Les figures, de Robert Alexis

5 Oct

José Corti

Lu par Philippe

Nous sommes au XVIIIe. Une jeune fille de bonne famille refuse un mariage tranquille pour enquêter sur la disparition de son frère, dont personne ne souhaite parler. Elle prend donc l’habit de sœur pour travailler dans un hôpital d’aliénés où un ancien collègue de son frère est professeur. Il lui livrera petit à petit des morceaux du journal de ce dernier. Mais tout à un prix.

Le livre de Robert Alexis est un escalier d’Escher cruel et efficace : nous pensions grimper vers la lumière de la connaissance… Nous descendons en fait, sans torche, dans les tréfonds de l’esprit. Et on n’y voit pas plus loin que sa moustache.
Nous imaginons bien comment il faudrait décrire le style d’Alexis : froid, tranchant, scalpel, dissection, efficacité…
Ce serait une erreur. Le vocabulaire est exact et riche, mains non technique. Les tournures sont sans esbroufe mais font sens. Les images sont précises et précieuses, mais toujours au service d’une narration fluide. Le pouvoir d’évocation de la langue d’Alexis est puissant. Rien ne dépasse, car tout est en place dans un style totalement maitrisé. En ce sens, « les figures » est une bouffée d’air frais dont un lecteur viril ne peut se passer. Point ici de figures imposées pour montrer que l’on a fait une khâgne ; pas de petite prétention stylistique superflue. Cela est d’autant plus remarquable que le voyage que nous propose Robert Alexis est dur, sans laisser de place à la sensiblerie. On y questionne nos tripes.
Aliénation de son corps, soumission à des règles avilissantes pour le savoir… Le livre offre une chambre d’écho entre les héros, chambre de laquelle il est difficile de ne pas ressortir étourdi. Qu’est ce qui est le plus terrible? Le maître de vice qui viole et tue, ou l’homme qui se soumet à l’autorité du sadique?
Nous refermons ce livre au style net comme une coupe au rasoir 1820, et l’on s’aperçoit que l’auteur nous a menés avec maestria où il voulait. Ce n’est plus juste un livre, c’est une expérience. Notre âme violentée est satisfaite.

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« L’écriture est superbe, le thème est intéressant. Je reste un peu sur ma faim pour le moment, mais je dois reconnaître que c’est ce que j’ai lu de mieux ces derniers temps en littérature française. »

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