sans grande ambition et à la joie de vivre limitée, fait son petit nid dans une revue littéraire apparemment sans grande qualité et aux multiples fautes à corriger. Il y trouve de plus en plus souvent des coquilles, qui le font s’interroger sur le sens de la vie, sa relation avec la taulière et son mariage (raté et mutique). Sortant de la cage de son bureau, il trouve un oiseau blessé. Il le cache la plupart du temps dans le placard de sa salle de bain, en amoureux des animaux, et vit mal la mort de sa mère. A la fin, il est libéré de ses angoisses et surgit une belle plume.

.Je n’exagère même pas, telle est la métaphore filée tout du long. Vous aussi vous trouvez qu’on vous prend un petit peu pour un abruti ?

.Certes, l’histoire est médiocre. Pire, elle est liée à un style franchement hasardeux. Le choix du passé simple + imparfait donne de très mauvais mélanges. Dans La correction, quand s’enchaînent « elle me demanda », « me répondit », « me vint » avec un « pressentais-je », on est sur le fil de la grammaire tandis qu’on bascule tout à fait dans l’agacement.

.On trouverait ça un peu drôle s’il était imprimé en 34 × 44 cm, mais même pas. Et en plus il y a des italiques à foison. Si ce n’était si mal écrit, ce serait juste un mauvais livre. Là, c’est un livre inutile.

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Retour aux traditions

Le Grand Jeu, de Céline Minard

7 Oct

Lu par Bérénice

 

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Moustache abîmée

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Je suis de celles qui ont adoré Faillir être flingué (prix Virilo 2013). Précédé par une immense réussite et possédant un titre historico-kiplingesque parfait, je me suis jetée sur Le Grand Jeu sitôt aperçu en librairie.

L’histoire tient en peu de mots : la narratrice, à la recherche d’elle-même et du dépassement, s’enferme dans la solitude la plus hostile et s’exerce au monde (après avoir tout de même acheté un gros morceau de montagne, fait hélitreuiller son nouvel habitat et acquis le nec plus ultra du matos, plus un violoncelle – sans doute un Stradivarius mais qu’importe, croyons-la lorsqu’elle précise que l’argent n’a aucune importance pour elle).

Sur ces hauteurs vertigineuses qu’elle parcourt avec l’agilité de l’écureuil, mais toujours finalement sur le même sentier, elle n’avait pas prévu la confrontation, au lieu du rien sinon elle, avec un être humain, improbable résident des mêmes hauteurs, occupant petit à petit son espace, ses sentes, ses pitons, ses refuges. La suite en trois mouvements :

Jalousie.

Rencontre ?

Jeu de la vie, jeu de la mort !

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Fig. 1 :  Juré portant un regard inquiet sur la rentrée littéraire 2016

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C’est très beau, mais c’est décevant. En étant plus introspectif, c’est moins abouti, trop écrit (exercice de style, je crie ton nom), presque auto-fictif (impression laissée sans doute à tort) et en tout cas oubliable.

Céline Minard fait preuve d’une maitrise ciselée de la langue dans ses descriptions, qu’il s’agisse de l’escalade (elle qui aime tutoyer les sommets mais a, de manière incompréhensible, expressément refusé le Prix Virilo), à laquelle je ne connais rien -mais j’ai transpiré quand même-, d’un intermède potager tout plein de noms précieux et d’une efficacité contestable, ou même du violoncelle, duquel je suis plus familière (et là non plus elle n’épargne pas sa narratrice : dix minutes de Pression de Lachenmann me semblent au moins aussi épuisantes physiquement que l’ascension de son 2 871 mètres fétiche).

Fig. 2 : juré méditant à la recherche d'un accessit

Fig. 2 : juré méditant à la recherche d’un accessit

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Pourtant, pourtant… on s’y ennuie. Le grand jeu de la mystérieuse nonne et de l’ermite suréquipée est-il autre chose qu’un manifeste capitalo-survivaliste?

Mary, d’Emily Barnett

27 Oct

Lu par Bérénice

Moustache imaginaire

Moustache imaginaire

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L’auteure est également journaliste aux Inrocks.

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