La gouvernante suédoise, de Marie Sizun

20 Oct

Lu par Bérénice

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Léger duvet blond

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Il y a une gouvernante, elle est suédoise, elle s’appelle Livia. Elle est arrivée dans la vie de Léonard et d’Hulda un peu par hasard. Léonard lui-même est arrivé dans la vie d’Hulda un peu par hasard.

Nous sommes à la fin du XIXème siècle, en Suède, à Göteborg. Hulda, jeune fille qui sent encore son couvent, vit chez ses parents, bon bourgeois provinciaux et aisés comme on peut l’être quand on fait des affaires « en région ». Comme toute famille éclairée, ils aiment la France et la littérature française, parfois aussi les Français. Miracle, arrive Léonard, professeur déjà quarantenaire (dans mon souvenir moustachu, mais fais-je un transfert ?), droit comme la justice et discourant au sujet de Madame Bovary, impécunieux au demeurant et logeant, à la semaine, chez les bourgeois. Peu importe : il a des lettres. A l’occasion d’une conférence, le cœur d’Hulda frémit, c’est décidé, ça sera lui. Ma foi, la femme est avenante, autant ne pas faire de manière et le mal étant fait, puisque la dot est correcte et que les beaux-parents offrent un poste dans le négoce à la clef, yolo comme on dit en Suède. Il semble toutefois que de l’amour, il y en ait eu. Un amour complexe, entre homme déjà mûr, ou en tout cas un peu fait, et une débutante, un amour guindé d’un côté et sans recul de l’autre, mais enfin l’amour est là et les enfants suivent. A Stockholm désormais, où il fait bon faire des affaires, les Sézeneau (car Léonard est un nobliau sans particule) habitent à côté des théâtres, leur appartement est lumineux et la porcelaine fine. On l’imagine sans peine dans un magazine de décoration contemporain.
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Ensuite, Hulda est débordée par les enfants qui s’accumulent et les lessives toujours plus nombreuses, Léonard s’assèche avec le temps qui passe, Hulda est de plus en plus seule, et à l’occasion d’un voyage, Léonard recrute Livia (car Olivia, non, elle n’aime pas), fille de comédiens, cultivée, alerte, et sans dot car cadette. Livia est ordonnée comme un tableur excel à double entrée, elle s’occupe des enfants et de leur mère tout en manifestant une distance teintée de mépris pour cette femme à peine sortie de l’enfance qui ne sait rien faire et se perd dans son monde sans comprendre qu’elle a tout. Léonard, de son côté, est plus mauvais négociant encore que professeur et les affaires sont mauvaises. Il faut s’exiler, partir sans trop expliquer pourquoi à sa femme et la famille, direction Meudon, plus province encore que Göteborg.

Entretemps, Livia et Léonard se désirent sans mots. A Meudon, il y aura toujours aussi peu de mots, beaucoup moins d’argent, une maison décatie et la porcelaine livrée à l’encan, les hivers sans neige, et des combles qui abritent les amours du chef de famille taiseux et de la gouvernante pendant qu’Hulda s’arrondit une quatrième fois.
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Même la vie associative locale ne parvenait pas à redonner à Léonard sa joie de vivre

 

Il y a d’excellentes choses dans cette Gouvernante suédoise : une atmosphère intime rendue à petit coups de pinceaux, des références pertinentes à Bergman, un trio amoureux qui sonne plutôt juste.

Deux moustaches, seulement, et c’est sévère, car en dépit de cette fresque plutôt bien menée, à l’issue malheureuse, et on le sait dès le début, l’auteure ouvre son roman par un chapitre expliquant qu’il s’agit de l’histoire de sa famille, de secrets et de non-dits, d’illumination de petite fille sur laquelle on revient une fois adulte, et de journal intime d’une arrière-arrière-grand mère. C’est à mon sens inutile, sauf pour sa famille, et nuit au roman, d’autant plus que les remerciements finaux sont explicites.

L’auteure ensuite, on le sent, se sent très proche de cette Livia, plus cultivée, plus libre, moins niaise qu’Hulda. A cultiver toutefois cette sympathie naturelle, elle malmène la petite suédoise qu’on sent en grosse dépression (un post-partum non pris au sérieux, abandonnée par un mari qui avait de plus grandes ambitions intellectuelles, sans ami.e.s), déchirée par un devoir de loyauté pour cette aïeule qui méritait qu’on choisisse un camp plus tranché. En ressort une fin attendue mais sans véritable tristesse et un roman un peu plat, mangé par ses descriptions.

On regrette le parti-pris d’en avoir fait une histoire exclusivement familiale : elle en ressort sans grand relief.

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Soirée pyjama au prix Virilo

 

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