Il est avantageux d’avoir où aller, d’Emmanuel Carrère

26 Sep
Lu par Gaël
critique2

D’autres poils que les miens

Comme chaque année, Emmanuel Carrère revient. Cette année, ce n’est pas un ouvrage original, mais un recueil de textes, des articles pour la plupart, parus dans Le Nouvel Observateur, La Règle du Jeu (le journal de BHL) ou XXI, entre autres, ainsi que, plus exotique, dans un magazine féminin italien.

C’est un balayage complet de 25 ans de carrèrisme. On en sort avec une sensation mitigée car l’oeuvre fictionnelle y tient une place quasiment nulle. En revanche, le motif de l’abandon de la fiction au profit de la « non-fiction » – catégorie importée du langage littéraire anglo-saxon, mais dont il faut bien avouer qu’elle est difficile à traduire – est très présent. C’est sans doute pour cela que le recueil s’ouvre avec des compte-rendus d’audience de 1990, époque à laquelle Emmanuel Carrère écrivait encore de la fiction.

Ce parti-pris correspond donc à un mouvement très réel de l’auteur et de ses centres d’intérêt. Il n’est pas certain qu’il soit à son avantage. Car il a été rendu célèbre par ses récits de fiction, tendus et exigeants, et on peut se demander depuis s’il ne se repose pas un peu sur ses lauriers. Le recueil tend à conforter cette sensation car qui a lu tous ses livres ou presque n’y découvrira, en 546 pages, pas grand-chose de nouveau. Les plus longs articles sont consacrés à Philip K. Dick, Limonov ou à Kotelnitch, certains textes plus courts reviennent sur d’autres épisodes d’Un roman russe et on trouve une préfiguration journalistique de L’Adversaire. On ne peut pas s’empêcher de penser que le dernier article, publié dans XXI et consacré à « L’homme Dé », aka Luke Rhinehart, constitue la matrice de son prochain ouvrage (Le livre de Rhineart a d’ailleurs été republié en français en cette fin d’année, témoignant de l’immense talent de Carrère pour le surf sur la bonne vague éditoriale).

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Limonov avait en son temps défrisé les jurés

 

On se dit, un peu déçu, qu’en fait Carrère publie, ou recycle, chez P.O.L tout ce qu’il écrit. Ses derniers livres m’avaient donné une sensation de facilité, d’inachèvement. A la fin de Limonov, je m’étais dit que le livre l’avait hanté, qu’il en avait marre, qu’il l’avait superficiellement relu pour pouvoir vite s’en débarrasser. Après Il est avantageux d’avoir où aller, je me demande s’il ne serait pas en fait un peu feignant. Il est difficile de lui jeter la pierre, parce que sa vie est très enviable et qu’il n’en fait pas mystère : un grand appartement dans le 10ème arrondissement, une femme séduisante, des amis connectés, beaucoup de temps pour lire et se renseigner sur l’ex-URSS. A sa place, on serait certainement tentés d’exploiter le filon. Reste qu’on aimerait le trouver plus habité, plus fidèle à ce que sa plume révèle parfois de capacité de pénétration de l’âme humaine, et plus conscient qu’en éditant ce genre d’ouvrage il se moque un peu de ses lecteurs-acheteurs.

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