Tag Archives: gallimard

Chanson douce, de Leïla Slimani

2 Nov

Lu par… Anne-Sophie

critique4

Moustaches glacées d’effroi (façon Hibernatus)

 

Le roman s’ouvre sur une scène dont l’horreur tient en quelques mots : « le bébé est mort ». Et c’est la nounou qui l’a tué. Autant vous dire que dès le départ, on se sent un peu tendu du string.

Les deux premières pages n’augurent rien de bon : on s’attend à une version papier des Experts à Miami et autres Cold Case : scène de crime / flash-back / polar à la mords-moi-le-nœud. Ou au script d’un vieux Columbo, puisqu’en l’occurrence on connaît déjà l’identité du coupable.

Mais cette Chanson douce s’avère beaucoup plus intelligente que ça.

Le récit se concentre sur la vie des Massé et plus particulièrement sur celle de Myriam, wanabee-mère parfaite qui, comme il se doit, a parfois envie de défenestrer sa progéniture.  Plutôt que d’en venir à de telles extrémités, Myriam se dit qu’elle a bien le droit, elle aussi,  de faire passer sa carrière avant ses enfants. Donc la famille Massé engage une nounou.

La nounou en question, c’est Louise, fée du logis qui comble bien vite parents et enfants en aménageant pour les premiers une maison qui sent bon (« Il faut qu’elle ait des pouvoirs magiques pour avoir transformé cet appartement étouffant, exigu, en un lieu paisible et clair. Louise a poussé les murs. »), et pour les seconds, un monde imaginaire peuplé de jeux plus ou moins inquiétants.

En ouvrant son roman de cette manière, Leïla Slimani fait planer l’ombre menaçante de la scène finale sur le quotidien banal d’une famille parisienne. Car si l’histoire du couple carriériste noyé sous les to-do lists est plutôt bien vue, il ne s’agit que d’une toile de fond, tandis que l’essence du roman tend à répondre à une question subtile : mais pourquoi donc la nounou parfaite (cette pute) a-t-elle tué les enfants ?!!

On y vient.

Le temps passe dans l’appartement des Massé, au rythme des jeux, des devoirs, des travaux ménagers ; mais quand Louise rentre chez elle, son appartement est intact, à l’image de son visage de poupée et de son éternel et immaculé col Claudine. Le temps semble sur elle ne jamais s’écouler. Seule, sans eux, elle tourne en rond  en attendant la fin du weekend et se remémore les dimanches interminables en compagnie de sa fille (qu’elle ne voit plus) et de son mari (décédé).

Peu à peu, le masque de Louise craquelle sous le poids de son passé et d’un présent qui lui échappe. Et le lecteur s’enfonce avec elle dans cette trajectoire qui le terrorise mais lui interdit également de décrocher le nez du roman.

C’est brillamment et implacablement mené.

 

.

 

bebemoustache

Pour vous changer un peu les idées, le jury vous recommande le tout nouveau Prix Virilo des Maternelles (& crèches)

 

 

Mais aussi lu par… Alys et Bérénice

Fade duvet

Fade duvet

 

 

 

 

L’histoire est racontée plus haut, on ne va donc pas s’attarder. Deux parents, deux enfants, une nounou. Une relation qui part en vrille, et la nounou bute les gosses (c’est pas un spoiler, ça commence par ça). Bon, pourquoi pas. Mais le résultat casse pas des briques, principalement parce que :

1- il y a beaucoup de clichés : les bobos du 10e qui ne voient jamais leurs enfants et sont bourrés de condescendance pour leurs employées de maison. Lesdites employées de maison sont toutes d’origine étrangère, et sont toutes plus conviviales et plus maternelles que les mères qui osent sacrifier le temps qu’elles pourraient passer avec leurs enfants pour se consacrer à leur carrière. Sérieusement ? Et ces gamins bobos, alors, qui grandissent baignés de l’affection généreuse de ces femmes, et qui une fois ados ne leur disent même pas bonjour dans la rue car ils ont honte d’elle. Sérieusement ?

2/ les personnages sont un peu plats. La nounou d’abord, une personnalité psycho-rigide avec son chignon parfait et ses petits cols Claudine, mais tout de même si douée avec les enfants. Elle est à la fois attirante et frigide, elle a toujours adoré les gosses des autres mais pas la sienne, elle était mariée avant et maintenant elle est quasi asexuée. Elle s’habille glamour mais sobre mais chic quand même et habite en banlieue dans un studio. Elle n’a pas un rond mais gagne un salaire et ne dépense rien (ou alors c’est peut être les fringues ? On sait pas c’est pas mentionné). La mère, d’origine maghrébine, culpabilise de prendre une nounou maghrébine (sérieusement ? Et même, elle préfèrerait ne pas. Sérieusement ?). Elle est ambitieuse et aime son métier. Donc quelque part hein tout ça c’est quand même surtout de sa faute (rhaaa sérieusement ?). Et puis le mari, parce qu’il est surtout mari dans l’histoire avant d’être père. C’est pas trop de sa faute à lui tout ca hein. Du coup il est plutôt sympa, un poil libidineux (et à la limite vu le nombre de clichés on préférerait qu’il se la fasse, la nounou) et un peu gland.

3/ l’histoire est difficile à croire. On voit bien le mécanisme lent du déraillement vers la folie qui se met en place mais on ne comprend pas vraiment pourquoi elle déraille cette nounou, ni pourquoi elle continue à dérailler. Elle a eu d’autres gosses avant. Pourquoi ceux là ? C’est pas vraiment expliqué, du coup c’est pas vraiment crédible. Ah, elle est mélancolique délirante, du coup ça explique tout, parfait ce diagnostic médical qui tombe comme un cheveux sur la soupe. Sérieusement ?

4/ L’écriture est plaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaate. Tout est neutre, c’est très bon élève de 3e qui rend sa meilleure copie de l’année. Du coup, ça n’est absolument pas à la hauteur de la gravité de l’évènement, et certainement pas du barouf médiatique qui l’entoure.

En résumé, on trouve que Leila Slimani s’est pas trop fatiguée. Les personnages sont plats et clichés, l’intrigue n’est ni bien amenée ni expliquée. Au début on veut y croire, on s’acharne ; on finit par se rendre compte que rien n’avance. Du coup, c’est juste l’histoire d’un fait divers glauque, et en plus c’est fade. Repassez-nous le poulet à l’eau de javel.
On n'en reprendra pas, merci

On n’en reprendra pas, merci

 

 

L’autre qu’on adorait, de Catherine Cusset

1 Nov

Lu par … Antonin

critique3

Cucul la poiline

 

Cette année, l’accessit « Keyser Söze en fait c’est Kevin Spacey » de la 4e de couv’ qui balance la fin a d’ores et déjà été décerné à L’autre qu’on adorait, de Catherine Cusset. Ce livre retrace en effet la vie de : « Thomas, un homme d’une vitalité exubérante qui fut l’amant puis le proche ami de la narratrice, et qui s’est suicidé à 39 ans aux États-Unis. »

Thomas, donc, sympathique et passionné, manque Normale Sup’ puis s’expatrie aux USA, plein d’ambition. Étudiant à Columbia, tout semble possible. Mais les échecs se succèdent, amoureux (Sophie, Ana, Elisa, Olga, Nora, etc…) comme professionnels (Princeton, Portland, NYU, etc…). Pourquoi lui refuse-t-on les postes de Prof prestigieux? Est-ce son impossibilité à publier sa thèse sur « Proust et le classicisme » ou parce qu’il est trop brillant? Alors Thomas boit, choit et enfin comprend tout : c’est parce qu’il est bipolaire.

Un récit à la seconde personne du singulier, entre hommage et mise en abyme, qui aurait pu émouvoir. Pourtant certains ingrédients faciles nuisent à sa qualité.

Parallèles culturels douteux entre le héros et les Grands de ce monde ( « Proust et toi avez en commun l’extrême sensibilité artistique » ou « Vous connaissez tous les deux la maladie, pour Proust l’asthme, les étouffements, l’angoisse, pour toi la nécrose de hanche et la dépression »), maladie psychiatrique téléphonée et phrases de cul pour khâgneuses ( « Elle sait que la fessée est un signe d’adoration, (…) elle adore ta virilité, ton énergie, ta capacité à faire l’amour 24 heures sans t’arrêter, la folie » ) qui valent surtout à Catherine Cusset, cette année, de figurer parmi les trois finalistes du prix Trop Virilo.

 

1311162-marcel_proust

« Thomas ? connais pas. »

 

La Cheffe, Roman d’une cuisinière, de Marie NDiaye

28 Oct

Lu par Alys

critique4

Quatre moustaches puissantes

 

L’histoire d’une cuisinière surdouée racontée par un amoureux transi.

Celui qui raconte, c’est son ancien second et confident, qui a fini par tomber amoureux d’elle et tente de percer le mystère de son existence. On suit donc l’histoire de cette surdouée de la cuisine, depuis son enfance pauvre dans la campagne bordelaise, jusqu’à l’ouverture de son restaurant et son sacrement.

Malgré des procédés littéraires parfois trop présents (atermoiements dans le récit, phrases très longues, italiques pour parler du présent, etc.), qui rendent difficile l’entrée dans le roman, on finit par être intrigué de ce curieux personnage de cuisinière. Pas féminine pour un sou, à la fois attirante et glaciale, ses contours sont aussi flous que sa cuisine est précise.

Un discours intéressant sur l’aspect organique, originel de la cuisine, et de la nourriture. Sur l’ensorcellement du cuisinier et le rapport au plaisir. Pour raconter comment un personnage austère et froid est capable de donner tant de plaisir, jusqu’à partager avec ses clients une relation parfois très intime.

C’est du 4 moustaches, et on finit avec la dalle.

 

ca187f9dd7724b4d9c4f4bc195b181d5

La cheffe (allégorie Virilo)

 

 

.

Mais aussi lu par… Beybey

critique4

Pas mieux

 

La Cheffe est cette femme sans nom, uniquement une fonction qui devient état, à l’enfance miséreuse et au passage à l’âge adulte trop rapide, dont les cheveux perpétuellement tirés en sévère chignon contrastent avec une sa cuisine, riche et inventive.

Ancrée dans ce qu’on imagine être les années 70 à 90, elle fait son apprentissage involontaire chez les Clapeau, un couple semblable à son nom, qui fleure bon le Bordelais et la gourmandise, avant de s’établir à son compte.

Narré par un de ses commis de cuisine, quasi-omniscient car il aurait reçu ses confidences, le récit est tout de même biaisé car cet homme a haï tout de ce qui éloignait la Cheffe de lui. L’intériorisation des contraintes par la Cheffe et la justification de cette attitude est donc retranscrit avec beaucoup de distance, non sans ironie, un peu à la manière d’une Vipère au poing ou d’un L’Enfant, mais aussi très directement, car ledit commis ne se cache pas d’avoir éprouvé un amour total et intemporel pour sa patronne.

Le personnage de la Cheffe est un mystère, et sa distance glaciale intrigue. On s’acharne : l’envie, jusqu’au bout, de comprendre cette femme s’intensifie (et de mon point de vue, qu’on n’y arrive absolument pas fonctionne très bien).

On le savait, Marie NDiaye est une styliste : pas d’écriture blanche avec elle. Un peu exagéré parfois, les effets marqués me gênent peu dans La Cheffe. Il y existe en effet une totale cohérence du propos, une analyse poussée de la richesse de la langue opposée à la richesse des plats, un travail les descriptions qui ajoutent au mystère. Pourtant, et c’est ce qui la fait stagner à 4 moustaches, c’est un peu exagéré : la redondance de certains propos, l’italique du temps présent, l’histoire un peu factice de la fille de la Cheffe alors que sa relation à sa mère est très bien traitée. Au surplus, l’histoire tient sur un fil et on aimerait avoir un peu plus de chair dans la description de la vie de la cuisine, de cet appartement au-dessus du restaurant, de l’intense post-partum de cette femme sans attache.

Alors même que les plats de la Cheffe ne m’attirent pas (j’ai un peu l’impression d’avoir ça dans l’assiette), j’ai envie de comprendre comment cette femme quasi sans sexe gère son rapport au plaisir, comment il la motive et la dégoûte à la fois, car on reste captivés par son génie, et quels pourraient être ses traumatismes, dont finalement nous ne saurons que ce qu’on veut bien nous dire.

 

moustache-chef-underwear-women-s-string-thong

Une sexualité introuvable

.

 

.

Tropique de la violence, de Nathacha Appanah

24 Oct

Lu par… Alys

critique4

Moustache drue

 

Mayotte à feu et à sang

Moïse a été abandonné par sa mère comorienne à une infirmière française, à Mayotte, parce qu’il avait un œil vert et un œil noir. L’œil du Djinn. Devenu ado, le gamin est difficile, incertain sur ses origines. Un noir élevé comme un blanc. Et puis sa mère meurt brusquement d’une rupture d’anévrisme et il se retrouve livre à lui même, ou plutôt, livré à la rue.

La rue de Gaza, l’un des bidonvilles les plus dangereux de Mayotte. Cette île française abandonnée par la France. Et la, c’est la violence. Partout, tout le temps. Une voie sans issue. Une descente aux enfers, un point de non-retour. On l’appelle comme on veut, en bref c’est la merde. L’histoire est racontée des points de vue de Moïse, de sa mère adoptive, du chef du bidonville, et d’un représentant français d’ONG (à la masse, comme il se doit).

Comme son nom l’indique, c’est violent. Un livre coup de poing, qu’on lit vite mais dont on a du mal à sortir. Malgré un style parfois maladroit, surtout au début, des passages un peu hasardeux – quand l’un des narrateurs meurt et continue à raconter depuis l’au-delà – et quelques clichés, c’est un livre qui gagne à être lu. On s’endort un peu plus concerné, et donc un peu moins con.

.

Mais aussi lu par… Charlotte

.

critique4

Pas mieux

Derrière son lagon paradisiaque et sous ses feuilles de manguier, Mayotte brise cinq destins à force de violence. Cinq voix entremêlées qui révèlent chacune une facette de l’île. Beaucoup de choses sont dites ou suggérées en seulement 175 pages. D’habitude, c’est le contraire donc déjà, ça fait plaisir. Mais le texte n’est pas seulement « efficace », il recèle également une écriture sincère et une poésie sans arrogance qui tiennent le lecteur alerte tout au long du récit. 

.

dali-one

Un roman qui vous ouvre les yeux

 

Règne animal, de Jean-Baptiste Del Amo

23 Oct

Lu par… Charlotte

critique2

Pelage terne

 

L’histoire de Règne animal commence bien. Nous sommes en 1898, au cœur d’un élevage de cochons, la terre est grise et froide, les personnages durs au mal, et des odeurs aigres jaillissent presque de pages qui nous plongent très vite dans une atmosphère rude. Il y a quelque chose d’un Germinal porcin dans cette première partie du livre. 

A ce moment, on se retient encore de penser qu’un nouveau chef d’œuvre est entre nos mains mais on se plaît à croire que le 4e de couverture dit peut-être vrai quand il promet « un grand roman sur la dérive d’une humanité acharnée à dominer la nature, et qui dans ce combat sans pitié révèle toute sa sauvagerie – et toute sa misère. » Malheureusement, à l’épreuve des pages qui se tournent, l’expérience de départ ne tient pas. Si l’auteur a fourni un travail incontestable pour entraîner le lecteur au cœur de cette ferme et de ses habitants (amis férus de Scrabble, vous serez comblés), n’est pas écrivain de saga familiale qui veut.

Le rythme du début s’enlise un peu comme les bottes dans le purin. La musicalité du texte se brise et finit par nous éloigner des personnages, dont les portraits ne sont pas tous aussi léchés. On s’est attaché à Eléonore petite, on a craint sa mère et pris son père en pitié. On a voulu approcher Marcel, mais il nous est vite retiré. On s’est posé des questions sur Jerôme, Catherine, Julie-Marie, Gabrielle mais à ce stade du récit, on a perdu la patience d’attendre des réponses. Peut-être que Jean-Baptiste Del Amo a voulu trop en faire, trop en dire.

Il y a un peu de « trop » dans ce livre. A ce propos, on regrette – en même temps qu’on souligne – les nombreuses tentatives de l’auteur d’inscrire son œuvre au palmarès du prix Trop Virilo. C’est vrai qu’au milieu de la campagne hostile, de porcs malades et de vies molestées, le foutre des uns et des autres trouvait une place de choix. Avis aux jurés !

.

national-beard-and-moustache-championships-2013-3

Juré mimant Règne animal à ses camarades

Livre pour adultes, de Benoît Duteurtre

21 Oct

Lu par Alys

1moustache

Mauvais poil

 

Ne vous affolez pas chers lecteurs, il ne s’agit ni d’un livre érotique, ni d’un mode d’emploi à usage de ceux, qui selon Google sont parvenus au terme de leur croissance, ayant normalement la capacité de se reproduire. Et oui, nous aussi on est déçus.
.
Non, ici on parle de la mort d’une mère, « qui croyait à la joie de vivre », de souvenirs d’avant, de quand c’était bien, quand il n’y avait pas encore trop de touristes (surtout les Chinois hein), quand Pigalle avait encore une âme et les petits villages français une vie. Quand les Français étaient respectés dans le monde entier pour leur supériorité.
.
unnamed

Résidence d’artiste (vue de l’auteur)

.
Bref, vous l’avez compris, un roman ultra passéiste, et encore, si ça n’était que ça, personne n’est jamais mort d’être un vieux con, et qui sait, on le deviendra peut-être tous.
.
Le problème, c’est la prétention sans borne qui rend le truc quasi-illisible. La musique est forcément classique (et puis celle des grands noms, hein, pas le mec qui joue de la trompette dans la rue), et depuis quand exige-t-on des Français qu’ils parlent en anglais quand ils voyagent en Europe de l’Est (rendez-vous compte, ils sont meilleurs, du coup ils se sentent supérieurs, c’est un comble).
.
Une moustache, parce qu’il ne nous a pas laissé indifférent, c’est juste qu’on a pas aimé.
.
099351d69a241de944833dca5347456f

Halte-là, Benoît

Le mystère Henri Pick, de David Foenkinos

5 Oct

Lu par… Bérénice

ZERO MOUSTACHE dans mon cœur ! Mais de qui se moque-t-on !!

ZERO MOUSTACHE dans mon cœur ! Mais de qui se moque-t-on !!

 

 

 

 

« J’ai eu le prix Goncourt des lycéens ! Génial ! Mais bon, 450 000 exemplaires vendus, bien mais pas top. Si je faisais mieux, en m’inspirant vaguement d’un autre Goncourt des lycéens… La vérité sur l’affaire Harry Québert, tiens, c’était pas mal ce truc, ça avait plu à ma mère, à mes voisins, ça tapait large, tout le monde l’a lu. 1 500 000 exemplaires en français, tout de même, ça doit être cette histoire de livre retrouvé, pas de raison que moi aussi je ne fasse pas un truc à ma sauce avec cette base. Et puis on verra que, moi, j’ai des lettres ! Ce sera malin, ce sera gourmand… »

_ Extrait d’un monologue intérieur  de David Foenkinos, 6 mois après la publication de Charlotte.

Foenkinos nous raconte une histoire que je trouve trop ennuyeuse pour en faire un vrai résumé : un libraire breton (les noms en –ec ça fait à la fois chic et terroir), sis à Crozon, Finistère (ça c’est dégueulasse, parce que Crozon c’est vraiment joli et ça ne mérite pas d’être sali par association) s’inspire de Brautigan (« la Beat generation, c’est in, j’aurais l’air jeune », David F.) en créant dans un coin de sa bibliothèque un rayon des livres refusés à la publication. Couic, il meurt. Delphine on ne sait plus comment, éditrice talentueuse, jeune et visionnaire, en avance sur son époque, bref, un personnage chiant, sort avec un autre personnage chiant, Frédéric machin (on s’en fout, il est vraiment chiant), un de ses auteurs jeunes et talentueux mais incompris , son premier roman a fait un flop, ahlàlà qu’est-ce que c’est injuste le succès des autres quand on leur est supérieur, incompris, disais-je, donc ombrageux, et se comportant comme s’il avait douze ans, mais c’est normal c’est un auteur. A l’occasion de vacances familiales chiantes, ils découvrent dans ladite bibliothèque un manuscrit, que dis-je, un chef-d’œuvre, une pépite, Les dernières heures d’une histoire d’amour (ça raconte les dernières heures d’une histoire d’amour entrelacées du récit de l’agonie de Pouchkine, c’est subtil, ça veut sans doute nous dire qu’il faut changer peu de lettres au mot « amour » pour passer à « mort »). Et alors là, tenez-vous bien, c’est écrit par un mystérieux inconnu, Henri Pick, feu le pizzaïolo taciturne de Crozon, qui ne lisait jamais mais voilà, ahlàlà qui sait ce qui peut se passer dans la tête des gens.

Si vous pensez ce que j’ai pensé à cet instant là, sachez que vous avez raison et que comme vous n’êtes qu’au quart du livre mieux vaut s’arrêter là.

Bon, ensuite il se passe des trucs pendant plein de pages mais tout est chiant.

On va tout de suite distribuer le bon point : Foenkinos nous épargne, contrairement à Joël Dicker, les extraits dudit chef-d’œuvre qui prouveraient que, WOW, stupéfiant, mieux que tout ce qui a été écrit dans le monde jusqu’à présent.

Mais. David, permets-moi de t’appeler David. Stop. Arrête. On a compris. Tu te fais du mal. Et si, d’aventure, tu te faisais tout de même du bien, une chose est sûre : tu nous fais du mal.

Résultat de recherche d'images pour "moustache triste"

Juré qui souffre

David se croit très intelligent et cultivé. Comme il est subtil, il fait de petites références aux choses intelligentes qu’il écrit. A la 6e page, le libraire en –ec regrette de ne pas avoir de collègue capable de disserter sur l’usage des points de suspension chez Céline. Devinez avec quoi David ponctue tous ses dialogues et par quoi il les finit :

  1. Un petit smiley qui vomit ;
  2. Une insulte ;
  3. Une insulte pour l’intelligence du lecteur (des points de suspension).

Comme son texte est subtil, il se commente. De ça, de là, des notes de bas de page surgissent. Soit pour y développer des aphorismes dignes des plus grands Marc Levy (il ne faut jamais espérer lire la vérité dans le regard de quiconque, compris ?), soit pour se commenter lui-même, car pourquoi pas, il sera peut-être un jour au programme du bac de français, soit pour y caser ce qu’il n’a pas pu mettre dans le corps du roman, parce qu’il écrit mal.

David a de l’érudition. La preuve, il nous explique en une page et demie qui est Vivian Maïer (au cas où on loupe la référence de la phrase précédente, ça serait trop bête et puis c’est sympa, ça remplit, c’est en italique, c’est joli). Ciel que c’est lourd, toutes ces références qui veulent sans doute dénoncer un milieu, une époque.

David connaît le monde de l’édition et de la cause littéraire. La jeune éditrice ambitieuse est chez Grasset. Il y a plein de noms, et puis aussi on raconte les réunions, oh et tant qu’à faire si on glissait Augustin Trapenard là-dedans, après tout c’est cultivé, et puis aussi Ouest France, au moins ça leur fera plaisir, ils en parleront. Tout est élogieux pour tout le monde, c’est facile à retenir. Grasset ne publie que des chefs-d’œuvre, même quand le monde ne les reconnaît pas.

David est très cultivé et connaît le monde de l’édition. Comment justifier la publication d’un livre refusé à l’édition ? Citer Proust et Gide, pardi !  Bien écrire noir sur banc que Gide s’en est mordu les doigts avant de se rattraper. Je t’arrête tout de suite, David, tu es chez Gallimard et ça prouve juste qu’ils font des conneries dans l’autre sens aussi. Mais non, David ne s’arrête pas. Il met en note de bas de page la raison pour laquelle Gide avait refusé Proust : l’exemple d’une formulation jugée maladroite. Et là, David donne son avis (« magnifique image »). Merci David, sans toi je n’aurais su qu’en penser. J’aurais sans doute trouvé Proust maladroit, parce que tu l’avais écrit ! Ouf ! En revanche, ça ne t’excuse pas pour toutes ces images et métaphores sans queue ni tête dont tu nous assommes. Les mots ont un sens et, par exemple, « elle s’accrocha à lui démesurément », c’est nul.

Last but not least, David a des fantasmes. Des histoires de doigts, surtout, qui font pas mal d’effet, mais aussi celui de l’éditrice qui couche avec son auteur. Des histoires de lit vierge et de fellation au réveil, rien n’est excitant là-dedans mais on sent que pour David c’est chaud chaud chaud.

Las ! Soit c’est un génie de l’ironie (mais trop loin pour moi), soit, et il faut s’y résigner, c’est Marc Levy avec des prétentions littéraires et publié à la NRF.

Achetez ce livre si vous aimez vous ennuyer en compagnie de quelqu’un qui n’arrête pas de parler pour vous prouver qu’il est vraiment très intelligent, un peu comme ce collègue relou avec qui vous déjeunez une fois par an en regardant votre montre discrètement et en souriant d’un air poli, mais en moins intéressant.

%d blogueurs aiment cette page :