Tristesse de la terre, d’Eric Vuillard

25 Sep
Petit bouc

Petit bouc

        Éditions Actes Sud

        Lu par Benoit

 

« La plus grande mystification de tous les temps »

L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs… Le nouveau roman d’Eric Vuillard nous propose d’illustrer cet adage en revenant sur un exemple fameux : le Wild West Show de Buffalo Bill, ou comment un spectacle itinérant a romantisé aux yeux du monde le massacre des Indiens d’Amérique, allant même jusqu’à utiliser d’anciens chefs de tribu comme bêtes de cirque.

Le sujet est puissant, et l’auteur arrive habilement à en extraire toute la richesse. A travers le célèbre barbichu, Eric Vuillard nous montre l’avènement du divertissement de masse, la préférence donnée au spectacle sur le réel, la puissance naissante du show et du business, le besoin constant de réécrire la guerre pour détendre sa conscience, l’avilissement de l’homme vaincu… Bref, autant de thèmes forts qui donnent à réfléchir, et qui trouvent bien sûr de l’écho dans l’époque actuelle.

 

One for the money, two for the show

      One for the money,      two for the show

Triste barbiche

Malheureusement, le ton grave du livre ne suffit pas à effacer un problème majeur de conception : l’auteur ne raconte pas vraiment une histoire, il traite un sujet. Au pas de charge. Cela n’a l’air de rien, mais l’impact du livre s’en retrouve diminué de moitié.

Concrètement, Tristesse de la terre contient beaucoup de commentaire, et fait défiler de nombreuses anecdotes – très ramassées, tenant sur quelques paragraphes – mais il manque une continuité au récit… Il manque l’espace nécessaire pour permettre à l’histoire de prendre corps. Et surtout, en l’absence de personnages le propos souffre d’être désincarné. Buffalo Bill demeure pour nous un inconnu jusqu’aux deux tiers du récit, où il prend temporairement de l’épaisseur – donnant instantanément plus d’intérêt à l’histoire. Les autres, qu’ils soient Blancs ou Indiens, ne font que passer. Le lecteur reste ainsi tenu à distance, désinvesti là où il devrait s’émouvoir.

Et c’est dommage ! Il y avait tout dans ce sujet pour écrire un grand récit avec du souffle. Nous nous retrouvons à la place avec un commentaire pressé et impersonnel, qui nous laisse sur notre faim.

 

 

Une Réponse to “Tristesse de la terre, d’Eric Vuillard”

  1. MH 12 octobre 2014 à 16 h 13 min #

    Bien vu, tout à fait d’accord. où est l’histoire ?

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