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Nestor rend les armes, de Clara Dupont-Monod

27 oct

Ed. Sabine-Wespieser

Lu par Xavier

Moustache fournie

Fat moustache

Spoiler alert : des éléments de cet article dévoilent l’intrigue du roman.

Le titre le plus classe de la rentrée ?

C’est un petit livre sur un gros. Les obèses ont peu droit de cité dans la littérature, anti-héros qu’on juge peu intéressants comparés à un artiste loser dans lequel l’auteur arrivera toujours à placer ci et là un peu d’autofiction. Obèse, Clara Dupont-Monod ne l’est pas. Mais elle a bien compris que, dans certain cas, l’obésité était l’expression d’un malaise interne. Et la source d’une solitude incroyable. C’est sur ces deux points que s’appuie son livre.

Tous les Nestor ne sont pas obèses. Tous gagneraient à porter la moustache.

Nestor, immigré argentin, arrivé en France par hasard, marié avec une immigrée argentine par dépit, dévasté par le décès de sa fille, avale les calories pour faire disparaître ses malheurs. Les premiers restent, les seconds aussi. S’il n’aime plus sa femme, coupable d’avoir laissé mourir l’enfant dans son bain pendant qu’elle se concentrait sur sa machine à coudre, c’est aussi parce qu’il n’aime plus la vie, alors à quoi bon aimer son corps ?

Nestor, adepte de la "fat moustache"

La force de « Nestor rend les armes » est pourtant de ne pas s’attarder sur cette trame de fond mais de faire avancer l’histoire. L’handicap de ce corps, Nestor devra le surmonter pour rendre visite quotidiennement à sa femme mal-aimée plongée dans le coma à la suite d’un accident de la voie publique. En confrontant les malheurs de son protagonistes à ceux d’autres personnages, notamment celui d’une femme médecin à l’hopital, Clara Dupont-Monod évite le jugement.

L’écriture est limpide, précise. On peut toutefois reprocher à Clara Dupond-Monod deux choses : de proposer trois fins alternatives, dont l’intérêt est assez mineur, mais surtout un manque d’épaisseur (sic) des personnages. Le roman aurait gagné à peser un peu plus (double sic), on reste un peu sur notre faim (triple sic).

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Lu par Philippe

Rasoir suant

Ce livre est tout bourrelé de bonnes idées : Il parle d’un obèse, il a un super titre, le héros s’appelle Nestor, se fait pousser une moustache (par laisser-aller certes, mais tout de même), Nestor est dense, dévoile ses blessures dans un livre court qui propose plusieurs fins au lecteur.

mais il ne rend pas son dîner

Tout cela aurait pu être très chouette si les personnages ne sonnaient pas totalement faux une bonne moitié du livre, dans un dolorisme agaçant, avec des ellipses pour faire « portrait impressionniste » mais qui font juste brouillon. Cette impression est amplifiée par la triple-fin gadget, qui aurait pu être intégrée en une seule narration limpide et qui n’apporte pas grand chose en l’état à part témoigner du non-choix de l’auteur. Le pachydermique naufrage du héros  n’est jamais allégé par l’écriture. Etait-ce l’ambition de l’auteur, de lier ainsi (alors avec brio) le fond et la forme en une première moitié asphyxiante de lourdeur et d’ennui ? L’auteur en fait ou trop, ou pas assez : Les images utilisées sont originales mais manquent de pouvoir d’évocation. La structure du texte est intéressante, mais ne traite pas à fond son sujet (un texte court et elliptique, ça fait beaucoup). Pour tout vous dire, j’ai beaucoup pensé à Gavalda (époque Je l’aimais) en le lisant, en plus court, ce qui est toujours ça de pris. Ou à une Barbery qui essaierai d’être constamment originale. L’auteur tenait là un formidable sujet et quelques idées narratives. On sait maintenant que cela ne fait pas un livre.

Un lac immense et blanc, de Michèle Lesbre

12 sept

Sabine Wespieser

Lu par Stéphane

De la tentation du name dropping en littérature

Malevitch (école de)

Rasoir

Chacun peut témoigner de l’insondable plaisir que l’on peut avoir à converser en soirée avec ces gens fabuleux qui connaissent tout le monde et vous le font savoir : « Guillaume Canet ? Un vieux pote. Je l’ai présenté à Marion sur le yacht de Luc sur la croisette, on était au bar, Gérard a encore tenté de pisser dans une bouteille, on a dû le porter avec Edouard mais il s’est fait dessus, Sharon était choquée ».

Eh bien figurez-vous que ces gens-là écrivent des romans et infligent au monde l’équivalent littéraire des fascinantes élucubrations qui précèdent, ce qui donne :
« je pensais à Antonioni »
« j’avais alors une idée littéraire de la ville, due à l’œuvre de Bassani »
« je me suis souvenue du passage de De Chirico et de son frère pendant la guerre de 14-18, de l’amitié entre Bassani et Antonioni »
« Je n’aurais pas parlé de Laura Betti »
« je me souvenais d’elle dans plusieurs films, sublime actrice, ceux de Pasolini qui fut son grand ami »
« je me souvenais de son terrible rôle de fasciste perverse dans 1900 de Bertolucci »
« A l’automne, Kerouac mourait. »
« Ce sont souvent des mots de Jankelevitch qui me viennent lorsque je pense à Antoine. »
« Je l’ai longtemps soupçonné d’écouter Charlie Parker en douce. »
« C’est beaucoup plus tard que j’ai pu lire la traduction de Tendre barbare de Bohumil Hrabal. »
« Je reconnaissais les balbutiements d’une sonatine de Diabelli. »
« J’imagine Jeanne Moreau dans l’appartement de cet immeuble au pied duquel je reste immobile et aux aguets. »
« Marguerite Duras l’avait ajoutée au scénario. »
« Nous pourrions parler de la sonatine, de Moderato Cantabile »

Idée litteraire de la moustache, due à l'œuvre de Chirico

C’est vrai, nous pourrions en parler, heureusement, ce ne sera pas le cas, puisque l’essentiel est de citer, n’est-ce pas ? Le texte est d’ailleurs joliment clos par une bibliographie des romans et films évoqués, qui constitue un habile résumé du roman. Commencez donc par la fin. Et arrêtez-vous là.

P.S. : mention spéciale à l’intrigante dédicace, « A Sabine W. » Mais qui cela peut-il bien être ? W… W… Like what ? Like Wespieser maybe (ndlr : l’éditrice)? On n’en saura pas plus. Le mystère est déjà là, tout entier : il ne nous quittera plus.

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Lu par Xavier

Duvet sombre

Bien écrit, mais classique.

De lait et de mie, de Jean Mattern

11 oct

Sabine Wespieser

Lu par Marine

Sur son lit de mort, un homme raconte son exil, son mariage et le drame qui figea sa vie. La femme du narrateur avait pour habitude de raconter une histoire en faisant fi de la chronologie. De même, si le fil conducteur (son exil) suit la ligne habituelle, s’y enroulent les autres aspects de sa vie (mariage, enfants…) dans un ordre qui ne répond pas toujours à celui de l’Histoire. Le lecteur fait des va-et-vient et c’est assez bien fait pour qu’il ne soit pas troublé par la forme. Mais du tout émane une certaine artificialité. C’est trop raccord, trop contraint pour que le propos prenne son envol. L’émotion, délicatement contenue, prend heureusement parfois le pas. Pas suffisamment cependant pour marquer au-delà de l’anecdote.

Le ciel de Bay City, de Catherine Mavrikakis

13 oct

Sabine Wespieser

Lu par Nicolas

Ce roman de facture moderne pourrait être puissant – tant dans son écriture que dans son récit – s’il n’était pas agaçant à la lecture.

Amy vit avec sa mère et sa tante dans le Michigan industriel. D’origine juive, elles ont échappé à la Shoah et cachent comme elles peuvent ce lourd héritage – secret qu’Amy découvre au cours d’une adolescence américaine traversée par le désespoir, l’ennui, la violence.

Un livre sombre qu’on n’oublie certes pas mais qui n’emporte pas, faute d’ampleur, de rythme, peut-être de simplicité.

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