Tag Archives: Flammarion

Babylone, de Yasmina Reza

31 Oct

Lu par… Antonin

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Poil sépia

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Elizabeth traverse la crise de la soixantaine dans le tranquille village de Deuil sur l’Alouette. C’est un peu la déprime. Heureusement, son voisin Jean-Lino est là pour la dérider et l’inviter aux courses d’Auteuil.

La soirée d’anniversaire d’Elizabeth se déroule ordinairement. Son stress usuel de savoir s’il y  aura une chaise pour chaque convive. Jean-Lino a peut-être poussé le bouchon en se moquant de sa femme Lydie, trop rigide sur la question des poulets élevés en plein air. Chacun rentre chez soi mais Jean-Lino appelle quelques heures plus tard : il a étranglé Lydie.

Ce livre est équilibré, 1/3 théâtral, 1/3 burlesque, 1/3 somnifère. Tous les sexagénaires ne la jouent pas coq en pâte, heureusement.

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sexagenaire

Sexagénaire épanoui

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Un amour impossible, de Christine Angot

30 Oct

Lu par Charlotte

Moustache flapie

Moustache flapie

 

 

 

 

Recommandé aux personnes qui cumulent les deux invraisemblances suivantes : ne pas (d’ores et déjà) savoir que Christine Angot a eu une enfance atroce et disposer de 18 € totalement superflus.

Même la banque de données ne s'est pas foulée pour l'illustration

Même la banque de données ne s’est pas foulée pour l’illustration

Pour une précédente critique de Christine Angot, c’est ici.

 

Soumission, de Michel Houellebecq

28 Oct

Lu par Paul

Barbiche shizophrène

Barbichette à poil dru

Les amateurs de Houellebecq ont appris, avec le temps, à apprécier les traits de génie de l’écrivain tout en faisant abstraction de ses mauvais penchants. Lesquels prennent souvent la forme, autant se l’avouer, de scènes olé-olé que ne renierait pas Gérard de Villiers dans ses mauvais jours.

La magistrale Carte et le Territoire, pour une raison inexpliquée, faisait exception à la règle et paf ! Prix Goncourt.

Mais Michel n’a pas dit son dernier mot. Dans Soumission, il montre qu’il n’a rien perdu de sa capacité à prolonger les trajectoires de nos peurs collectives. Le tableau est encore une fois de qualité, si ne faisaient pas irruption dans le champ quelques étudiantes ambitieuses (et donc nécessairement délurées) et quadras-quinquas dépressifs (et donc nécessairement échangistes).

C’est bien tenté, mais ce mariage de la Carte et du lapin apparaît encore une fois un peu contre-nature.

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Juré du Virilo tentant de vivre sa vie selon les standards houellebecquiens.

D’autres chroniques des romans de Houellebecq ici.

Les érections américaines, d’Amanda Sthers

23 Oct
Une moustache de trop

Impuissance glabre

Flammarion

Lu par Philippe

Ce livre est inutile. Voilà. J’ai perdu une heure de ma vie. C’est une merde.

Comme j’ai envie de rajouter des images rigolotes à cette critique, je vais vous expliquer pourquoi, mais fissa, hein, on a tous autre chose à faire.

"Parfois, un pistolet n'est qu'un pistolet"

« Parfois, un pistolet n’est qu’un pistolet »

Ça pue la commande bâclée

Passons sur les erreurs factuelles, les coquilles et les approximations. Ce livre, qui se veut être une plongée dans la tête du tueur de la fusillade de Newtown, est soit mal écrit, soit trop écrit, avec des images qui sonnent parfois juste sur le papier, mais mal dans la phrase, le paragraphe, et finalement tout le bouquin. Combien de pages vides et consternantes de prétention… Ça pue le livre de commande bâclé, parti sans conviction d’une idée de titre qu’elle a du trouver « rigolote ».

Ça pue le prix Pilon…

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Le Frisbee, c’est le rond, le féminin, l’ovule. Ce lanceur a donc un rapport trouble avec les femmes, qu’il doit rejeter. Amanda conclue qu’il est pédé.

D’ailleurs, assez vite, Amanda est fatiguée par son sujet et se met à parler d’elle. L’écrivain-enquêteur se la joue plus capote que Truman et mâtine ses réflexions de considérations sur sa petite personne qui est trop une déglingos, en fait. « Mes lecteurs seront un peu choqués de savoir que derrière mon image proprette … et Bla blabla« . Non, on s’en fout, Amanda, il nous en faut plus pour nous choquer.

Le supplice ne s’arrête pas là : elle alterne discours de sciences pipo sans fondement sur les causes du massacre, généralisation lourdingue sur la société américaine, psychanalyse de comptoir éculée, et quant-à-soi. Elle nous prend vraiment pour des quiches, cette publication est une insulte au lecteur. Ce qui donne en substance (d’où le titre)  :

Le livre en un paragraphe

« Il a tiré parce qu’il était frustré sexuellement, comme toute la société américaine qui est un peu névrosée, entre performance et puritanisme, enfin j’crois. Mais siiii ! Tu sais, le pistolet c’est un symbole du sexe, nan? Tu tires, tu vois, c’est clair quand même, « tu tires »…  Ensuite, bon d’accord, oui, il y a la violence et les jeux vidéos, ça c’est sûr ça aide pas, les jeux vidéos. Mais je suis pas certaine que c’est le fond du problème. Et je te dis ça de mon point de vue, parce que je suis pas genre in-fail-lible, tu vois, moi, du fait de ma propre histoire personnelle, bon là j’ai souffert avec ce livre, mais je me vois plutôt comme un écrivain du sentiment et donc en fait…. »

Surfer sur la vague de Fukushima, c'était pas une bonne idée.

Comme ce livre est pourri, je préfère encore mettre une dame qui surfe. On remarquera le coordonné de rose.

Ça y est, vous avez lu le livre et encore, c’est mieux écrit comme ça.

Un excellent candidat pour le prix Pilon 2013.

Toute la noirceur du monde, de Pierre Mérot

24 Sep
Bouc facho sanguinolent

Bouc facho sanguinolent

Editions Flammarion

Lu par Claire

Quand Marine Le Pen se maque avec Dexter

profCette seule éventualité vous fait froid dans le dos? Vous remplit de satisfaction? Vous fait doucement ricaner? Vous donne la nausée? Vous êtes bon pour la lecture du nouveau roman gueule de bois de Pierre Mérot, source de polémique bien avant sa sortie.

Avertissement préalable : que les lecteurs dénués de second, voire de troisième degré, ainsi que de toute forme de cynisme, passent leur tour, s’ils ne veulent pas être tentés d’aller incendier l’auteur et son éditeur.

Pitch : alors qu’une avatar de Marine Le Pen accède au rang suprême de Présidente de la République, un professeur aigri par la vie et ses élèves sombre dans le cynique, le racisme, l’alcoolémie, le meurtre et l’incinération, occupations complétées d’une obsession « toute honorable » pour le respect de la langue française.

couv merotLe titre colle comme un gant au contenu, tenez-vous le pour dit. Âmes sensibles et chantres du politiquement correct s’abstenir. Les plus malins y discerneront fort heureusement un second degré bienvenu, qui met violemment en garde contre la popularité croissante d’un certain parti politique.

Ecrit comme un journal de bord, à la première personne, les confessions intimes de cet homme qui se dégoûte lui-même comme il est dégoûté par tout ce qui l’entoure se lisent paradoxalement avec un relent d’humour qui ne dépassera pourtant pas les limites de la bienséance. Osé, oui, inquiétant, certes, imaginatif, également (on l’espère!), adorable, impossible.

Heureux les heureux, de Yasmina Reza

19 Fév
Y a un poil dans mon prozac

Y a un poil dans mon prozac

Editions Flammarion

    Lu par Claire

Déprimés, les lecteurs.

Et la joie est en toi

Et la joie est en toi

Les courtes tranches de vie relatées par Yasmina Reza, portraits croisés sous forme de monologues de personnages dont on comprend peu à peu qu’ils sont reliés les uns aux autres, adultère, rancunes familiales, amour et désamour, une baffe aux enfants et une visite à son cancérologue, voilà le livre plié et votre moral en berne.

Yasmina Reza se laisse glisser dans une facilité douillette masquée par une expertise rédactionnelle qui exploite le filon de l’existentialisme et du mal-être à la mode du jour, dépression, dissensions au cœur du couple et tentatives pitoyables de séduction pour oublier sa propre nullité. Un portrait peu reluisant de l’espèce humaine contemporaine, bien que l’on sente intuitivement que l’intention de l’auteur n’était pourtant pas là : il y a ici un raté entre l’objectif de fond et le résultat final qui met mal à l’aise.

Et pourtant, la lecture débute avec brio, à travers la mise en scène grinçante et enlevée d’un couple qui se déchire sur le choix du fromage

Ils ont coupé dans le budget illustrations cette année

Ils ont coupé dans le budget illustrations cette année

dans un hypermarché. Il ne manque pas grand-chose pour sentir l’odeur glacée des rayons réfrigérés et le couinement horripilant de la roue de chariot abîmée. Une étude approfondie du genre humain qui se laisse prendre à une répétition lassante qui attaque l’attention du lecteur jusqu’à ce que le livre lui tombe des mains, heureusement, presque à la fin. Une dextérité dans l’écriture et la psychologie des êtres en perdition qui se prend les pieds dans sa propre science, une chape de plomb dans ces portraits lardés d’humour noir qui pèse sur les doigts qui tournent les pages. A ne pas lire, surtout, si l’on est aigri, misanthrope, déprimé, découragé ou tout simplement si l’on n’a pas envie de se saper encore un peu plus le moral après avoir lu le rapport journalistique quotidien sur les effets de la crise.

Un roman qui n’invente rien et n’apporte rien, si ce n’est un exercice de style de qualité dont Yasmina Reza, auteur mondialement acclamée, aurait peut-être pu se passer. Un roman qui accumule les critiques élogieuses des papiers les plus éminents… la peur de se reconnaître dans ces bourgeois aigris en mal de joie de vivre ?

Les Lisières, d’Olivier Adam

4 Nov

Rasoir périphérique

Editions Flammarion

Lu par Stéphane

« Vous êtes tous pareils toi et tes potes de Saint-Germain-des-Près. » L’accusation, lancée au narrateur, double d’Olivier Adam, par un de ses amis d’enfance, est cruelle. Surtout pour Saint-Germain des Près. Car en matière de snobisme, Olivier Adam n’a en fait plus d’équivalent ! Saluons la performance, le niveau était élevé… Mais avec le zèle légendaire du nouveau converti, l’auteur a fait mieux que les maîtres du genre. Les Sollers, BHL, Beigbeder et autres Gonzague Saint-Bris peuvent rabattre leur mèche, ranger leur porte-cigarette, déserter le Flore et contempler le spectacle : il est édifiant.

Le Nicolas Bouvier de Clichy

L’écrivain-voyageur a franchi le périphérique

En effet, Olivier Adam a osé. N’écoutant que son courage, l’écrivain voyageur a pris tous les risques pour poser son MacBook là où la littérature ne va plus, dans une de ces contrées mystérieuses dont le lecteur n’avait jamais entendu parler : la banlieue. Une banlieue en particulier ? Non, la banlieue en général, car vu de Mabillon, il n’y a qu’une banlieue, la grande, la vraie, matérialisée dans une ville anonyme ou presque, subtilement nommée V. (comme ville ? comme Villetaneuse ? comme Versailles ? comme vroum-vroum? – mystère…).

Passionnant périple auquel nous sommes invités ! Quelle étrange contrée ! Quelles moeurs exotiques ! Chaque page offre une révélation nouvelle : figurez-vous qu’on s’y ennuie ! Figurez-vous que les murs y sont décorés de tableaux Ikea ! Figurez-vous qu’on y décroche difficilement un CDI, voire qu’on y chôme malgré soi ! On y mange des chips ! On y écoute Christophe Maé ! On y vote Marine Le Pen ! On y prend le RER ! On y lit ! On y lit ! Mais seulement Téléstar, « Marc Musso et Guillaume Levy » bien sûr ! Quoi d’autre ? Olivier Adam ? La bonne blague ! On s’adonne au 7ème art également (« Julia Anniston ou Jennifer Roberts », « Brad Cruise ou Tom Pitt »), voire à la musique (« James Williams et Robbie Blunt »).

Le tableau est complet, le réalisme est saisissant : au regard acéré de l’auteur, pas un cliché n’échappe. Il faut dire que lui, ou du moins, le narrateur, a su aiguiser sa perception en fréquentant dès l’adolescence les oeuvres des plus grands, comme il se plaît souvent à le souligner : Truffaut, Kurosawa, Ken Loach, « Ferré Brel Dylan Cohen Barbara Lou Reed le Velvet ou les Smiths »

Le mépris empathique

Saut dans le vide (p. 2 des Lisières)

Et c’est ainsi, formé à la meilleure des écoles, qu’il peut affirmer au lecteur : les gens de banlieue mènent une vie à la con et ont des goûts de chiotte. Sentence sommaire qui semble constituer un résumé fidèle de l’ouvrage.

Comme la littérature remplit bien son rôle quand elle dévoile de si profondes vérités! Il fallait bien un Olivier Adam pour ôter nos oeillères! C’est formidable : un parisien pure souche, biberonné à Télérama, se serait retenu. Mais lui, Olivier Adam, fort de sa connaissance intime de la banlieue puisqu’il y a grandi, peut se permettre de clamer son mépris pour le désolant prosaïsme des vies extra-périphériques. Mépris certes, mais mépris de gauche : mépris empathique, consterné mais compatissant, malgré tout. Cette vaste caste mi-abrutie, mi-opprimée, est seulement dépassée en contemption par l’authentique famille du mal : la droite.

En voilà un subtil tableau de la société !

Parfois tout de même, l’ombre d’un doute, l’ébauche d’une nuance inattendue surgissent dans cet implacable réquisitoire, portés alors par l’un des personnages auxquels le narrateur est confronté :
« Elle détestait par dessus tout cette manière que j’avais de juger les gens sur leur emploi, leur bulletin de vote ou les magazines qu’ils lisaient. Elle prétendait qu’il y avait sans doute des gens bien chez les avocats fiscalistes, les assureurs, les banquiers d’affaire, les notaires, les électeurs de l’UMP et j’en passe. »

Un vrai coup de coeur

Le lecteur sera toutefois bien vite ramené à l’évidence :
« Mais sur ce sujet elle n’avait jamais tout à fait réussi à me convaincre. Avait-elle des exemples ? Non. Elle n’en avait pas. Qu’elle m’en trouve et alors, seulement alors, je consentirais à réviser mes positions. »

Que dire ? Bravo ! Tant de franchise mériterait récompense. On reste admiratif…
Quelle audace, dans cette manière d’assumer sans honte aucune une vision binaire de la société, divisée en deux camps, connards de droite et beaufs en souffrance, sous l’oeil attristé du seul parti noble, celui des gens cultivés et de bon goût, dont on n’a pas franchement envie de faire partie, tant pis pour nous.

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