Tag Archives: Robert Alexis

Nora, de Robert Alexis

19 oct

Corti

Lu par Philippe.

Merci Robert. Il est bon d’avoir des certitudes dans la vie, un phare, un repère dans nos doutes. Car après pas mal de pages indigestes, on en vient à douter de son goût, à donner à certains livres « mouais-bon-bof » les excuses de son humeur du moment. Dans ces cas, une page de Robert Alexis ou de quelques autres chouchous  et hop, on est rassuré dans notre jugement.

Le style de Robert, même s’il est trop inégal dans ce Nora, garde cette évidence lumineuse du travail bien fait, sans boursouflure ni posture d’auteur.

Pour le reste, Robert Alexis reprend ici ses thèmes de prédilection : La soumission volontaire, le sexe, la dépravation comme fenêtre sur notre bestialité, la morale redessinée par l’acceptation de ces penchants… Mais en plus didactique qu’avant, avec 6 nouvelles comme des petites leçons sadiennes, et un fil conducteur un peu laborieux malgré les belles pages d’écriture. Un Robert Alexis pour les nuls en somme, plus clair dans ses propos et dans sa démonstration mais peut être trop « prouvant ». A l’exemple de cette quatrième de couverture par laquelle  l’auteur explicite littéralement ce qu’il cherche à nous faire passer. Etait ce bien nécessaire ? Pourquoi cette peur d’être incompris ?

La lecture de NORA nous confirme s’il en était besoin que l’élitisme littéraire permet les plus grandes audaces. Si Alexis était plus lu, Houellebecq passerait enfin pour ce qu’il est : un excellent écrivain au spleen classique sur une matière moderne. Mais ni un rebelle, ni un révolutionnaire. Alexis, lui, souhaite foutre le feu à nos tabous et à nos normes. Les digues de la civilisation, il les plastique avec nos pulsions sexuelles. L’Ordre social est en danger.

Robert a mis sa soutane de professeur. Sa longue verge viendra battre les cancres.

U-Boot, de Robert Alexis

14 oct

José Corti

Lu par Marine

U-Boot ou le dernier sous-marin nazi envoyé en mission par Hitler afin de sauver le IIIème Reich dans un acte fou et désespéré. U-Boot ou le dernier né de notre lauréat 2008. U-Boot ou un condensé des thèmes favoris de Robert Alexis, inceste et ambiguïté des genres, violence et rédemption impossible, fatalité et fabulation. U-Boot, ou une langue toujours aussi riche et un imaginaire toujours aussi particulier à l’auteur. Mais rien de neuf sous la coque du U-823.

Lu par Philippe

Ici, c’est le Virilo, OK ? Alors Robert, nous on l’aime. On lui doit des moments de lectures inouïs qui donnent à eux seuls le goût de se coltiner des kilos, oui des kilos madame, de pages indigestes qui tuent la forêt qui pleure.

Alors évidemment, même un amoureux viril demande parfois l’impossible. Certes ce livre est bon, ce style et juste, précis, et foisonnant. Le rythme des phrases est exemplaire. Nous découvririons Alexis que nous serions conquis. Mais la moustache à déjà mordu à ces lèvres là, et le parfum n’enivre plus des narines lasses qui attendaient le même fabuleux voyages que « Les Figures ». Robert Alexis, par un étrange calque de ses thèmes de prédilection, ne serait-il pour nous qu’une vieille courtisane ? Nous savons qu’il nous fera mentir en revenant en dominatrice l’année prochaine… A bientôt, donc.

Les figures, de Robert Alexis

5 oct

José Corti

Lu par Philippe

Nous sommes au XVIIIe. Une jeune fille de bonne famille refuse un mariage tranquille pour enquêter sur la disparition de son frère, dont personne ne souhaite parler. Elle prend donc l’habit de sœur pour travailler dans un hôpital d’aliénés où un ancien collègue de son frère est professeur. Il lui livrera petit à petit des morceaux du journal de ce dernier. Mais tout à un prix.

Le livre de Robert Alexis est un escalier d’Escher cruel et efficace : nous pensions grimper vers la lumière de la connaissance… Nous descendons en fait, sans torche, dans les tréfonds de l’esprit. Et on n’y voit pas plus loin que sa moustache.
Nous imaginons bien comment il faudrait décrire le style d’Alexis : froid, tranchant, scalpel, dissection, efficacité…
Ce serait une erreur. Le vocabulaire est exact et riche, mains non technique. Les tournures sont sans esbroufe mais font sens. Les images sont précises et précieuses, mais toujours au service d’une narration fluide. Le pouvoir d’évocation de la langue d’Alexis est puissant. Rien ne dépasse, car tout est en place dans un style totalement maitrisé. En ce sens, « les figures » est une bouffée d’air frais dont un lecteur viril ne peut se passer. Point ici de figures imposées pour montrer que l’on a fait une khâgne ; pas de petite prétention stylistique superflue. Cela est d’autant plus remarquable que le voyage que nous propose Robert Alexis est dur, sans laisser de place à la sensiblerie. On y questionne nos tripes.
Aliénation de son corps, soumission à des règles avilissantes pour le savoir… Le livre offre une chambre d’écho entre les héros, chambre de laquelle il est difficile de ne pas ressortir étourdi. Qu’est ce qui est le plus terrible? Le maître de vice qui viole et tue, ou l’homme qui se soumet à l’autorité du sadique?
Nous refermons ce livre au style net comme une coupe au rasoir 1820, et l’on s’aperçoit que l’auteur nous a menés avec maestria où il voulait. Ce n’est plus juste un livre, c’est une expérience. Notre âme violentée est satisfaite.

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« L’écriture est superbe, le thème est intéressant. Je reste un peu sur ma faim pour le moment, mais je dois reconnaître que c’est ce que j’ai lu de mieux ces derniers temps en littérature française. »

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