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Le système Victoria, d’Eric Reinhardt

21 sept

Stock

Lu par Gaël

Le Système Ribadier 2

Duvet systémique

Il y avait une chose qui me gênait dans Le système Victoria, et que je n’arrivais pas à identifier. L’unanimisme, le concert de louanges, pour un livre très construit mais qu’on aura oublié dans quelques années ? Pas seulement. Jusqu’à ce que je voie une photo d’Eric Reinhardt. Et alors j’ai compris : ce livre est profondément, univoquement, exclusivement branché. Il est l’équivalent du jean cigarettes – coiffure destructurée – veste en tweed noire vintage : fondamentalement travaillé, sophistiqué, pensé, auto-référencé, riche, dense et pourtant glissant au travers des doigts comme de l’époque.

L’histoire a été racontée cent fois et mieux qu’ici : un quarantenaire, tâcheron de la mondialisation – il dirige le chantier de la tour Uranus à La Défense et n’est payé que 4000 euros par mois – rencontre une femme incroyable, Victoria de Winter, DRH d’un grand groupe industriel autant que désincarné (on ne saura jamais ce qu’il fabrique, à part des chômeurs), ogresse du sexe et des stock options. Ensemble, ils vivent une folle histoire, d’amour, de cul, on ne sait pas vraiment. Ce qui est bien, c’est qu’on a tout le temps de se le demander avec le héros. A la fin elle meurt.

Cet homme est furieusement tendance, comme le tweed.

Evidemment il ne faut pas se fier à ce synopsis volontairement moqueur, car le livre a une certaine profondeur. Mais il a le même problème que la veste en tweed. Elle évoque à la fois la bohème, l’actualité, un certain luxe néanmoins, et par-dessus tout ça, la conscience d’envoyer un message. Le livre est pareil : le héros s’interroge, il s’analyse, il analyse Victoria, mais n’est pas Zweig qui veut (lui-même ne l’est pas toujours…). Le manque de mystère aboutit d’ailleurs au point que l’acmé du roman ne s’en situe pas au dénouement – on le connaît au bout de quelques pages – ni dans l’amour que se portent les héros – il culmine tellement dès leur première nuit qu’il ne saurait s’élever plus haut, Uranus ou pas – mais dans l’explication du titre, du système que tout le livre vise à exposer dans tous ses rouages, y compris certains qui ne nous intéressent guère.

La forme redouble ce travail sur soi, en un texte constamment éveillé à lui-même. Ainsi, tout est allégorique. : Victoria ? Elle gagne, bien sûr ; mais à la fin elle meurt parce qu’elle incarne l’hubris, et puis qu’elle s’appelle quand même de Winter.

Ainsi, les deux héros font-ils systématiquement l’amour pendant des heures – et le héros n’éjacule jamais, même s’il bande dru. A quoi sert ce fantasme adolescent, à part à se positionner pour le prix Trop virilo ? Il n’y avait vraiment aucun autre moyen de décrire l’excès amoureux ?

Ainsi, tel un hommage simplifié à Lacan, l’entreprise de Victoria se nomme Killofer, tout à la fois tueuse et métallique. Et la tour du héros s’intitule Uranus, qui prononcé à la Britannique évoque un des appas de l’héroïne (tant qu’à faire fi du mystère, autant se débarrasser de la pudeur).

Au final, c’est beau comme du Escher, ou comme du baroque qui n’aurait pas réussi à s’oublier. J’ai fini par penser que les lourdeurs faisaient pencher la balance.

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Lu par Xavier

Au départ, il voulait l'appeler "Le système Josseline"

Le système pileux

C’est un livre dont on connaît l’issue des les premières pages. Victoria, DRH d’une multinationale, femme fatale, objet de désirs du personnage principal, va mourir de manière dramatique. Ce dernier, a ruiné sa vie en l’espace d’une relation passionnelle d’un an à peine. On est fixé. Ce qui compte, c’est comment l’histoire en arrive là. Pour la dérouler, Eric Reinhardt n’est pas avare en précisions. Il prend son temps le long des 520 pages qui composent le livre. Et c’est tout à son honneur. Là où certains se noieraient dans des détails plombants, ou pire allégeraient leur narration au moyen d’ellipses téléphonées, l’auteur est toujours juste. Parlant à l’intelligence de ses lecteurs et remplissant leur attente d’en savoir toujours plus, il décrit avec précision l’état d’esprit de ses personnages. Pas d’autofiction, pas d’élucubrations fantasques, mais un roman ancré sur le réel. Et probablement l’un des meilleurs de cette rentrée. A mon avis.

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Lu par Anne

Duvet victorien

Il y a des livres qui vous révèlent à vous-même. En l’occurence, si Le Système Victoria ne m’a pas convaincue de plonger la tête la première dans les joies de l’adultère, il m’a permis de me découvrir une âme d’électrice du MoDem. Oui, ce roman a dévoilé la centriste qui sommeillait en moi. Car je rejoins Xavier pour dire qu’Eric Reinhardt y décrit avec brio et justesse les tourments passionels d’un quadra lambda sans jamais qu’on ne le soupçonne nullement de faire étal de ses médiocres expériences personnelles.

A l’inverse, je partage avec Gaël le sentiment que Reinhardt a laissé filer son roman. On a l’impression qu’il a écrit un premier jet qu’il a soigneusement découpé puis recollé façon puzzle, laissant passer des incohérences et des tiques à la longue agaçants. Je soupçonne au fond Eric Reinhardt de partager avec le Prix Virilo une qualité majeure : le poil dans la main.

Je concluerai donc en bonne nouvelle adepte de François Bayroux : Eric Reinhardt est un grand auteur qui se néglige. Il n’y a qu’à voir l’état désastreux de sa barbe. Le jour où Reinhardt se taillera une moustache en guidon de vélo du plus belle effet, la face de son écriture en sera certainement changée.

La ballade de Lila K., de Blandine Le Callet

16 oct

Stock

Lu par Marine

Voilà un roman qu’il est sympathique. Je parie sur son inscription dans les listes de livres à lire au lycée  des professeurs de français d’ici quelques années. Sérieusement, le propos se tient de bout en bout, dans un univers de science-fiction genre « Banlieue 13 » (le truc produit par Luc Besson) mais en beaucoup mieux, cela va sans dire.

Très pédagogique à une époque où la caméra de surveillance devient un credo politique, où la sélection par le dépistage génétique pointe le bout de son nez, où l’autre devient l’ennemi (cf le merveilleux titre de l’Express de cette semaine : L’Occident face à l’Islam) et le clonage, un rêve de plus en plus avouable.

Ce qui est bien avec ce roman, c’est que tout n’est pas forcément bien qui finit tout bien, mais l’horizon y est meilleur qu’au début. Cela ne traumatisera donc pas des cohortes d’adolescents. J’attends même avec impatience la suite (j’ironise mais, je le jure, j’aimerais bien, je ne suis pas bégueule). Car ce roman a le mérite de ne pas se prendre pour plus qu’il n’est. Alors, certes, ce n’est pas un chef d’œuvre de la littérature contemporaine mais c’est honnête et il s’offre sans problème aux tantes, cousins ou copains (oubliez cependant votre boss qui pourrait y voir une critique de son management un peu trop serré…).

L’Enquête, de Philippe Claudel

3 oct

Stock

Lu par F.S

Au début, on a un peu peur. Peur que   se la joue Mazarine Pingeot et ses bébés congelés en exploitant un fait-divers – une vague de suicides dans une grande entreprise – pour en pondre un roman dans l’ère du temps. On l’a échappé belle, mais non.

Claudel change de genre. D’un roman social de prime abord, il bascule petit-à-petit dans l’absurde pour arriver au non-sens absolu. Et c’est un régal. A travers des procédés parfois un peu éculés il est vrai (les personnages n’ont pas de nom mais sont appelés par leur qualification), on entre dans une critique de l’époque fine et bien sentie. Les pages se déroulent avec la crainte timide d’une nouvelle invention encore plus terrible. On entrevoit l’enfer dans l’absence de sens, dans le vide qui n’est au fond jamais très loin. On pense à Orwell de temps à autre puis on se ravise. C’est du Claudel. Et c’est déjà pas si mal.

Re-lu par Marine

Cette critique sera intellectuellement malhonnête. Vous êtes prévenus. Car j’ai des préventions fortes contre ce type de bouquin. J’ai bien essayé de m’extraire de mes préjugés en lisant l’énième-roman-de-Philippe-Claudel-qui-sera-adapté-sur-les-écrans-avec-(au pif)-Daniel-Auteuil. Mais je n’y suis bien sûr pas complètement arrivée. Peut-être parce qu’il est tel que je me l’imaginais avant de l’ouvrir. Peut-être parce que je foncièrement mauvaise. Rendons néanmoins à César blablabla, l’atmosphère rendue, pénible, doit certainement être conforme aux visées de l’auteur. Sur ce point, c’est assez réussi. Essayons-nous à une deuxième tentative d’honnêteté : contrairement à ce que laissait présager le sujet (une vague de suicides dans une grande entreprise…), l’approche est intéressante avec cette volonté d’universaliser le propos grâce à l’utilisation frénétique de la majuscule (l’Enquêteur certes mais aussi le Policier, le Garde etc.) et cette vision apocalyptique d’une entreprise devenue la matrice d’une société (presque) sous contrôle. Pour le reste, passablement convenu, je suis assez réservée.

Cubes, de Yann Suty

26 oct

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Lu par Philippe

Un jeune homme et son ami rôdent autour de la demeure du Duke, personnalité étrange de la campagne environnante, ombre classieuse et dangereuse… Un Joe l’indien riche, en quelque sorte.

Les deux compères voient un beau jour qu’on livre au Duke, par grue, de grands cubes. Mystère et loukoum. Le héros est poursuivi par des cubes au cours de sa vie et échafaude une théorie…

L’auteur choisit de ne pas creuser le côté « Grand Meaulnes et mystère de l’enfance » ce qui m’a un peu frustré. Ce roman aurait pu au moins exister par son ambiance énigmatique, mais l’écriture est encore trop blanche et trop peu portée  à décrire l’atmosphère. C’est bien construit cependant, avec une poésie qui point -trop rarement hélas, comme si  l’auteur se forçait à mettre en sourdine son style. A la place de quoi, on s’embourbe dans un pseudo-thriller lent et sans suspense.

On en vient à imaginer pour se distraire un livre miroir où le héros serait poursuivi par des “Boules”. Une idée de suite peut-être. Il aurait en tout cas plus de chance de recevoir le Prix Trop Virilo.

Celui qui n’est pas venu, d’Alain Rémond

13 oct

Stock

Lu par Paul

Dans Celui qui n’est pas venu, Alain Rémond nous livre un aperçu intéressant de la vie d’un jeune coopérant envoyé en Algérie, de ses remises en question et d’une rencontre qui, sans qu’il s’en rende compte, jouera un rôle déterminant dans sa vie.

Cette figure spectrale de l’ami disparu – duquel l’ouvrage tire son titre – est également l’occasion de conduire une sobre réflexion sur l’absence d’un être cher.

L’ensemble est agréable à lire ; des thèmes sensibles y sont abordés avec retenue et pudeur. Mais les dimensions modestes de l’ouvrage et son caractère anecdotique par endroits ne lui donnent pas suffisamment d’épaisseur pour que l’on puisse y voir autre chose qu’un témoignage personnel… Celui qui n’est pas venu demeure néanmoins un élégant témoignage personnel.

Comme un garçon, de Pierre-Louis Basse

11 oct

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Lu par François S.

Pierre-Louis Basse, on peut parfois l’entendre à la radio. Mais comme il a eu une idée de jeu de mot, il s’est dit qu’il pourrait écrire un roman. Le personnage principal de ce livre a donc pour nom de famille « garçon ».

Il n’y a pas d’autre intérêt dans ce roman.

Principe de précaution, de Matthieu Jung

10 oct

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Lu par Bertrand

Un roman peu intéressant, qui n’est pas à la hauteur des thèmes choisis. Le personnage principal,  un trader de classe moyenne, a du mal à gérer sa petite famille et ses angoisses et à supporter la bêtise de ses collègues de travail. S’étonnant du contrôle toujours plus présent de la société sur les personnes (alimentation, tabac, conduite, alcool etc…) il relève dans la presse les faits divers se jouant dans les familles, avec une préférence pour les histoires mettant en scène un adolescent pris d’une terrible envie de liquider sa famille d’un coup de carabine. Et le héros de se demander du haut de sa vie de merde : pourquoi pas moi ?

Ce roman aurait pu dépeindre notre époque s’il n’était terriblement handicapé par son écriture, une culture de “fiche prépa”  et enfin, par le manque d’épaisseur psychologique des personnages. On espérait Eric Reinhardt sur ce thème.

Où on va papa ?, de Jean-Louis Fournier

5 oct

Stock

Lettre de JL Fournier à ses deux enfants handicapés.

Tout a déjà été dit sur le livre de JL Fournier, et c’est très bien. D’ailleurs il se vend bien, il se lit bien et il est court. Tout va pour le mieux.
Mais tout de même, que d’effort déployé à être Virilo pour trouver dans notre liste un livre si consensuel… N’était-ce pas un peu vain?

Si être un incompris et ne pas vendre n’invite pas nécessairement le jury à la clémence, être un auteur à succès ne suggère pas non plus qu’on devrait être snobé de facto.
Pour quelles raisons alors le refuser?
Parce que c’est une lettre. Un témoignage, un message d’amour, une repentance aussi… Mais est-ce un roman ? L’estampillerons-nous littérature ?
Pas de longues phrases très travaillées, pas d’audace particulière, hormis d’écrire avec justesse.
Si Fournier n’avait pas eu ces deux “fins du monde”  dans la vraie vie, son livre aurait peut-être gagné dans la fiction ses lettres de noblesse. Ou peut-être pas. Tout cela est difficile à cerner et a le mérite de questionner tout prix sur sa définition de la littérature. Reste cette impression illégitime d’avoir été mené par le bout du coeur. Mais on se doute que Fournier se fout un peu de nous mener quelque part… Alors quoi… Oui, c’est drôle, c’est touchant, c’est écrit comme il faut, et le “projet littéraire”  -bien raconter-  est ma foi fort suffisant.
Saluons également l’extrême tact de l’auteur, qui évite en maître tous les écueils du genre. L’à-propos, voilà la qualité évidente. Monsieur a travaillé avec Desproges, et l’on mesure combien Fournier a du être précieux à l’humoriste pour maintenir l’équilibre des sketchs entre grincements et sourires.
La moustache n’est pas que fine et hautaine, elle sait aussi être douce et drue. Tant mieux pour le Virilo si les jurés ont eu l’audace de choisir un livre qui leur a plu, avec toute la simplicité et l’humilité que cela peut traduire. C’est un honneur.

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“Très bon ! Pourquoi pas pour le Prix. En plus, c’est chez Stock, et l’année dernière la maison avait frôlé le Prix Virilo avec Reinhard, on s’en souvient.” B.M.

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