Dino Egger, de Eric Chevillard

8 Sep

Les éditions de minuit

Lu par Philippe

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Virilo !

Cette année, c’est écrit, on le sait depuis longtemps, c’est « Dino Egger » qui sera l’objet du syndrome merde dans les yeux dont sont affublés de si nombreux jurés de prix littéraires. Cela ne chagrinera pas l’auteur Eric Chevillard qui doit être habitué, depuis le temps…

En 2007 par exemple il publie « Sans l’orang-outang », un chef d’œuvre, et commence un blog exceptionnel : l’auto-fictif. La même année c’est « Chagrin d’école », un des livres les plus anodins de Daniel Pennac qui rafle le Renaudot. Les jurés du Goncourt répondent avec clairvoyance et sacrent Gilles Leroy pour « Alabama Song », qui constitue une pile de feuilles très utiles aujourd’hui (et enfin) pour démarrer les charbons d’un barbecue.

Mais « Dino Egger » a-t-il seulement besoin d’un prix ? Et puis qui c’est d’abord, Dino Egger ?

Bien. Le pitch, donc : Tu vois Napoléon ? Tu situes Einstein ? Tu remarques Marx ? Tu as entendu parler de Bernard Montiel ? Voilà : Dino Egger aurait été de ceux-là. Aurait : Chevillard raconte la vie d’un grand homme qui n’a pas existé. Evidemment. Rien de nouveau là-dedans,  comme presque tous les écrivains. Sauf qu’ici, le narrateur est conscient de l’inexistence du héros.

« (Sans ces grands hommes) que serait devenu le monde ? Nous allons le savoir, car j’en tiens un, je tiens Egger, et Egger – du moins cet Egger-là – Dino Egger – ce Dino Egger du moins – n’a jamais existé »

Le sujet du livre n’est pas plus « racontable ». A la rigueur on s’en ficherait car tout est prétexte, comme d’habitude, à un style parfait.

« (Egger) manque aujourd’hui encore, et peut-être de plus en plus. Il y a ce trou, cette lacune irréductible, cette déchirure dans la trame serrée de notre commune aventure dont les bords effilochés dessinent les contours de notre homme et le font apparaître plus nettement que certains autres personnages célèbres (…). Dino Egger n’a pas eu à pâtir des approximations du témoignage humain. (…) Dino Egger apparaît en creux. Il a l’évidence d’un cratère. »

Portrait, probable, peut-être, de Dino Egger (reconstitution).

Pour autant l’histoire n’est pas qu’accessoire. Sous couvert d’exercice de style ad nauseam, le narrateur évolue. Derrière la légèreté et le brio, le lecteur attentif pourra nourrir de profondes réflexions. Certes, une intrigue plus classique comme dans « Palafox » ou « Sans l’orang-outang » aurait perdu moins de monde en route. Le livre implique une convention de lecture peut-être trop radicale pour de nombreux yeux. C’est d’ailleurs là mon seul regret : que certaines personnes soient découragées et passent à côté. Mais pouvait-il en être autrement ?

Alors sachez simplement que ce livre est extrêmement drôle et brillant. Comme cette liste hilarante des inventions et chefs-d’œuvre (plus de 120 tout de même) que Egger n’a pas transmis au monde, du « théorème dit des embouchoirs » à la « Chronique du Big Bang » en passant par « une couleur nouvelle correspondant à certain état intérieur de contentement dans le malheur » ou encore « Pourquoi huit, une élucidation ».

Ce post, comme ceux des autres sites, ne fait que mal décrire ce qui ne coûte pas si cher dans le commerce. « Elle n’arrive pas à sa cheville » dirait même Stéphane… Voilà pourquoi depuis des années mes critiques d’Eric Chevillard se limitaient à la lecture de passages et à cette simple injonction, ce conseil qu’avec plaisir je réitère :

Lisez Chevillard.

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Lu par Paul

Moustache fournie

Moustache eggerienne

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