Le bal mécanique, de Yannick Grannec

16 Oct
Lu par … Gaël
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critique3

Bacchantes intrigantes

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Attention, ouvrage épais et touffu ! Deux parties, qui se répondent l’une l’autre. Dans la première, on suit Josh, un de nos contemporains vivant à Chicago, où après des études d’architecte il a créé une émission de télé-réalité quelque part entre Boris Cyrulnik et Les maçons du cœur (si, si), tout en se posant de nombreuses questions sur la famille et l’intégrité artistique. Dans la seconde, on explore les racines familiales de ces questionnements, principalement à travers le destin d’une jeune femme dont on ne dira pas plus sous peine de spoiler violemment l’intrigue.
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C’est un bel objet, orné d’un pochoir de Schlemmer relevé par un impétrant plus cultivé et moins alcoolique que la moyenne. Cette référence pointue donne le ton d’un ouvrage sérieux : notes en fin d’ouvrage, bibliographie très exhaustive, notamment sur le Bauhaus et Paul Klee. On sent que l’auteure s’est passionnée pour cette période et s’est plongée toute entière dans la reconstitution d’une jeune femme éprise d’indépendance et d’art dans ces temps douloureux. L’entreprise est réussie : les complexités et les hésitations d’une Allemagne tiraillée entre sa modernité et ses aigreurs sont parfaitement rendues. Le Bauhaus est un personnage à part entière. Même le dense featuring de Paul Klee (exercice habituellement très risqué, tant sont nombreux les auteurs qui semblent penser que le travail passé de la guest star peut remplacer le leur) est réussi.
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Le célèbre emblème du Bauhaus par Schlemmer, rendu viril par de jeunes designers allemands

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En contraste, la première partie convainc moins. Beaucoup de bonnes idées, mais le personnage principal et l’intrigue apparaissent un peu trop creux pour tenir 250 pages. Le motif en miroir – une émission qui met en scène les conflits familiaux inconscients, et un roman qui explore les schémas de contamination familiaux – est un peu scolaire par rapport au tourbillon que promet la quatrième. Au final, deux tours de force, le portrait contrasté d’un entrepreneur de la trash TV à l’heure des choix artistiques, et une peinture très fine de la vie artistique de l’entre-deux guerres. Ce n’est pas rien d’autant que, pour votre serviteur moustachu, la capacité à incarner tout aussi intensément des points de vue et des personnages très différents est une des marques des grands romanciers. Mais ça ne prend pas complètement et on se dit, avec un peu de dépit, qu’une très bonne huile plus une délicieuse moutarde ne suffisent pas à faire une excellente mayonnaise*.

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* Le jury s’excuse par avance de cette métaphore boiteuse, qui montre encore une fois qu’à ne se nourrir que de rillettes et de cornichons, les jurés sont piètres cuisiniers.
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