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Poilade de rentrée : Fanny Taillandier

11 Juin

A l’heure où l’Académie Goncourt se réunit pour vous suggérer de faire leur boulot à leur place, les jurés du Prix Virilo, eux, se comportent en homme et sortent lentement de leur torpeur. Une année de plus, ils n’hésiteront pas à dénoncer les impostures mondaines, à dilapider leurs économies pour l’achat d’ouvrages que les milieux autorisés vous enjoignent gentiment de lire. Leur bonne humeur, si chèrement acquise au cours des quelques mois printaniers durant lesquels ils ont pu s’éloigner du café de Flore, se fracassera bien vite sur les premiers écueils de cette nouvelle rentrée.

Aussi ont-ils voulu débuter en douceur et confier le propos inaugural à la lauréate du Prix Virilo 2016, la brillante Fanny Taillandier.

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Le Prix Virilo _ « Les Etats et empires... » est, indubitablement, une oeuvre de fiction et c’est ce qui a plu au jury. L’érudition est au service de la fantaisie et d’un regard neuf sur le monde, pas de la pédanterie. Vous vous êtes d’ailleurs défendue vertement d’avoir écrit un ouvrage d’analyse dans une réponse aux Inrockuptibles.
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Cela suscite toutefois quelques questions de la part du jury. La première : vous êtes publiée aux PUF, qui plus est dans une collection étiquetée « philosophie » par l’éditeur. Qu’est-ce que cela dit de votre ouvrage ? De ses chances de réception ? Du paysage de l’édition française ?
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Fanny Taillandier _ J’ai fait de la littérature parce que je ne suis pas une philosophe. L’édition aux Puf veut sans doute dire qu’un écrit sur le monde contemporain qui ne passe pas en premier lieu par une intrigue narrative, fictive, avec un début et une fin, peut être appelé indifféremment littérature ou philosophie selon le point de vue. Comme je suis une littéraire, j’ajoute que c’est là la force de la littérature. Mais sans doute qu’un.e philosophe avancerait la réciproque, et il ou elle n’aurait pas tort non plus.
C’est en tout cas une bonne nouvelle à mon sens. Quant aux chances de réception et au paysage de l’édition, il faudrait poser la question à des spécialistes, moi je n’en sais fichtre rien.
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Prix Virilo _ Même si d’essai, point, il y a indubitablement analyse critique. Comment vit-elle au sein de votre littérature ?
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FT _ Je n’ai jamais dit que je ne me livrais pas à l’analyse. L’analyse est éminemment littéraire. Ce livre est une enquête, c’est-à-dire une recherche d’indices permettant une interprétation – comme tout roman policier, et accessoirement, déjà les tragédies grecques étaient sur ce modèle.
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Après, si vous voulez dire que je critique mon monde, je ne vois pas non plus en quoi c’est incompatible avec la littérature… Et surtout, ce qui passe un peu à la trappe quand on parle de ce livre, c’est que tout y est écrit en jouant avec les codes littéraires du grand siècle. La littérature est aussi une écriture.
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Photo non prise durant la soirée de remise du Prix Virilo, mais ça aurait pu.

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Prix Virilo _ Les nomades du futur porteront-ils moustache ? Et les nomadEs ?
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Longue et soyeuse. Je crois.
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Prix Virilo _ Vous semblez considérer la littérature comme, entre autres, un jeu, approche secondaire en France par rapport au « Je ». Vous assumez, revendiquez ?
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Je trouve des tas de livres à lire actuellement qui placent le jeu au premier titre. Charles Robinson, Nathalie Quintane, Mauvaise Troupe… pour ne citer que ceux qui ont en plus l’outrecuidance de parler du contemporain. Je revendique une fraternité.
Et je ne crois pas qu’il y ait en France une littérature réelle qui se passe du jeu, jouât-elle à la première personne.
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Prix Virilo _  Une petite question autofictive pour la route ! Vous êtes en train de changer de vie, de passer des lettres à l’urbanisme. « Les Etats et empires… » est-il votre testament littéraire ?
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Je ne change pas de vie, je change de gagne-pain. Je reste dans les lettres, pas d’inquiétude !

 

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Derniers regards vers le bon avant de revenir – hélas – au moins bon

Palmarès 2016

3 Nov

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LAUREAT DU PRIX VIRILO 2016 :

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Le jury décerne le Prix Virilo 2016 à

Les états et empires du Lotissement Grand Siècle – Archéologie d’une utopie,

de Fanny Taillandier (PUF)

 

Le Jury salue ainsi cet étrange objet littéraire capable de parler avec décontraction du parpaing. C’est une belle œuvre de fiction et c’est aux PUF -ou Pupuf pour les intimes- ce qui est notable. Il est drôle, ce qui est surprenant.

Dans les transports en commun, il sera donc votre revanche face à l’étudiant chevelu et à la khâgneuse hautaine que vous n’êtes plus depuis longtemps : oui, vous aussi pourrez ouvrir un PUF et rire ostensiblement en le lisant.

Elle l’emporte, par 6 voix contre 4, face à l’excellent « Possédées » de Frédéric Gros (Albin Michel). Elle touchera donc un chèque de 11 euros, soit un peu plus que ce qu’elle aurait gagné avec le Prix Goncourt.

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LAUREAT DU PRIX « TROP VIRILO » 2016 :

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La rentrée littéraire manque parfois de talent mais jamais de testostérone. Elle jaillit, elle pègue, elle s’impose. Sans discussion aucune, coiffant Catherine Cusset et Christophe Donner en finale, c’est l’immensément viril

 Les Parisiens, d’Olivier Py (Actes Sud)

qui l’emporte haut la main, et le reste.  Le Prix Trop Virilo, c’est une ambition. Merci à Olivier Py d’avoir répondu à cet appel par ce roman trop viril comme un porno des années 90 qui aurait mal vieilli. De tous les nombreux jaillissements du livre, il ne reste assurément qu’une petite mort honteuse.

Une citation peut-être :

« – Parfois je pense que tu m’aimes vraiment

– Je vais te trouer le cul en écoutant les symphonies de Bruckner par Celibidache pour t’humilier doublement. »

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La littérature faite Homme.

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Enfin, annonce de taille, cette année sera remis, peu avant les fêtes, le Virilo des maternelles (et crèches). Car si la vérité sort de la bouche des enfants, autant choisir les plus pures, et pas se tourner vers ces petits magouilleurs de lycéens.

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QUELQUES ACCESSITS 2016 :

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Une rentrée littéraire, c’est aussi beaucoup d’ennui. Pour le tromper, voici quelques-uns de nos accessits :

 

– L’accessit Haroun Tazieff du corps comme un volcan, revient à « Lettres à Anne », de François Mitterrand (éditions Gallimard)

L’accessit du titre au jeu de mot maladroit mais on peut rien dire parce que ça leur est vraiment arrivé reviens à « Cellule », de Lou Bohringer (éditions Flammarion)

– L’accessit Marilyn Manson (de l’auto-gâterie) revient à Eric-Emmanuel Schmitt, pour son improbable « L’Homme qui voyait à travers les visages » dans lequel le narrateur interviewe un auteur génial, « Eric-Emmanuel Schmitt ».

– L’accessit Morandini de la liberté de la presse revient à « Nos vies insoupçonnées », d’Anaïs Jeanneret (épouse Bolloré) et à l’ensemble des critiques positives qui lui ont été faites.

-L’accessit « Keyser Söze en fait c’est Kevin Spacey » de la 4e de couv’ qui balance la fin revient à « L’autre qu’on adorait » (et qui meurt à la fin) de Catherine Cusset (merci à Gallimard)

– L’accessit « ce n’est pas la taille qui compte mais là c’est trop long et pas assez large » est remis aux éditions Actes Sud pour l’ensemble de leurs publications.

– Le Prix pilon de la forêt qui pleure (du ratio qualité littéraire / tirage + barouf médiatique) revient au « Mystère Henry Pick » de David Foenkinos. David, tu te fais du mal et si d’aventure tu te faisais quand même du bien, dis-toi que tu nous fais du mal.

– L’accessit du parcours de vie original du mec qu’on a envie d’aider mais pas de lire revient à Steevy Boulay, pour « Le devoir avant tout » (éditions Libra Diffusio)

– L’accessit du livre pour lequel le libraire vous demande « lequel pardon ?» revient à « Les états et empires du Lotissement Grand Siècle / archéologie d’une utopie », de Fanny Taillandier (PUF)

– L’accessit Claude Evin du Cocktail mais sans Tom Cruise est remis à « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut, (Finitudes)

Stupeur, l’accessit Jean d’Ormesson du titre le plus Jean d’Ormesson ne revient pas à Jean d’Ormesson mais à Arthur Bernard pour « Tout est à moi, dit la poussière » (Champ Vallon)

– L’accessit de l’écrivain qui donne ses lettres de noblesses à quelque chose qui ne le méritait peut-être pas revient, pour la deuxième année consécutive et la même raison, à Marc Graciano pour « Au pays de la fille électrique » (Corti) et sa nouvelle précieuse description du smegma.

Nous nous tenons à votre disposition pour défendre nos choix et papoter littérature et rentrée littéraire. Vous êtes les bienvenus à la soirée officielle, au café TITON (34 Rue Titon, 75011), grosso modo vers 20h ce jour.

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Un poil dans la main, un livre dans l’autre

Le jour du Vote

2 Nov

C’est un appartement spacieux qui surplombe les quais de Seine. Les clameurs de la rue n’y parviennent qu’à peine, atténuées par d’épais rideaux de velours et par les panneaux en bois de palissandre qui ornent la pièce et semblent la tenir à distance respectueuse du reste du monde. L’air et la moquette y sont épais.

Sur les rayonnages de la vaste bibliothèque, on ne distingue pour l’heure que sept ouvrages. Les Figures, de Robert Alexis, Des Hommes, de Laurent Mauvignier, Photo de groupe au bord du fleuve, d’Emmanuel Dongala, Dino Egger, d’Eric Chevillard, Le Maréchal absolu, de Pierre Jourde, Faillir être flingué, de Céline Minard et l’Oragé, de Douna Loup. Disposée dans un écrin, une petite fiole contient également, dit-on, des larmes de jurés. Larmes de tristesse ou de colère, nul n’en a plus le souvenir. Mais chaque année, plus ou moins à la même époque, l’écrin suinte. L’année dernière, c’était au moment de la remise du Prix Décembre. Allez comprendre.

Seul repère dans la pénombre, une cheminée crépite et dégage  une discrète fumée noire. A côté du tisonnier, dans une corbeille, les prix « Pilon » des années précédentes.

Une daube de boeuf mijote depuis une vingtaine d’heures. Le cognac arrive à température. Les rillettes transpirent doucement. L’heure approche, la pression monte.

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19h30 – Le jury converge

A la demie de dix-neuf heures, les membres du prix Virilo, toute affaire cessante, se lèveront comme un seul homme. Ils afflueront des quatre coins de la capitale, en aviron pour les uns, en trottinette à moteur ou en vélocouché pour ceux qui habitent le onzième arrondissement. Tous prendront la direction de ce salon capitonné.

En préparation de cette soirée fatidique, ils ont soigneusement lustré leurs moustaches et leurs arguments. Ils ont révisé le Système de Vote, sans véritablement le comprendre. Ils ont étudié les triangulaires possibles, envisagé des alliances. Ils se sont demandé ce que pouvait signifier l’expression « Voter en homme » et ils s’y préparent. Tous savent qu’in fine c’est la passion qui l’emportera. Qu’aucune victoire ne s’est jamais obtenue, au Virilo, sans un plaidoyer vibrant pour son champion.

L’alcool aidant, bientôt le salon feutré sera traversé de hauts cris, de menaces d’automutilation, de saucisses cocktail renversées en signe de défi. Les amitiés n’auront plus cours, les services sexuels se marchanderont en échange d’un vote. Il faudra aussi convaincre le Président du jury qu’untel ou unetelle, ça ne fait aucun doute, « c’est le nouveau Chevillard« . Les nouveaux membres découvriront que l’incompréhensible Système de vote ne fait pas tout et qu’il faut aussi donner de sa personne.

Plusieurs heures s’écouleront avant qu’un(e)  lauréat(e) n’émerge de ce marasme. Au milieu de la nuit, comme à son habitude, le Président brandira alors le volume avec fierté, angoisse et soulagement.

Fierté, car il s’agira de l’un des meilleurs ouvrages de la rentrée littéraire 2016, si ce n’est le meilleur.

Angoisse, car il ne lui restera plus qu’une poignée d’heures pour rédiger un communiqué de presse, contacter les maisons d’édition, préparer son discours pour la soirée du lendemain (au café Titon, Paris 11e, à partir de 20 heures).

Soulagement, en songeant au fait qu’il pourra bientôt reprendre une vie normale et n’aura plus de mauvais bouquins à se coltiner jusqu’à l’année prochaine.

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Le bal des ardents, de Fabien Clouette

2 Nov

Lu par… Bérénice

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Moustache absolue

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Un chapitre introductif brillant : un père et son fils jouent aux échecs. Les règles, c’est compliqué à respecter. Le père reçoit un appel téléphonique, et le fils invente les règles. Une page et c’est fini.

Accrochez-vous pour la suite, c’est moins facile à suivre. Dans un monde où toute compréhension est rendue difficile (qui sont véritablement les personnages, à quel point ce monde est-il différent du nôtre, quel est son système politique, pourquoi ce langage ?), dans une ville portuaire qui devrait être coupée de toute relation au monde pour cause de deuil royal, trois personnages se suivent, s’entremêlent, hésitent dans une topographie mouvante.

Les eaux sous-marines et la mangrove s’inversent, les activités sont mystérieuses et un mystérieux et inquiétant bateau domine la baie, semblant offrir une possibilité d’évasion pendant que tout éclate. Le roi est-il vraiment mort ? Que vont faire les troupes royales ? Le carnaval aura-t-il lieu ?

Yasen lance son boomerang pendant que d’autres jouent sans cesse : aux dés, à une variante des petits chevaux, au football. Le peuple semble muselé et rétif à l’être, sans toutefois savoir que faire de cette ferveur qui bouillonne. Des sosies de la famille royale tapissent les murs, tout est faux et tout le monde le sait, mais tout est vrai et il ne faut rien dire. Y aura-t-il sédition, seront-ils poursuivis pour leurs actes anciens ? Qui a mis des bombes au fond de l’eau ?

Fabien Clouette écrit ici quelque chose de très complexe, peut-être trop à vrai dire car c’est si dense que c’est presque trop. Il glisse sur la ligne du totalement foutraque et de la folie, il pourrait basculer dans l’incompréhensible (et parfois on s’y noie). C’est tout ou rien. J’ai pour ma part été convaincue. L’ensemble est politique. Le peuple a raison. L’issue est implacable.

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Un monde sens dessus dessous.

Chanson douce, de Leïla Slimani

2 Nov

Lu par… Anne-Sophie

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Moustaches glacées d’effroi (façon Hibernatus)

 

Le roman s’ouvre sur une scène dont l’horreur tient en quelques mots : « le bébé est mort ». Et c’est la nounou qui l’a tué. Autant vous dire que dès le départ, on se sent un peu tendu du string.

Les deux premières pages n’augurent rien de bon : on s’attend à une version papier des Experts à Miami et autres Cold Case : scène de crime / flash-back / polar à la mords-moi-le-nœud. Ou au script d’un vieux Columbo, puisqu’en l’occurrence on connaît déjà l’identité du coupable.

Mais cette Chanson douce s’avère beaucoup plus intelligente que ça.

Le récit se concentre sur la vie des Massé et plus particulièrement sur celle de Myriam, wanabee-mère parfaite qui, comme il se doit, a parfois envie de défenestrer sa progéniture.  Plutôt que d’en venir à de telles extrémités, Myriam se dit qu’elle a bien le droit, elle aussi,  de faire passer sa carrière avant ses enfants. Donc la famille Massé engage une nounou.

La nounou en question, c’est Louise, fée du logis qui comble bien vite parents et enfants en aménageant pour les premiers une maison qui sent bon (« Il faut qu’elle ait des pouvoirs magiques pour avoir transformé cet appartement étouffant, exigu, en un lieu paisible et clair. Louise a poussé les murs. »), et pour les seconds, un monde imaginaire peuplé de jeux plus ou moins inquiétants.

En ouvrant son roman de cette manière, Leïla Slimani fait planer l’ombre menaçante de la scène finale sur le quotidien banal d’une famille parisienne. Car si l’histoire du couple carriériste noyé sous les to-do lists est plutôt bien vue, il ne s’agit que d’une toile de fond, tandis que l’essence du roman tend à répondre à une question subtile : mais pourquoi donc la nounou parfaite (cette pute) a-t-elle tué les enfants ?!!

On y vient.

Le temps passe dans l’appartement des Massé, au rythme des jeux, des devoirs, des travaux ménagers ; mais quand Louise rentre chez elle, son appartement est intact, à l’image de son visage de poupée et de son éternel et immaculé col Claudine. Le temps semble sur elle ne jamais s’écouler. Seule, sans eux, elle tourne en rond  en attendant la fin du weekend et se remémore les dimanches interminables en compagnie de sa fille (qu’elle ne voit plus) et de son mari (décédé).

Peu à peu, le masque de Louise craquelle sous le poids de son passé et d’un présent qui lui échappe. Et le lecteur s’enfonce avec elle dans cette trajectoire qui le terrorise mais lui interdit également de décrocher le nez du roman.

C’est brillamment et implacablement mené.

 

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Pour vous changer un peu les idées, le jury vous recommande le tout nouveau Prix Virilo des Maternelles (& crèches)

 

 

Mais aussi lu par… Alys et Bérénice

Fade duvet

Fade duvet

 

 

 

 

L’histoire est racontée plus haut, on ne va donc pas s’attarder. Deux parents, deux enfants, une nounou. Une relation qui part en vrille, et la nounou bute les gosses (c’est pas un spoiler, ça commence par ça). Bon, pourquoi pas. Mais le résultat casse pas des briques, principalement parce que :

1- il y a beaucoup de clichés : les bobos du 10e qui ne voient jamais leurs enfants et sont bourrés de condescendance pour leurs employées de maison. Lesdites employées de maison sont toutes d’origine étrangère, et sont toutes plus conviviales et plus maternelles que les mères qui osent sacrifier le temps qu’elles pourraient passer avec leurs enfants pour se consacrer à leur carrière. Sérieusement ? Et ces gamins bobos, alors, qui grandissent baignés de l’affection généreuse de ces femmes, et qui une fois ados ne leur disent même pas bonjour dans la rue car ils ont honte d’elle. Sérieusement ?

2/ les personnages sont un peu plats. La nounou d’abord, une personnalité psycho-rigide avec son chignon parfait et ses petits cols Claudine, mais tout de même si douée avec les enfants. Elle est à la fois attirante et frigide, elle a toujours adoré les gosses des autres mais pas la sienne, elle était mariée avant et maintenant elle est quasi asexuée. Elle s’habille glamour mais sobre mais chic quand même et habite en banlieue dans un studio. Elle n’a pas un rond mais gagne un salaire et ne dépense rien (ou alors c’est peut être les fringues ? On sait pas c’est pas mentionné). La mère, d’origine maghrébine, culpabilise de prendre une nounou maghrébine (sérieusement ? Et même, elle préfèrerait ne pas. Sérieusement ?). Elle est ambitieuse et aime son métier. Donc quelque part hein tout ça c’est quand même surtout de sa faute (rhaaa sérieusement ?). Et puis le mari, parce qu’il est surtout mari dans l’histoire avant d’être père. C’est pas trop de sa faute à lui tout ca hein. Du coup il est plutôt sympa, un poil libidineux (et à la limite vu le nombre de clichés on préférerait qu’il se la fasse, la nounou) et un peu gland.

3/ l’histoire est difficile à croire. On voit bien le mécanisme lent du déraillement vers la folie qui se met en place mais on ne comprend pas vraiment pourquoi elle déraille cette nounou, ni pourquoi elle continue à dérailler. Elle a eu d’autres gosses avant. Pourquoi ceux là ? C’est pas vraiment expliqué, du coup c’est pas vraiment crédible. Ah, elle est mélancolique délirante, du coup ça explique tout, parfait ce diagnostic médical qui tombe comme un cheveux sur la soupe. Sérieusement ?

4/ L’écriture est plaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaate. Tout est neutre, c’est très bon élève de 3e qui rend sa meilleure copie de l’année. Du coup, ça n’est absolument pas à la hauteur de la gravité de l’évènement, et certainement pas du barouf médiatique qui l’entoure.

En résumé, on trouve que Leila Slimani s’est pas trop fatiguée. Les personnages sont plats et clichés, l’intrigue n’est ni bien amenée ni expliquée. Au début on veut y croire, on s’acharne ; on finit par se rendre compte que rien n’avance. Du coup, c’est juste l’histoire d’un fait divers glauque, et en plus c’est fade. Repassez-nous le poulet à l’eau de javel.
On n'en reprendra pas, merci

On n’en reprendra pas, merci

 

 

L’autre qu’on adorait, de Catherine Cusset

1 Nov

Lu par … Antonin

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Cucul la poiline

 

Cette année, l’accessit « Keyser Söze en fait c’est Kevin Spacey » de la 4e de couv’ qui balance la fin a d’ores et déjà été décerné à L’autre qu’on adorait, de Catherine Cusset. Ce livre retrace en effet la vie de : « Thomas, un homme d’une vitalité exubérante qui fut l’amant puis le proche ami de la narratrice, et qui s’est suicidé à 39 ans aux États-Unis. »

Thomas, donc, sympathique et passionné, manque Normale Sup’ puis s’expatrie aux USA, plein d’ambition. Étudiant à Columbia, tout semble possible. Mais les échecs se succèdent, amoureux (Sophie, Ana, Elisa, Olga, Nora, etc…) comme professionnels (Princeton, Portland, NYU, etc…). Pourquoi lui refuse-t-on les postes de Prof prestigieux? Est-ce son impossibilité à publier sa thèse sur « Proust et le classicisme » ou parce qu’il est trop brillant? Alors Thomas boit, choit et enfin comprend tout : c’est parce qu’il est bipolaire.

Un récit à la seconde personne du singulier, entre hommage et mise en abyme, qui aurait pu émouvoir. Pourtant certains ingrédients faciles nuisent à sa qualité.

Parallèles culturels douteux entre le héros et les Grands de ce monde ( « Proust et toi avez en commun l’extrême sensibilité artistique » ou « Vous connaissez tous les deux la maladie, pour Proust l’asthme, les étouffements, l’angoisse, pour toi la nécrose de hanche et la dépression »), maladie psychiatrique téléphonée et phrases de cul pour khâgneuses ( « Elle sait que la fessée est un signe d’adoration, (…) elle adore ta virilité, ton énergie, ta capacité à faire l’amour 24 heures sans t’arrêter, la folie » ) qui valent surtout à Catherine Cusset, cette année, de figurer parmi les trois finalistes du prix Trop Virilo.

 

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« Thomas ? connais pas. »

 

Babylone, de Yasmina Reza

31 Oct

Lu par… Antonin

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Elizabeth traverse la crise de la soixantaine dans le tranquille village de Deuil sur l’Alouette. C’est un peu la déprime. Heureusement, son voisin Jean-Lino est là pour la dérider et l’inviter aux courses d’Auteuil.

La soirée d’anniversaire d’Elizabeth se déroule ordinairement. Son stress usuel de savoir s’il y  aura une chaise pour chaque convive. Jean-Lino a peut-être poussé le bouchon en se moquant de sa femme Lydie, trop rigide sur la question des poulets élevés en plein air. Chacun rentre chez soi mais Jean-Lino appelle quelques heures plus tard : il a étranglé Lydie.

Ce livre est équilibré, 1/3 théâtral, 1/3 burlesque, 1/3 somnifère. Tous les sexagénaires ne la jouent pas coq en pâte, heureusement.

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Sexagénaire épanoui

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