Possédées, de Frédéric Gros

9 Oct

Lu par Gaël

critique4

Poil de la Bête

 

Première incursion dans le monde du roman pour ce philosophe, spécialiste du pouvoir et de Foucault, et essai transformé assurément. Dans tous les sens du terme car ce roman est une très belle illustration de ce que signifie le pouvoir, jusque dans la chair des personnages. Il ne faut pas s’amuser à y chercher des échos de théories ou une volonté didactique, mais bien plutôt un cri, une alerte, contre les dégueulasseries auxquelles la puissance et les jeux politiques donnent libre cours.

Le cadre est celui de l’affaire des possédées de Loudun, épisode qui déchira le Poitou dans les années 1630, et qui serait clochemerlesque si sa fin n’en était pas tragique. L’alchimie est simple : quelques jeunes religieuses pétrifiées par l’ennui, un jeune prêtre beau, convaincu et brillant mais trop à l’étroit dans l’abstinence imposée, des jaloux de province, une poignée de fanatiques dont la joie est dans la destruction, et quelques lointains puissants pour lesquels Loudun n’est qu’une case sur leur échiquier à trois bandes. Les religieuses se croient visitées par le diable, les jaloux et les fanatiques soufflent sur les braises, les puissants voient dans l’élimination du prêtre suppôt de Satan une voie facile vers une victoire à laquelle personne n’a intérêt à s’opposer.

 

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Le poids des responsabilités, le choc de la pilosité

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La narration est fluide et brillante, la vie d’une cité provinciale du 17ème siècle sur le retour rendue avec vivacité, la destinée qui conduira à la fin tragique est présente tout du long . Le coeur du propos, c’est l’histoire d’Urbain Grandier, prêtre convaincu que la bonne foi, le soutien de la communauté et la justice immanente triompheront. Bien sûr, il n’a rien compris, car le jeu du pouvoir, inventé par les hommes aux passions tristes, ceux auxquels réussir une vie ne suffit pas au point qu’ils se mêlent de celle des autres, le rattrapera malgré toute son intelligence et son courage. Peinture crépusculaire et éclairante d’un monde dans lequel on était vite broyé par la Raison d’Etat, à méditer en ces temps où l’autorité de la République constitue la nouvelle passion.

 

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