Tag Archives: José Corti

Au pays de la fille électrique, de Marc Graciano

12 Oct

Lu par Philippe

 

critique4

4 moustaches de ritAaaanoos (façon Kendji)

 

Je répugne à juger un livre non pour ce qu’il est, mais pour l’œuvre à laquelle il prend part. C’est le début des erreurs de jugement. Un bouquin faible qui suit une litanie de chefs d’œuvres y cache sa médiocrité. On juge le sillon déjà creusé dans lequel paunnamed2sse le soc émoussé. Et c’est ainsi que des critiques encensent nécessairement Modiano, Pennac et consorts à chaque livre. Jugeons le soc, pas le sillon.

Difficile pourtant de ne pas faire cette erreur avec le livre de Graciano, tant ce troisième roman prolonge le dessin de Quelque chose de plus grand, difficile à cerner, dont les traits encore embrumés diffèrent pourtant de ce que l’on voyait poindre à l’issue de l’éreintante quoique formidable lecture d’Une forêt profonde et bleue, l’année dernière.

Flashback.

2015. Tout le jury est obligé de se taper « Une forêt profonde et bleue» car finaliste du Prix Virilo.

On apprécie le style très osé de Marc Graciano. Un style hermétique, à la limite de l’autisme, syncopé, répétitif, hypnotique et précieux. Un style qui permettait de décrire à peu près tout, jusqu’au franchement dégueulasse – un viol par une pleine armée. Graciano ratait le Virilo, mais pas l’accessit « du livre qui donne ses lettres de noblesse à quelque chose qui ne les méritait peut-être pas » pour sa longue description du smegma d’un violeur. Nous avions surnommé par-devers nous cet accessit « le prix fromage de bite ». Je le dis car c’est important pour la fin de cette critique.

Bon, et alors cette année ?

Le pitch.

Cette année, Graciano revient avec « Au pays de la fille électrique », un titre nul qui reprend sans le savoir un jeu de mots de Souchon qui passe très bien en chanson mais, on le sait maintenant, très mal en titre de roman.

Et là, PLAF, syndrome du boucher « il est reste un peu, j’vous l’mets ? », Graciano nous ressort la même trame que le précédent livre (une forêt profonde et bleue), transposé à notre époque. Le viol, ici dès les premières pages, est particulièrement éprouvant.

Ce n’est franchement pas le bouquin à offrir à maman à Noël (sauf si maman aime le trash-rape-porn ET qu’elle sait que vous le savez). Bref, la fille survit on ne sait trop comment aux 40 pages de viol et à ce qui aurait dû être une hémorragie interne causée par une bouteille de bière brisée dans l’anus.

On la suit ensuite durant le reste du livre dans son chemin vers la mer et dans son existence de punk à chien propre et sans chien. Elle rencontre un survivaliste, un soignant formidable dans un hôpital psy, des flics gentils et blasés façon le p’tit quinquin et un vieux Ritano original, du moins dans la mesure où il est au croisement de plusieurs clichés (le clochard céleste, Joe l’indien et le pêcheur de Cabrel dans la Cabane du Pêcheur).

[ SPOILER ALERT ]: à la fin elle meurt d’une infection non soignée aux parties intimes.

Nan j’déconne. A la fin elle rentre dans l’eau de la mer. On est content pour elle

unnamed

Marc Graciano va vous faire aimer les produits laitiers

.

On en pense quoi ?

Plus facile d’accès, au style moins affirmé, aux descriptions moins méticuleuses, le livre perd en force. La description du viol, qui dans le précédent livre était gouvernée par un parti pris littéraire audacieux, semble ici (et c’est un procès d’intention) un peu plus gratuite. On cherche le propos de tant de gore. Pourquoi cette surenchère ? Montrer que l’on se remet de tout ? Faire plus marquant qu’Irréversible ?

Si on ajoute quelques autres défauts (la structure du livre, avec la scène la plus forte dès le début et puis après pas mal d’ennui ; le personnage du soignant – l’auteur l’aime trop, il est romantisé à l’extrême) on est obligé de se demander quel est le propos, quand le parti pris stylistique très fort du précédent ouvrage nous en exonérait. Ce relâchement stylistique rabaisse tout. Typiquement, quand les personnages des précédents romans étaient comme  des archétypes de mythes, le style plus direct les ramène ici à l’état de clichés.

La fin, assez WTF, avec une chouette incandescente dedans, laisse le lecteur très perplexe et pas mal déçu. C’est amusant mais on a acheté un livre, pas les pires épisodes de LOST édités en Folio chez CORTI.

Tout cela ne nous doit cependant pas nous faire oublier un truc super important : c’est tout de même très bien écrit.  

.

Donc:

☞ Pour ceux qui n’ont pas lu le précédent livre et n’aiment pas la fin de LOST avec des chouettes incandescentes qui donnent la vie grâce à leur cosmo énergie………………. 3 moustaches

☞ Pour ceux qui ont lu le précédent et aiment les auteurs obsessionnels………………. 4 moustaches, à condition que le prochain livre mette en scène le viol d’un chanteuse de prülllzt par une bande de Glorlors, dans une ruelle sombre de la planète Neptuna 5, en l’an 3403

☞ Pour ceux qui ont lu le précédent et n’aiment pas les œuvres à clefs ou les propos un peu flous sur les victimes de viols et sur la rédemption / résilience………………. 2 moustaches.

☞ Pour la famille de Marc………………. 2 moustaches : Marc ne va pas que bien. Il faut en avoir conscience. Il y a un truc qu’il expulse, là.

☞ Et enfin pour les amateurs de fromage de bite (on retrouve ce terme exact dans les pages du roman, dans une longue description puis dans la bouche de la violée, merci du clin d’œil, Marc, TU L’AURAS TON ACCESSIT) un grand 5 moustaches pour cette formidable nouvelle (vous pouvez vous arrêtez à la page 60).

Ce qui nous fait une moyenne plutôt à 3 moustaches, mais je lui mets 4 parce que je l’aime bien.

.

.

3b329e81d6ca1d8cd71ba8b68e6e020c

On en redemande

 

 

Une forêt profonde et bleue, de Marc Graciano

28 Oct

Lu par Bérénice

Moustache conquise

Moustache conquise

Sur le fil du style, Marc Graciano nous offre un magnifique roman, tout de contemplation mais sans négliger le souffle du conte.

Dans la lignée de Liberté dans la montagne, son premier roman, Marc Graciano enroule le temps autour de ses phrases et fait de chaque chose une inépuisable source de contemplation.

Érudit, atypique, il s’agit d’un livre qui propose quelque chose de très réfléchi et en même temps de très puissant. Il s’agit ici d’un objet littéraire neuf.

Lu par Paul

Moustache enthousiaste mais

Moustache enthousiaste mais

Le nouveau roman de Marc Graciano n’a effectivement pas d’équivalent dans cette rentrée littéraire et sans doute au-delà.

Le style dense et érudit invite à s’immerger intégralement dans cette oeuvre. Ou plutôt il l’exige, sous peine de sentir comme l’héroïne rapidement désarçonné.

.

Erreur du webmestre

Erreur de visuel. Le webmestre a dû travailler trop vitement.

Nora, de Robert Alexis

19 Oct

Corti

Lu par Philippe.

Merci Robert. Il est bon d’avoir des certitudes dans la vie, un phare, un repère dans nos doutes. Car après pas mal de pages indigestes, on en vient à douter de son goût, à donner à certains livres « mouais-bon-bof » les excuses de son humeur du moment. Dans ces cas, une page de Robert Alexis ou de quelques autres chouchous  et hop, on est rassuré dans notre jugement.

Le style de Robert, même s’il est trop inégal dans ce Nora, garde cette évidence lumineuse du travail bien fait, sans boursouflure ni posture d’auteur.

Pour le reste, Robert Alexis reprend ici ses thèmes de prédilection : La soumission volontaire, le sexe, la dépravation comme fenêtre sur notre bestialité, la morale redessinée par l’acceptation de ces penchants… Mais en plus didactique qu’avant, avec 6 nouvelles comme des petites leçons sadiennes, et un fil conducteur un peu laborieux malgré les belles pages d’écriture. Un Robert Alexis pour les nuls en somme, plus clair dans ses propos et dans sa démonstration mais peut être trop « prouvant ». A l’exemple de cette quatrième de couverture par laquelle  l’auteur explicite littéralement ce qu’il cherche à nous faire passer. Etait ce bien nécessaire ? Pourquoi cette peur d’être incompris ?

La lecture de NORA nous confirme s’il en était besoin que l’élitisme littéraire permet les plus grandes audaces. Si Alexis était plus lu, Houellebecq passerait enfin pour ce qu’il est : un excellent écrivain au spleen classique sur une matière moderne. Mais ni un rebelle, ni un révolutionnaire. Alexis, lui, souhaite foutre le feu à nos tabous et à nos normes. Les digues de la civilisation, il les plastique avec nos pulsions sexuelles. L’Ordre social est en danger.

Robert a mis sa soutane de professeur. Sa longue verge viendra battre les cancres.

U-Boot, de Robert Alexis

14 Oct

José Corti

Lu par Marine

U-Boot ou le dernier sous-marin nazi envoyé en mission par Hitler afin de sauver le IIIème Reich dans un acte fou et désespéré. U-Boot ou le dernier né de notre lauréat 2008. U-Boot ou un condensé des thèmes favoris de Robert Alexis, inceste et ambiguïté des genres, violence et rédemption impossible, fatalité et fabulation. U-Boot, ou une langue toujours aussi riche et un imaginaire toujours aussi particulier à l’auteur. Mais rien de neuf sous la coque du U-823.

Lu par Philippe

Ici, c’est le Virilo, OK ? Alors Robert, nous on l’aime. On lui doit des moments de lectures inouïs qui donnent à eux seuls le goût de se coltiner des kilos, oui des kilos madame, de pages indigestes qui tuent la forêt qui pleure.

Alors évidemment, même un amoureux viril demande parfois l’impossible. Certes ce livre est bon, ce style et juste, précis, et foisonnant. Le rythme des phrases est exemplaire. Nous découvririons Alexis que nous serions conquis. Mais la moustache à déjà mordu à ces lèvres là, et le parfum n’enivre plus des narines lasses qui attendaient le même fabuleux voyages que « Les Figures ». Robert Alexis, par un étrange calque de ses thèmes de prédilection, ne serait-il pour nous qu’une vieille courtisane ? Nous savons qu’il nous fera mentir en revenant en dominatrice l’année prochaine… A bientôt, donc.

Les figures, de Robert Alexis

5 Oct

José Corti

Lu par Philippe

Nous sommes au XVIIIe. Une jeune fille de bonne famille refuse un mariage tranquille pour enquêter sur la disparition de son frère, dont personne ne souhaite parler. Elle prend donc l’habit de sœur pour travailler dans un hôpital d’aliénés où un ancien collègue de son frère est professeur. Il lui livrera petit à petit des morceaux du journal de ce dernier. Mais tout à un prix.

Le livre de Robert Alexis est un escalier d’Escher cruel et efficace : nous pensions grimper vers la lumière de la connaissance… Nous descendons en fait, sans torche, dans les tréfonds de l’esprit. Et on n’y voit pas plus loin que sa moustache.
Nous imaginons bien comment il faudrait décrire le style d’Alexis : froid, tranchant, scalpel, dissection, efficacité…
Ce serait une erreur. Le vocabulaire est exact et riche, mains non technique. Les tournures sont sans esbroufe mais font sens. Les images sont précises et précieuses, mais toujours au service d’une narration fluide. Le pouvoir d’évocation de la langue d’Alexis est puissant. Rien ne dépasse, car tout est en place dans un style totalement maitrisé. En ce sens, « les figures » est une bouffée d’air frais dont un lecteur viril ne peut se passer. Point ici de figures imposées pour montrer que l’on a fait une khâgne ; pas de petite prétention stylistique superflue. Cela est d’autant plus remarquable que le voyage que nous propose Robert Alexis est dur, sans laisser de place à la sensiblerie. On y questionne nos tripes.
Aliénation de son corps, soumission à des règles avilissantes pour le savoir… Le livre offre une chambre d’écho entre les héros, chambre de laquelle il est difficile de ne pas ressortir étourdi. Qu’est ce qui est le plus terrible? Le maître de vice qui viole et tue, ou l’homme qui se soumet à l’autorité du sadique?
Nous refermons ce livre au style net comme une coupe au rasoir 1820, et l’on s’aperçoit que l’auteur nous a menés avec maestria où il voulait. Ce n’est plus juste un livre, c’est une expérience. Notre âme violentée est satisfaite.

____________________________________________

« L’écriture est superbe, le thème est intéressant. Je reste un peu sur ma faim pour le moment, mais je dois reconnaître que c’est ce que j’ai lu de mieux ces derniers temps en littérature française. »

%d blogueurs aiment cette page :