La première pierre, de Pierre Jourde

26 Oct
La première pierre

Après avoir reçu le prix Virilo 2012, Pierre Jourde a maintenant sa photo sur les bandeaux !

Jeu de moustache

La première moustache

Gallimard / NRF

Lu par Gaël

Ce livre avait tout pour plaire au jury : un auteur que nous aimons (on sent d’ailleurs qu’être récipiendaire du prix Virilo 2012 a nettement augmenté son statut d’auteur bankable, il a désormais sa photo sur les bandeaux), l’information lâchée en passant que, des fois, il part en vacances avec Eric Chevillard, et un titre propice à tous les calembours père-noël-est-une-orduresque. Insigne signe d’ouverture d’esprit : il m’a plu pour d’autres raisons.

Je vous jette la pierre, Pierre

En 2004, Pierre Jourde publie Pays perdu. Chronique, inspirée par la mort d’une jeune enfant, du village où il a ses racines, où il a passé une grande part de sa vie, notamment en vacances, et dont il connaît à la fois les légendes, habitudes et habitants. Le livre est très diversement accueilli par lesdits habitants, qui y voient pour certains bien autre chose que l’hommage, sans fard mais ému, que l’auteur entendait réaliser ; ils ne supportent notamment pas que certains secrets de famille y soient révélés, certains traits ridicules dévoilés, et surtout ce qu’ils interprètent comme un regard méprisant sur ce pays « perdu », qu’ils interprètent – en bons paysans imprégnés de modernité capitaliste – comme pays de perdants. Quand, en 2005, Pierre Jourde et sa famille reviennent passer quelques jours sur place, l’accueil est beaucoup plus froid qu’il s’y attend. Ou beaucoup plus chaud, c’est selon. En tout cas, ça se passe très mal : coups, jets de pierre (oui, c’est ça le titre, pas un jeu de mots débile sur le prénom de l’auteur !) sur sa voiture et ses enfants, qui se font en plus insulter au motif que leur peau est sombre. L’auteur lui-même est victime de calomnies quant à la réalité de ses origines génétiques. La famille doit quitter le village à peine arrivée. Le livre raconte ça, le procès qui s’en est suivi, et ce que tout cela a inspiré à Pierre (qui s’est donc fait jeter la pierre).

Inéligible pour un deuxième Virilo !

Depuis, Pierre Jourde est retourné au village incognito

Tentative provocante de Pierre Jourde pour retourner au village incognito

Malheureusement, ce n’est pas un roman. Il ne recevra donc pas le prix Virilo une nouvelle fois. Pour autant, c’est vraiment de la littérature. L’exigence à cet égard de Jourde est partout : dans la précision des mots, le rythme où rien n’est laissé au hasard, et partant la précision, la densité et l’ambivalence de tout ce qui est relaté ici. C’est un peu man vs journalism : un effort constant pour expliquer comment et pourquoi cette histoire est compliquée, dit beaucoup de choses, pourquoi seule la littérature peut s’y attaquer, et pourquoi ces faits simples méritent qu’elle le fasse. Presque tout est captivant et d’une grande richesse, un seul passage résume à mon sens le livre : le récit du procès, et le récit des récits du procès. Lutte éternelle des bardes contre les chroniqueurs, et ici, victoire du barde. Les journalistes, descendus à Clermont-Ferrand, ont leur récit en tête avant d’arriver : l’intello de la capitale écrase les bouseux sous le poids de ses mots. Ceux-ci se vengent avec le choc de leurs corps. Sauf que, nous dit Jourde, c’est tout le contraire : les mots de la littérature sont bien peu de choses face à la violence que le verbe charrie sur les hauts plateaux de l’Auvergne, où les joutes oratoires se prolongent pendant des mois, les mots maniés comme à la place des armes qu’on ne peut pas sortir dans une si petite communauté. Quant à la violence, c’est bien lui, Pierre Jourde, boxeur amateur, qui y a le plus recouru, manquant de faire perdre un œil à un retraité.

Le journaliste, pourtant souvent moustachu, se trompe parfois

Le journaliste, pourtant souvent moustachu, se trompe parfois

Ce n’est pas le goût du paradoxe qui se déploie ici, seulement la lucidité, la finesse d’un esprit qui sait penser, et écrire ; y compris sur les choses en apparence les plus triviales, qui sont pourtant celles qui agitent le plus profondément les cœurs des hommes.

Une Réponse to “La première pierre, de Pierre Jourde”

  1. Peggy Q. Wiggins 15 novembre 2013 à 10 h 44 min #

    Un soir de février, une voiture se dirige lentement vers un hameau isolé, au bout de l’autoroute, au-delà des collines, des friches et des bois. Dans le véhicule, deux frères. L’un d’eux vient toucher l’héritage du cousin joseph, un ermite qui vivait dans une vieille masure. Un secret espoir les anime. ce sauvage a forcément dû laisser derrière lui un magot, des bijoux, quelques pièces d’or… Pour ces citadins revenus sur les lieux de leur enfance, cette chasse au trésor va inaugurer la plus surprenante des aventures intérieures. Comme dans les anciennes tragédies, l’action e déroule sur deux journées d’un hiver qui semble ne jamais vouloir finir. Les dieux qui régissent cette terre où il n’y a rien à faire sont grotesques et terrifiants. On les nomme Alcool, Hiver, Solitude… Ce  » pays perdu  » où l’on n’arrive qu’en s’égarant, ne se dérobe-t-il pas depuis toujours ?

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