L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni

28 Sep

Gallimard

Lu par Claire

Moustache belliqueuse

Imaginez-vous dans le métro, plongé(e) dans un pavé de 630 pages sobrement intitulé «L’art français de la guerre». Je vous assure que vos voisins ne vous regardent pas de la même façon un Gavalda à la main. Grâce au livre d’Alexis Jenni, j’avais enfin plus de chances de me faire aborder par un fringant intellectuel à barbe de trois jours que par un cinquantenaire bedonnant tout émoustillé par les lignes roses d’Anna.

La nrf aime bien les gros livres sur la guerre

On en pensera ce qu’on voudra, mais s’il est bien une chose sur laquelle on peut se mettre d’accord, c’est que ce premier roman sort sacrément du lot. Enfin une bouffée d’air qui rafraîchit la moiteur de la jungle de la rentrée littéraire. La jungle, Alexis Jenni en parle, et en parle bien. Son récit évoque la Première Guerre Mondiale avant de se plonger dans la Seconde, puis se lance à travers l’Indochine et les déserts d’Algérie, prêt à atterrir doucement dans notre France d’aujourd’hui. Roman magistral qui se transforme parfois en essai, l’histoire d’avant éclaire celle de maintenant. Ce livre est un ovni ; il mélange tout, l’horreur et l’amour, la saleté et la beauté, sans aucune sorte de complexe. Car oui, leur remède à l’horreur et au découragement, ils l’ont trouvé, dans l’art et l’amour. « L’encre me protégeait ; et je peignais pour Eurydice. »

Un art, vraiment

Un trentenaire paumé, dont la vie est devenue une longue sieste entrecoupée de verres de blanc et de parties de jambes en l’air, rencontre un jour dans un bar de Lyon un vieil homme, Victorien Salagnon, ancien militaire et peintre de son état. Le jeune homme égaré demande au vieux sage de lui apprendre à peindre, et c’est là, lors de leurs cours de peinture dans un minable pavillon de banlieue, que Salagnon va raconter au jeune désabusé sa vie, sa vie de militaire, engagé dans le combat depuis ses 17 ans et la Seconde Guerre Mondiale. La guerre, Alexis Jenni la raconte bien, si bien que l’on croirait qu’il a lui-même rampé dans les marécages d’Indochine, tué, brûlé, étripé, torturé, de notre lecture s’évaporent des odeurs de sueur, de boue, de poudre, de peur et de fatigue.

Art moustachier de la guerre

Ce dialogue structure le livre, les récits de la vie de Salagnon sont entrecoupés des commentaires de notre protagoniste anonyme, qui digère avec peine tout ce que lui crache l’ancien. Ces longues conversations nourrissent les réflexions du jeune homme sur le monde qui l’entoure et la société française qui craquelle de partout.

C’est peut-être ici que le bât blesse, légèrement. Le livre est long, en effet, et les parties «commentaires» perdent parfois un peu le lecteur, alors ravi de retrouver, une fois ce compromis effectué, les descriptions passionnantes de la vie de Salagnon. Des passages qui ne sont pas à la hauteur des autres, et desservent une écriture pourtant excellente et au propos ambitieux. Cependant, que l’on ne s’y trompe pas. Des défauts, bien sûr, il y en a. Mais si ce roman le Goncourt du premier roman n’obtient pas, c’est que nous sommes déjà tombés sous le joug des Gavalda.

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