L’Enchaînement, de Philippe Catteau

11 Oct

Lu par… Beybey

 

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Trop glabre pour être honnête

 

J’essaie. J’essaie de comprendre pourquoi de tels ouvrages sont publiés. La réponse la plus probable est que Le cherche midi s’est trompé dans le premier contrat passé avec Philippe Catteau et qu’ils se retrouvent à devoir imprimer ses productions tant présentes qu’à venir. A mon avis, les gars, ça vaut le coup de dépenser un peu de fric en honoraires d’avocat parce que vous contribuez à la déforestation pour le plaisir, là.

Le livre fait partie de la catégorie « Thriller« . Sans doute en référence à ce qu’écoutait l’éditeur au moment où il a remis le manuscrit sur la pile « accepté », après avoir passé un ultime coup de fil à son chef : « vous êtes sûr qu’on est obligé de le prendre, j’ai sous les yeux un essai sur les blagues de comptables qui m’a l’air beaucoup plus prometteur ? Ah… Et on ne peut rien faire ? Rien du tout ? Bon… ».

Puisque que c’est publié, l’histoire :

Acte 1 : un type blanc dans une case au Sénégal boit et fume beaucoup. Il s’appelle Paul et veut oublier. Des locaux font tout ce qu’il veut. On y reviendra mais c’est déjà dérangeant.

Acte 2 : Charlotte, 25 ans, fraîchement diplômée en médecine, est petite puisqu’elle doit se tenir sur la pointe des pieds (comment mieux décrire une femme qu’en insistant sur le dimorphisme sexuel de taille ?) et a fait de grandes concessions durant ses études : son logement à la Catho de Lille était à quelques kilomètres de l’appartement familial. Forte de cette expérience bouleversante, armée pour l’adversité, elle se met six mois au service de la pauvreté et part en mission avec Médecins du monde à Haïti. Elle pourra ensuite consulter avec dépassement d’honoraires toute sa vie, autant le faire au début et en être débarrassée.

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Ca fera 34 euros madame, et non je ne prends pas la carte Vitale

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Elle est en avance à l’aéroport et là, placement de produit au service d’une petite folie : elle prend Vogue en plus de son Elle habituel. C’est la fête pour Charlotte qui sait s’enjailler puisque non contente de servir le grand capital oppressif, elle prend un tic-tac et un paquet de Lu, autant dire qu’elle aura des réserves en cas de petite faim, la goulue.

Elle se rend compte qu’on la suit. Un homme la marquait au pas depuis sa première incursion dans le rayon magazine. Elle le confronte, il lui avoue qu’il la suit, l’invite à boire un verre et, face à un comportement creepy, comme toute femme en pleine possession de ses moyens, elle accepte. Philippe, le harcèlement de rue, c’est non. A aucun moment. Même dans un aéroport. On est fatiguées de le répéter.

Charlotte, elle, explique qu’il a rougi et que ça l’a décidée, parce qu’ »un satyre serait resté de marbre ». Charlotte, je suis inquiète pour toi parce que si pour déceler un satyre tu ne remarques ni les pieds et la queue de bouc ni les cornes, c’est que tu as de sérieux problèmes de vision et je ne suis pas sûre que tu doives exercer (même en rhumatologie).

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« Ces quatre élégants messieurs n’ont pas non plus l’air d’être des satyres », pensa Charlotte

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Le mystérieux inconnu s’appelle Marc, il s’exprime comme une quiche et est avocat pénaliste. La richesse des dialogues est évaluée à 12 KgC/ph (kilogrammes de clichés par phrase). Cette notation aura tendance à augmenter au fur et à mesure de l’avancement de l’ouvrage (je n’ose dire de l’intrigue). Ces instants sont donc vécus comme un fruit savoureux (ils m’évoquent en effet le durian), c’est un moment volé à la vie (je confirme et je suis assez en colère parce que j’ai franchement d’autres choses à faire), c’est étonnant comme une discussion d’amis de longue date que la vie a séparé (on a envie que ça se termine vite parce qu’il y a sans doute une raison à cet éloignement). Bref, le temps file comme une comète et Charlotte prend son avion de justesse. La rencontre est ensuite décrite du point de vue de Marc, un peu comme quand Stephenie Meyer avait décidé de continuer à stimuler la poule aux œufs d’or en écrivant Twilight du point de vue du vampire patriarcal. Ah, au fait, Charlotte fait maintenant 1 mètre 70. L’amour la grandit.

 

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Le saviez-vous ? Certains ouvrages de la rentrée littéraire sont eux aussi passibles d’amende

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Suite logique de son comportement creepy, Marc insiste auprès de tous les comptoirs ouverts pour connaître le nom de famille et le numéro de téléphone de Chacha. Suite logique à cette suite logique, il va l’attendre à son retour puisqu’il connaît la date. Que faire face à un type aussi louche et gênant ? Déposer une main-courante ? Lui donner une gifle ? L’ignorer ? Non, Charlotte fait le bonheur de tous ces relous qui te disent « eh mais alors, si on ne peut plus aborder une fille avec respect, on fait comment, hein maintenant ? » et lui donne son numéro.

Après, je vous la fais courte, ils se marient. Après, poncif du roman écrit par un mec sans imagination pour évoquer le bouleversementquibouleversedesvies, elle se fait violer de manière atroce (oui, car pour écrire une scène de ce genre il faut du talent). Flashforward, Marc, toujours brillant avocat bien entendu, découvre grâce au cours de SVT de leur enfant qu’une femme de rhésus sanguin A + et un homme O+ ne peuvent pas avoir un enfant B-. Marc est un peu stupide.

Que faire lorsque trahison que faire je suis effondré ? Dialoguer ? Mais enfin mes pauvres amis, vous n’y pensez pas ! Se suicider évidemment. Marc saute dans la Seine.

Acte 3 : Là-bas en Afrique (l’auteur dit beaucoup plus souvent Afrique que Sénégal, parce que l’Afrique voyez-vous, c’est universel, c’est un état d’esprit, c’est une grande communauté), Paul se fait rattraper par un mot entendu lors de ses cauchemars, puisqu’il parle en dormant : il serait juge. Que faire avec un alcoolique drogué qui ne fait rien de ses journées, à part lui confier la survie d’une enfant qu’on empêche d’aller à l’hôpital ?

Heureusement pour Philippe Catteau, son héros n’a besoin que d’une journée à l’internet café du coin pour résoudre l’affaire. On n’est pas loin de penser que tout ceci est raciste et que l’équation de Marc est la suivante :

Droit sénégalais = ∑ code civil + √polygamie

Le filon racisme bon teint mais subtil est exploité jusqu’au pénultième acte où [SPOILER] Marc (car c’est Marc ! Wow !), enfin réuni avec sa ‘tite famille chérie et sa femme fidèle qui était restée chaste, est accueilli avec de grandes pancartes « bienvenue Monsieur Paul » par un peuple reconnaissant et un homme « énorme dans son boubou jaune et noir » qui est « l’Afrique à lui tout seul ». Soupir.

Car oui, grâce à l’Internet café (merci internet), Marc (qui est une quiche en dialogue mais aussi en noyade) avait vu que sa femme était toujours fidèle et à lui mariée, avait décidé de revenir à Paris et avait sonné chez lui, comme le fils prodigue. Ensuite, le violeur de sa femme avait fini par rencontrer la grande faucheuse de manière un peu précipitée, il avait été arrêté, incarcéré, jugé, libéré avec une plaidoirie toute pourrie de son meilleur ami qui nous est livrée in extenso et qui devrait figurer comme contre-exemple dans toutes les formations pour jeunes avocats. A la fin, un commissaire détruit une preuve.

Un roman crédible, donc. Catteau delenda est.

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AFRIQUE DU SUD : Mariage de Johnny Clegg et Jennifer Barlett

L’auteur, puisant son inspiration dans les entrailles de la Mystérieuse Afrique

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