Tuer le père, Amélie Nothomb

23 Août

Albin Michel

Lu par Claire

Quand l'auteur c'est la couv' et que son nom est plus grand que le titre ce n'est jamais très bon signe

Rasoir facile

Son seul patronyme suffit à assurer un jackpot littéraire, alors pourquoi se priver de critique ?

Il n’eût pas été très fair play de la part du Virilo de descendre le mainstream pour la seule raison qu’il l’est, mainstream. Doit-on cracher sur Léonoard de Vinci parce que la Joconde a le malheur d’être le tableau le plus connu au monde? Que nenni.

Non,  le Virilo ne s’arrête pas à de si triviales considérations. Le Nothomb a donc été lu. En une vingtaine de minutes, debout dans le rayon librairie d’un grand magasin dont nous tairons le nom, l’épaule sciée par un sac trop lourd et le dos criblé du regard soupçonneux d’un vendeur zélé.

Facile. Il a l’air facile pour Amélie de créer des atmosphères peuplées de personnages souvent tordus, parfois attachants, généralement très lisibles. Elle s’attelle ici au monde du jeu, de la magie, des artistes qui vont se dissoudre dans l’acide du festival de Burning Man, d’un jeune prodige des cartes, Joe, recueilli par un couple de ces artistes. L’homme, Norman, devient son mentor, son père; elle, Christina, sa mère, et son grand amour. Amoureux de cette nouvelle mère, orgueilleux quant à son talent, il trahit ce père qu’il s’est choisi. Il s’enfuit et vole de ses propres ailes, frôlant le danger dans l’univers du poker. Mais ce père adoptif choisit alors son fils contre sa vie, et le suit comme une ombre, attentif, abandonnant femme et vie d’avant.

Facile. C’est un goût de trop peu qui nous reste une fois ce livre refermé. Amélie Nothomb ne fait qu’effleurer un univers que l’on aurait aimé vraiment voir développé, travaillé, ciselé en une fresque plus profonde. Au lieu de quoi, ce roman ne ressemble finalement qu’à une synthèse bien faite, au quatrième de couverture un peu long d’une histoire qui eut mérité un vrai investissement. Comme si elle n’avait fait que produire le strict minimum destiné à satisfaire son éditeur, ses lecteurs, et son mythique rythme d’écriture annuel. Amélie pêche donc ici par le trop peu, et non pas par une histoire bancale ou mal écrite. L’idée y était, la facilité l’a emporté.

Facile. Il est facile pour Amélie Nothomb de s’arrêter à ce qui ressemble donc à une nouvelle, car son livre sera quoi qu’il arrive acheté, aimé, et encensé.

Tout comme Joe, son personnage principal, elle manie les cartes comme un vrai joueur professionnel: en trichant.

Un seul regret destiné aux fidèles adorateurs de mademoiselle Nothomb. S’il était paru deux mois plus tôt, il aurait constitué un agréable divertissement de transat.

4 Réponses to “Tuer le père, Amélie Nothomb”

  1. Saint-Luc 27 septembre 2011 à 12 h 58 min #

    Je viens de lire mon premier Nothomb.
    C’est à l’instigation de mon fils, fan de magie, que je l’ai déniché dans mon petit Centre E.Leclerc du fond de la Bresse, mis en évidence à côté d’un dictionnaire de français, en tête de gondole, coincé entre le rayon fournitures scolaires et celui des accessoires cyclistes.
    Ce qui pourrait entraîner une conclusion hâtive: Nothomb est indispensable à la vie quotidienne.
    Quel succès phénoménal cet auteur a-t-elle su construire ! La couverture de son livre, c’est elle, en version stylisée, son nom s’étale en gras, le titre en lettres simples et Albin Michel figure en petits caractères.
    Le succès reconnaissant éclate dès la première page du récit (page 9 du livre:
    « Habile, votre déguisement d’Amélie Nothomb, me dit quelqu’un.
    Je saluai d’un sourire pour qu’il ne reconnaisse pas ma voix ».
    Ah, que la célébrité est chose précieuse et concoure à la modestie de l’auteur! Il va falloir que je m’entraîne, moi qui serait incapable de reconnaître LA voix de L’Elue.
    L’histoire que compte Nothomb est très improbable, et nage dans le Freud d’hypermarché (ça y est, je viens de comprendre pourquoi j’ai trouvé le livre chez E.Leclerc, bingo!).
    Ce qui sauve ce bouquin, c’est son style, pourtant très simple mais qui s’orne parfois d’un délice verbal bien mastiqué. A tel point d’ailleurs que certaines phrases gagnent à être relues et répétées à haute voix.
    J’ai donc aimé le style, et veux rester indulgent pour l’histoire qui ne m’a ni ému, ni touché, ni même intéressé.

  2. Reka 6 novembre 2011 à 19 h 55 min #

    Elle triche, mais pas du tout en pro à mon sens !

  3. Marcozeblog 7 décembre 2011 à 17 h 13 min #

    Vingt minutes ? Tu as été particulièrement rapide. Moi, une heure mais je suis d’accord avec toi. Cordialement. Marco.

  4. Novick Andrea 9 juin 2012 à 12 h 24 min #

    Le style tout en nuances de madame Nothomb ,elle le sort de son chapeau !
    L’émotion se teinte d’ironie, d’affinités et aussi de détachement.
    Elle nous fait traverser le monde de ses personnages,avec la certitude ne ne point y appartenir. On y arrache au vol, malgré tout quelques lambeaux de bonheur.
    C’est une festoyeuse des lettres.
    Cordialement
    Andrea Novick.

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