Polichinelle, de Pierric Bailly

5 Oct

P.O.L.

Une bande de jeunes sans but dans le Jura. L’ennui des communautés urbaines-mais-pas-trop. Avec une pointe de surréalisme.

« Il y a un peu de Boris Vian dans le surréalisme des symptômes touchant les personnages. Mais ce n’est rien. Le style accapart toute l’attention aux premières lignes. Le narrateur, un des membres de la bande, fait ainsi découvrir au lecteur la langue « des jeunes gens ». L’intérêt principal du bouquin réside dans ce point de vue étrange, utilisé avec pugnacité et brio : Le narrateur alterne passage ahurissant, et marche tranquille comme si tout allait de soi. Ellipses, hiérarchie des thèmes bouleversée, nous sommes en terre étrangère : celle de l’esprit du héros… Certains seront perdus, d’autres ravis d’être ainsi totalement plongés dans la tête de « P’tit Lion ». Il peut être frustrant de n’avoir que rarement un vrai confort de lecture, avec une bonne description à l’ancienne, mais le jeu en vaut la chandelle, tant le périlleux exercice est réussi. On aurait tort de penser que le style est seulement un « j’écris comme j’t’entends ». Au delà des rimes internes parfois surfaites se cachent un gros travail d’écriture, travail que Pierric Bailly a eu le tact de ne pas trop déballer à l’aide des gadgets que le genre pourtant appelle. Un regret cependant : pas une moustache à l’horizon alors que nous sommes à la campagne… Dernière page tournée, on se rend compte que l’on tient là un des livres les plus neufs de la rentrée. C’est déjà beaucoup. Un livre ciselé sur une table marron en formica, mais ciselé tout de même. »

 » Ambitieux comme un premier roman sait parfois l’être, Polichinelle est un véritable exercice de style. Loin de se cantonner à utiliser un langage de « d’jeun’s » comme on peut le lire parfois, l’auteur développe à partir de cette base imagée un style encore plus créatif. Certaines expressions et symboles semblent avoir des définitions mouvantes, et Pierric Bailly paraît bien s’amuser.

La lecture n’est jamais facile, mais stimulante car elle sollicite sans cesse une imagination fertile du lecteur. Passé les premiers efforts qui pourront rebuter, tout cela est assez jouissif.

Le propos est en accord avec cet important jeu sur les mots. Il s’emploie à rendre compte de l’existence d’un groupe de jeunes qui habitent une petite commune du Jura. L’ennui jusqu’à l’absurde où la vacuité est le seul quotidien disponible.

Le récit d’ailleurs glisse progressivement vers le néant. On se rend compte alors qu’il ne s’agit pas d’un roman réaliste, la langue utilisée se fait de plus en plus libre. Les éléments extraordinaires prennent l’avantage, les proportions s’inversent, la morale disparaît pour laisser libre des héros que l’on est pas certain de comprendre tout à fait. Et un final dont je ne dirais plus rien. Comme on dit à l’âge des personnages, « ça part en vrilles ». C’est une prouesse que de donner au lecteur à vivre ces vrilles. »  M.Z.

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