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Une collection très particulière, de Bernard Quiriny

18 sept

Moustache particulière

Editions du Seuil

Lu par Philippe

Et si on disait que…

Et si demain, le poil devient über-chic ?

Ne vous en faites pas. Ce sous-titre n’est pas le prochain roman de Marc Lévy, mais le petit jeu auquel vous convie Bernard Quiriny. Dans ce recueil de nouvelles, l’auteur s’amuse à imaginer des choses étranges… Des livres qui se corrigent tout seul, d’autres ayant tué leur auteur ou encore des recueils de recettes impossibles à réaliser. De même pour les villes que l’on visite : Ici une cité symétrique, jusqu’aux destinées de ses habitants, là-bas une bourgade où toutes les rues, placettes, boulevards sont nommés en l’honneur d’un même notable… Inconnu de tous.

Et ce n’est pas fini. Plus intéressant encore, l’auteur propose des changements drastiques et leurs conséquences dans nos vies, nos organisations : Que se passe-t-il demain si -paf- c’est la résurrection des morts, pour de vrai ? A peine Quiriny nous a dépeint avec drôlerie l’enfer vécu par les notaires, nous passons au chapitre suivant : et si demain nous échangions nos corps avec l’autre partenaire à chaque fois que nous faisions l’amour ? Tu parles d’une fusion…

Eric Chevillard pour les nuls

A chaque idée son chapitre, court juste ce qu’il faut, léger avec brio, écrit avec finesse. La simplicité de l’élégance. On pense donc aux grands novélistes italiens en déplorant cependant un certain manque de romanesque, mais plus de malice. On pense également (beaucoup) à Eric Chevillard, aux inventions de Dino Egger, aux utopies des précédents romans… On dirait des ébauches de livres que l’auteur ne voudrait traiter au delà du plaisir de l’idée première, de la fulgurance. L’entêtement narratif de Chevillard, qui rebute beaucoup de lecteurs, est ici évacué. On y perd malheureusement ce qui change une idée en oeuvre : à déambuler dans ce cabinet de curiosité, nos yeux se plaisent mais ne se fixent. Nous ne louchons plus jusqu’au non-sens, nous ne perdons plus nos repères. Certes, ça fait moins mal aux yeux mais ça va moins loin.

En somme voilà un livre de fumoir, élitiste et spirituel, où l’on discuterait avec brio et légèreté, un verre de cognac à la main, en sautant de sujet en sujet pour rester toujours plaisant. C’est déjà pas mal.

Peste et Choléra, de Patrick Deville

11 sept

Bouc bactériologique

Éditions Seuil

Lu par Claire

La science, Les poules et les moustaches

Un titre dont la sonorité rappelle celui d’un certain Gabriel Garcia Marquez métissé d’épidémies moyenâgeuses que les hypocondriaques et autres hygiénistes préfèrent oublier. Peste soit du bubon.

Ce Peste et Choléra là s’attache à retracer le parcours fantasque et génial d’un savant fou injustement oublié, Yersin, collaborateur de Louis Pasteur lui-même et heureux découvreur du bacille de la peste.

Patrick Deville, après Kampuchéa, s’amuse à détailler avec la minutie et l’humour d’un joli style bien à lui -enchevêtrement quasi poétique de phrases courtes pour ne pas dire lapidaires- la vie et l’œuvre de ce barbu aux yeux bleus qui traverse les siècles de 1863 à 1943. Amis des plus grands et misanthrope sympathique, Yersin le visionnaire sans ambition a choisi une baie perdue du Vietnam pour des recherches éclectiques allant de la reproduction des poules à la production de pneus.

Coqueluche et littérature

« Parce qu’il aime les oeufs, parce qu’il aime sa sœur, Yersin voudrait savoir comment avec du jaune et du blanc d’œuf on obtient un bec, des plumes, des pattes, bientôt dans l’assiette l’aile ou la cuisse et parfois des frites. » En science, il n’y a pas de mauvaise question.

Patrick Deville parvient à produire un roman de vulgarisation scientifique mêlée de légende d’explorateurs d’un autre temps dont l’écriture et l’érudition font mouche. Un roman presque trop intelligent, d’ailleurs, dont la densité à force de détails finit par tiédir l’enthousiasme, ratant de justesse les mythiques cinq moustaches que peu osent encore fantasmer.

« Yersin est trop vieux dans un monde qui n’est plus le sien. Le dernier collaborateur de Pasteur encore en vie. Il n’écrira pas ses mémoires. Ce livre ne lui plairait pas. De quoi je me mêle. »

Géographie de la bêtise, de Max Monnehay

28 août

Moustache stupide

Editions du Seuil

Lu par Claire

Le premier 1/5 de la rentrée. Aux abris.

Après Corpus Christine, prix du premier roman en 2006, la jeune Max Monnehay revient sur son sujet de prédilection, le handicap.

Image

"Sortie littéraire 2012" aurait été plus adéquat.

Dans son premier opus, qualifié alors de « nothombien » par la critique (gloups – ah le vrai prénom de Max est Amélie ? – re- gloups) son héros, infirme, mourrait lentement affamé par sa femme obèse.

Dans Géographie de la bêtise, le jeune Bastien décide de répondre à l’appel de Pierrot, estampillé idiot du village en chef, et de partir fonder une communauté uniquement constituée d’idiots. La société ne veut pas d’eux ? Soit, eux non plus. Na. Ce qui paraît alors un bon pitch de film se transforme lentement en un roman dont la brièveté ne suffit pas à faire barrage à un endormissement glauque auquel le manque de consistance des personnages principaux participe largement. L’utopie sociale sympathique s’effondre, les idiots meurent dans d’atroces souffrances, la fin n’en est pas une et l’auteur boucle le tout en oubliant de nous éclairer sur le message derrière tout ça.

Alors que les feuilles tombent des arbres, que le rosé de l’été s’est évaporé, que le prix de l’essence flambe et que les députés n’aiment pas les robes à fleurs, pas besoin d’un livre pour nous enfoncer encore plus dans la morosité ambiante. C’est dommage, on aimait bien le titre.

Un été sur le Magnifique, de Patrice Pluyette

20 sept

Lu par Paul

Seuil

Hercule et Angélique sont sur un bateau...

Duvet de rentrée

Une rentrée littéraire, c’est comme une rentrée des classes : il y a une foule de nouveaux, on est un peu intimidé au début et puis on se rend compte que comme chaque année, des profils se distinguent assez rapidement.

Il y a les paresseux, les médiocres, ou encore ceux qui font du mieux qu’ils peuvent et qui pourtant n’arrivent à satisfaire que leurs parents.

Comme toujours, Pluyette figure dans la catégorie des premiers de la classe. Mais alors des premiers de la classe emmerdants. Ceux qui s’ennuient en cours, n’en font qu’à leur tête, dissipent leurs camarades quand ils ont terminé l’exercice. Cette année, à la Villa Médicis où il était pensionnaire, on imagine volontiers que ça a dû être un beau bordel.

Hercule, deuxième rangée, à côté du cuistot, à droite.

C’est une histoire de romance et d’innocence entre un homme, Hercule, et une femme, Angélique. Ils sont purs, ils se veulent, mais ils vont être confrontés au monde individualiste et à l’industrie du désir moderne, cette broyeuse peuplée d’actrices porno et de serviettes de bain -quand il faisait pourtant si bon coucher nu sur l’herbe verte. Adam et Ève vont donc se retrouver dans une sorte de costa croisière de l’amour : le Magnifique.

Vous vous souvenez de La traversée du Mozambique par temps calme ? Sans prévenir, les protagonistes passaient de la banquise à la forêt amazonienne en empruntant un tunnel. Hop-là ! Retournement comique ! Cette fois-ci, Pluyette parodie encore davantage le style romanesque, en l’affranchissant d’à peu près toutes ses conventions – du moment que c’est cocasse et que ça surprend le lecteur. Les personnages changent d’identité en cours de route, les époques s’entrechoquent, la narration se mord la queue gaiement. C’est un bel effort, mais lorsque l’auteur en vient au calembour, on s’interroge sur sa démarche plus qu’on ne se gausse.

"Hercule mettra plus de temps (…), dira qu’il eût souhaité le savoir mais l’essentiel sur le moment était qu’elles le sussent". (p. 91)

Bref, on a envie de le recadrer un petit peu, cet élève prometteur. De lui faire prendre exemple sur le petit Chevillard, qui bachote consciencieusement dans son coin sans se laisser distraire. De lui dire que c’est un peu dommage de sacrifier son talent sur l’autel du LOL.

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Lu par François H-L

Duvet postiche

La critique précédente dit l’essentiel. Le « style Pluyette » est à l’œuvre dans ce roman, c’est amusant, inventif, parfois caustique, souvent absurde. Pourtant ce qui était une totale réussite avec La traversée du Mozambique par temps calme, parodie de roman d’aventure, atteint dans ce roman ses limites.

Moustache Hercule en haut, Moustache Jean-Claude en bas

Si la première partie du roman apporte en effet de vrais moments de joie littéraire grâce à sa dimension pastiche : de roman d’amour à la Arlequin mais également de roman champêtre voire régionaliste, la seconde partie du roman déçoit voire agace. Hercule devient Jean-Claude mais la narration tourne à vide. Ca reste mordant mais Pluyette n’évite pas l’écueil du catalogue ou plutôt du zapping… Ce qui semble plutôt paradoxal au regard de son propos (l’auteur dénonce en effet la façon donc la société contemporaine pressurise et formate nos désirs) : on comprend que les énumérations, la rapidité de la plume puissent être des choix littéraires au service du fond mais là… on y croit pas, c’est un peu bancal.

En refermant le livre on reste sur sa faim. On aurait aimé que la folie douce de Pluyette ne s’essouffle pas de la sorte mais, après tout, son œuvre est suffisamment originale et détonante pour admettre quelques coups de mou de temps à autre. Le Virilo ne t’en veut pas Patrice. 

Hymne, de Lydie Salvayre

8 sept

Seuil

Lu par Philippe 

Air - Rasoir

Tendance lourde et logique de notre société de déglingos avec ipad, re-voici le livre où l’auteur est rock / fan-de-rock / met-du-rock-dans-son-titre. Cette année, c’est Salvayre–guitare. Yeaaaaaah. 

Headbanging, mais contre le mur

Lydie ouvre son cœur et se décide à parler de ce qui lui plaît vraiment. On ne se cache plus :

Elle aime vachement Jimi Hendrix.

Particulièrement un solo de Woodstock d’ailleurs, un hymne américain saturé. D’où le titre. Elle y entend un « cri de refus qui concentra tous les refus d’une jeunesse que l’avidité, la brutalité et le prosaïsme de la société d’alors révulsaient ».

 Bon. Mais tout cela ne nous fait pas un livre. Tout au plus un tribute étrange à « Indignez-vous » dans un Rock N’ Folk, sur une grosse demi-page. Demain, peut-être, nous fera-t-elle découvrir le « Gimme an F» de Country Joe. C’est qu’on en a des choses à dire au monde.

C’est d’ailleurs tout le problème… Lydie Salvayre nous tartine 240 pages (!) d’amour pour l’icône,  240 pages de combat véhément assez cliché contre le business dégueulasse et contre tous ceux que l’on pourrait résumer par "les salauds".

Le Hendrix de Salvayre est en plastique

Et ça vous fera 18 euros. En-vous-remerciant.

Ce livre a le mérite de la franchise. Je lui ai donc laissé toute sa chance. Je me suis même mis dans la peau de Hendrix pour renforcer une expérience de lecture pourtant faible :

J’ai tourné les pages avec les dents. J’ai bouquiné en vomissant couché sur le dos. Las, je me suis résolu à lire l’oeuvre tout en y mettant le feu. C’était encore la meilleure chose à faire.

 Avant d’oublier totalement ce livre inutile, une impression subsiste encore un peu :  celle d’un bon écrivain que fait dériver puis naufrager l’enthousiasme, dans la forme et dans le fond. Elle en est parfois littéralement consciente, comme dans ces brefs sursauts :

(« C’est cela que je voudrais dire dans ma lourdeur, plutôt que de verser dans cette admiration inoffensive (…) à laquelle je cède parfois », « (…) comme je laisse venir les mots (…) sans me soucier qu’ils sonnent sur ce ton exalté que d’ordinaire j’abomine »)

Mais ces excuses et circonlocutions pas très rock n’ roll n’arrangent absolument rien. Plutôt que de lire le journal intime (et qui aurait dû le rester) d’une fan, reste encore à voir la prestation originale.

Les assoiffées, de Bernard Quiriny

10 oct

Seuil

Imaginez un monde où les femmes – flamandes, wallones, peu importe, du moment qu’elles aient un chromosome X et un Y -, détiennent le pouvoir ; où les hommes sont réduits à l’état d’esclaves émasculés ; où les gamètes sont triés avant la naissance pour éviter les naissances mâles. Ce monde éugénique, c’est la Belgique. Manifestement féru de George Orwell, l’auteur dresse le portrait d’une nation imaginaire, tombée dans les mains d’une poignée de féministes allumées.

Après lecture, plusieurs réflexions:

*  Si on était macho, on dirait  "dis donc, on a bien fait de ne pas se laisser faire par ces bonnes femmes, quelle bande d’hystériques on ne peut pas laisser toutes seules".

* Si on était féministe, on dirait  "les femmes ne sont pas capables de violence envers les autres, ce sont les hommes qui nous ont perverties".

* Si on était membre du Prix Virilo, on s’arracherait les cheveux, qui tombent déjà naturellement : Ce bouquin, c’est Virilo ou Trop Virilo?

Les deux mon général! C’est une bonne histoire, plutôt originale et bien écrite, mais aussi une éruption machiste de par son thème osé en ces temps de féminisme latent…

En somme, on aime.

Autre son de cloche, par Marine.

Heureusement qu’il y a des Belges pour sortir le lecteur du conformisme des ouvrages français (souvent faits de poncifs ou poussifs ou sans humour aucun, parfois tout à la fois). Le sérieux est gage chez nous de distinction. Bref, nous sommes affreusement snobs. Toujours est-il que cette histoire de Belgique fermée au monde comme la Corée du Nord, proie d’un régime totalitaire dont la visée est l’avènement de la femme nouvelle, est sacrément réjouissante. Dans le concept. Car, si c’est bien écrit et tout et tout, la logique n’est pas poussée à bout et c’est dommage. Il manque un peu de mordant, notamment dans le style, pour arriver à quelque chose qui ne soit pas qu’à demi-absurde ou à demi-burlesque (voire, si cette option avait été choisie, à demi-effrayant). Le propos et le style restent donc dans le demi (et pas de bière), comme mon avis, partagé.

PS féminin : A de petites choses on perçoit nettement la touche masculine dans la description de ces ultra-féministes belges… Toute femme qui se respecte notera le peu de considérations sur les tenues vestimentaires, notamment les sous-vêtements (alors, avec ou sans soutif ?), ou d’autres choses très peu intellectuelles (mais essentielles dans la critique féminine des diktats masculins) telles l’épilation, l’allaitement, les tampons, enfin tout ce qui fait que les femmes n’ont pas le même quotidien que les hommes…

La vie d’un homme inconnu, d’Andreï Makine

14 oct

Seuil

Lu par Marine

Normalement Andreï Makine fait partie de ces écrivains dont vous pouvez acheter le dernier livre sans trop vous poser de questions. Normalement. Car autant le dire tout de suite, celui-ci est assez décevant, voire carrément raté.

Le cœur du livre procure quelques bons moments et l’histoire pivot, celle de cet homme inconnu, n’est pas sans intérêt. Cependant il est encastré dans un récit d’un pseudo-écrivain russe raté, à la vie sentimentale ratée (et surtout sans intérêt malgré l’insistance de l’auteur à nous la décrire) qui décide de se faire un brin de toilette russe, courant après des chimères que l’ouverture de la Russie à l’hyper-capitalisme réduit à néant. Le propos aurait pu être honorable, voire profond. Il n’est que superficiel et artificiellement articulé autour de l’histoire de l’homme inconnu. Ce roman est ainsi un bon ratage au vu de ce qu’il aurait pu être.

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