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Autour du Monde, de Laurent Mauvignier

20 oct
duvet à la carte

Moustache stylée

   Les Editions de Minuit 

   Lu par David

Que s’est-il passé aux quatre coins de la planète en mars 2011, au moment où le Tsunami japonais exhibait son horreur aux yeux du monde ? Des milliards de petites histoires anonymes, sans liens apparents, si ce n’est cette toile de fond, ce radeau de la méduse planétaire sur lequel nous voguons sans nous tenir la main.

Le tour du monde en 14 … histoires

De la belle ouvrage

De la belle ouvrage

Parmi ces histoires, l’auteur en a imaginé quatorze. Quatorze voyages hétéroclites, quatorze bouts de vie loin de chez soi, quatorze moments différents mais qui se déroulent au même moment, autour du monde, piégés par la plume experte de Laurent Mauvignier.

Le livre dévoile avec une facilité sidérante les coulisses de vies banales, vibrant à leur façon au moment du choc. L’auteur nous propose une plongée dans l’intimité protégée du monde au moment précis où un drame national nous rappelait la fragilité de notre socle commun.

C’est sans doute ce bon vertigineux entre le tout et les parties qui a motivé l’entreprise littéraire. Ce changement brutal de distance focale entre le choc global et les micro-ondes particulières. Ce lien entre notre planète qui tremble de tout son bloc et les traces infimes qu’elle laisse sur le chemin des individus qui la composent.

Autour des mots

L’enjeu est là, mais très vite, il perd de son impact. On comprend le message : les hommes, malgré l’information globale et le racourcissement des distances, restent des êtres seuls. Le Tsunami qui unie la côté japonaise dans la dévastation perd de son intensité à mesure que l’on s’éloigne de l’épicentre, et la vie, banale et anonyme reprend ses droits.

La leçon est belle et subtilement distillée. Chaque nouvelle nous place auprès d’un voyageur nouveau, qui loin de chez lui, fait l’expérience individuelle de l’espace et du temps,  de ce fil invisible qui ne rompt jamais. Car, tout autour du monde, les vies continuent…

Ce fil ténu est à la fois la justicification et la faiblesse de ce livre, là où l’entreprise de Mauvigner atteint sa propre limite.  Le lien entre le tout et les parties est bien trop léger pour faire office de conducteur. Et les moments de vies deviennent vite accumulation de portraits virtuoses.

La grande vague japonaise ne nous porte pas bien loin. Nous naviguons plutôt  sur le dos des mots, dans le courant maîtrisé des images qui donnent vie à des êtres physiquement et psychologiquement éloignés les uns des autres, mais si proche de nous…

La littérature, c’est les autres

Laurent Mauvignier fait de la littérature et nous donne une nouvelle preuve qu’un bon scénario, qu’une intrigue ficelée, qu’un pitch admirable n’a rien à voir avec un bon livre (cf. critique précédente).

Posée sur presque rien, l’écriture de Mauvignier à cette capacité rare à donner vie imméditement. En jouant sur les temps, les effets de fondus, les rythmes et les rimes thématiques, il transcende la prose quotidienne. La pureté du langage et la précision psychologique nous transpose en quelques mots dans le monde des autres. Un véritable tour de force littéraire.

Et le plaisir que nous en retiront nous renseigne aussi sur ce qu’on vient chercher dans un livre.

Une vague idée de Tsunami

Une vague idée du Tsunami

On comprend en passant de monde en monde que lire c’est se donner la possibilité de sortir de soi, de vivre cent vies (quatorze dans notre cas), de s’incarner dans l’autre et de se regarder à travers les yeux du monde. Une manière de lutter contre l’insoutenable unicité de l’être et de chercher chez les autres des amis par effraction.

Cette compassion universelle, qui se cache derrière les particularités, Mauvignier nous l’offre. Plusieurs fois. Mais est-ce suffisant pour le lecteur d’aujourd’hui ?

Le livre que nos temps modernes n’ont pas le temps de lire

A mesure que l’on avance une sensation désagréable de vertige s’empare du lecteur sans repère. La mécanique perd son pouvoir d’attraction avec les pages qui se tournent et la répétition des scènes. Qui peut voir sans fermer les paupières une série infinie de portraits, aussi beaux soient-ils ?

Et l’on passe de l’extase, à l’attente, puis de la lassitude à l’exaspération. Lecteur impatient, lecteur débordé, lecteur médiocre sans doute : je l’avoue honteusement, au dixième personnage j’ai perdu patience et j’ai ouvert les dernières pages.

Le fil invisible et l’écriture implacable ne suffisent pas toujours à garder éveillée (350 pages durant) l’attention d’un lecteur pressé, avide d’intrigue et de justifications.

En abandonnant ce lien avec les besoins contemporains de ses lecteurs, ce beau livre devient de la belle ouvrage, un objet de collection. Et pour reprendre les mots de son dernier personnage (le plus touchant) : « A quoi bon parler dans le vide, à quoi bon parler pour personne, sinon ? »

N’en déplaise à Flaubert, le temps d’un livre sur rien n’est pas encore venu.

L’ordinateur du paradis, de Benoît Duteurtre

22 sept
Moustache imaginaire

Moustache imaginaire

 Editions Gallimard

 Lu par David

Autant vous le dire : je suis de bien mauvais poil aujourd’hui. Pour ma première critique Virilo et pour mon premier livre acheté dans les rayons d’une (vraie) librairie, il a fallu que je tombe sur la plus belle arnaque de la rentrée. Attention : critique méchant !

Souiller la moustache sacrée !

Au Paradis de la Moustache…

La couverture beige et rugueuse, qui m’avait tant de fois invité au royaume sacré des révélations littéraires, annonçait une belle promesse. Ma courte vie de lecteur m’avait laissé pantois devant Proust, ébahi avec Albert Cohen et bouleversé après Jonathan Littell. Qu’allait me faire vivre l’éminent Benoît Duteurtre, pensionnaire de la sublime collection ?

Le désenchantement…

Pour le dire gentiment, L’ordinateur du Paradis est aussi soporifique qu’inutile. Benoît Duteurtre évite soigneusement à son lecteur tout ce qui fait le plaisir de lire : l’étonnement, l’évasion, le questionnement et même la simple identification.  Ne reste qu’un goût amer, un chat dans la gorge, un poil dans l’œil…

Et s’il pâtit fortement des comparaisons précédentes et brise violemment ma propre chaîne lumineuse, Benoît Duteurtre n’en a pas moins commis un mauvais livre,  un texte sans style ni fond, atrocement beige et rugueux.

Le vol des moustaches sauvages

Un détail en apparence anodin aurait pourtant dû me mettre la puce à l’oreille : comment un écrivain sérieux (et contemporain) peut-il encore, sans second degré, utiliser dans son titre, le vilain mot d’ordinateur ?

Bien plus kitch que racoleur, ce péché originel dénote un décalage flagrant entre l’auteur et son ambition. Décalage qu’on retrouvera dans son personnage principal tout au long du livre et dont il semble d’ailleurs tristement conscient : « J’avais traversé le monde en m’y intéressant, mais sans m’y fondre vraiment ».

Voilà tout le problème. A l’évidence l’auteur s’intéresse sincèrement à nos enjeux contemporains, il croît même avoir percé à jour les schizophrénies de nos sociétés glacées et connectées, et veut à tout prix nous les restituer et afficher sa morne lucidité. Avec une seule obsession lourdement rabâchée : c’était mieux avant ! Du Houellebecq pour les nuls, Finkelkraut déguisé en Marc Levy (oups… double point godwin de la critique littéraire atteint).

On est ainsi prisonniers d’un article sans fin sur des sujets sans fond : conflit de générations, limitation des libertés, frontière public / privé, dangers du web tout-puissant, uniformisation du monde, décrépitude urbaine, vacuité des médias, etc.   Tout y passe. A-t-il seulement oublié que la couverture NRF proscrit rigoureusement la couverture des informations ?

La littérature, celle qui donne à sentir, celle qui crée le hiatus, qui interpelle le lecteur à plusieurs niveaux, est malheureusement absente de ce laborieux essai sur les dérives de notre monde moderne…

Légérement tiré par la moustache…

Pour nous faire vivre ses convictions, Benoît Duteurtre s’efforce de créer des situations et des personnages censés illustrer les turpitudes de notre temps. Dans une avalanche de clichés, on a ainsi droit à l’anti-héros grotesque (le garant des bonnes mœurs pris au piège de ses vices intimes), au syndrome Nabila (les gamins de banlieues propulsés people du jour au lendemain), à la défaite de la pensée (le lycée John Lennon) et à la métaphore ultime de la fin des temps (le Cloud omniscient dans le rôle de Dieu himself…).

Qu’est-ce qu’il y connaît aux moustache, Benoît D. ?

Entre autres techniques éculées, l’auteur s’amuse à reprendre une organisation existante et à la renommer pour tenter de créer à moindre frais un « effet de réel ». TF1 devient CityChannel, Ni putes, ni soumises se nomme plus sobrement Nous, en tant que femmes. Notons que Nous, en tant qu’hommes, sa réponse masculine et riante aux excès du féminisme, est à l’évidence un mauvais plagiat de notre sémillant Prix Virilo. On pressent ici les limites des ressources créatives et stylistiques du monsieur… A force de paresse, en exagérant des scénarios qui se sont déjà produits, l’auteur nous laisse sur le bas-côté, plus intéressés par Jennifer Lawrence et le CelebGate du monde réel que par son Simon Laroche (pas très sexy) et son Grand Dérèglement (pas très crédible).

Et c’est sans évoquer l’intrigue parallèle, qui nous mène (tenez-vous bien) dans l’au-delà… En mal d’imagination, Benoît Duteurtre fait simplement du royaume des cieux un double bancal et appauvri de notre société. Là où la bonne science-fiction tente de construire un système rigoureux et complexe, la « fantaisie » littéraire de notre écrivain reconnu semble prendre ces questions à la légère. Résultat : tous ses effets tombent à l’eau. Ce qui devrait nous effrayer ou tout au moins nous faire penser devient source de ricanements et de WTF incrédules.

Au final, on obtient un tableau naïf du réel et un monde imaginaire incohérent… La barbe !

Une moustache usurpée !

Ah j’oubliais : Benoît Duteurtre a placé son livre dans la liste des « Goncourables » 2014.

La quatrième de couverture explique sans rire que dans L’ordinateur du Paradis « le réalisme se mêle à l’imagination pour mieux éclairer notre présent ». Le seul présent que Benoît Duteurtre éclaire, c’est la triste habitude qu’ont pris les jurys littéraires de ne pas lire les livres qu’ils encensent… Mr Duteurtre a sans doute de gentils amis et un joli curriculum; il n’empêche que rien ne justifie, devant ce bouquin-là, la plus petite courbette.

Et si cette critique ne m’aura pas soulagé, elle aura le mérite de me conforter dans ma décision : dans le cercle des prix littéraires, le Prix Virilo a son mot à dire.

PS : Oui, j’ai un peu forcé sur l’utilisation du mot moustache, mais en tant que jeune premier je me devais d’honorer mon prix d’adoption.

First date avec Marie Nimier, Prix Trop Virilo 2013

12 nov

Samedi, le Prix Virilo assistait à la lecture au Théâtre du Rond-Point, à Paris, de Je suis un homme, Prix Trop Virilo 2013, par le comédien Philippe Calvario et Marie Nimier herself.

Marie Nimier et Philippe Calvario font l'amour aux mots, avec poigne et machisme.

Marie Nimier et Philippe Calvario font l’amour aux mots, avec poigne et machisme.

 

L’occasion de remettre à l’auteur son prix, à savoir un superbe cadre en pin véritable et un chèque de 11 euros, soit 1 euro de plus que le Goncourt, qualité et virilité obligent.

Kikou, c'est nous!!

Kikou, c’est nous!!

Fort de sa présence moustachue, le Prix Virilo a été salué par l’équipe du Théâtre et le monde des lettres (enfin!), à travers la lecture très lol d’un communiqué écrit par nous-mêmes.

En vidéo : ICI 

Ou par écrit:

«  Dans une rentrée littéraire dominée par des prouesses demi-molles, une femme s’élève contre la métro-sexualisation du machisme et sublime l’homme dans sa trop grande virilité. Face au Femina, Marie Nimier reçoit cette année, haut la moustache, le Prix Trop Virilo 2013 pour son roman Je suis un homme. 

En se mettant dans la peau d’un mâle qui refuse d’être dominé par les femmes, armé de son gros engin et d’une droite facile, Marie Nimier produit la poussée de testostérone littéraire la plus vivace de la rentrée littéraire 2013, la giclure un poil excessive de mots, que vous allez recevoir en pleine figure ce soir. 

Lorsque l’on sait que l’auteur elle-même décrit son héros comme « pas sympathique du tout », et précise qu’elle s’est inspirée pour l’inventer d’un vibromasseur en porcelaine, on ne peut que lui serrer virilement la main. Peut-être une façon pour Marie Nimier de nous démontrer que la plus grande virilité débouche toujours, paradoxalement, sur un con… 

Marie Nimier a le bonheur de recevoir pour son prix un chèque de 11 euros, soit 1 euro viril de plus que le Goncourt. 

Amicalement, Le Prix Virilo. « 

Merci à Marie Nimier, lauréate formidable et peu rancunière.

Merci à Mikael, heureux photographe d’un jour pour la fine équipe moustachue.

And the winners are…

5 nov
Pierre Jourde, vainqueur heureux de l’édition 2012 du Prix Virilo

PRIX VIRILO 2012 : PIERRE JOURDE, Le Maréchal Absolu (Gallimard)

Le prix Virilo récompense le meilleur roman francophone publié dans l’année. Il revient cette année au Maréchal absolu, de Pierre Jourde (Gallimard). Il impose son diktat au second tour face aux excellents Fukushima, de Michaël Ferrier (Gallimard), et L’Auteur et Moi, d’Eric Chevillard (Minuit).
Les jurés tiennent à souligner la grande ambition d’un roman polyphonique sur le pouvoir, hénaurme. Mais le ballet vertigineux des récits croisés autour du dictateur ne doit pas vous effrayer, car le non-sens ubuesque change ce cale-porte de 760 pages en une œuvre rare, à la fois légère, profonde et finement écrite. Il ne reste plus qu’à s’interroger : mais comment les autres prix ont-ils pu le rater ?

PRIX TROP VIRILO 2012 : ERIC NEUHOFF, Mufle (Albin Michel)

Le prix Trop Virilo couronne la poussée de testostérone la plus vivace, la giclure littéraire excessive. Peut-on être un héros Trop Virilo et cocu ? Et bien oui, puisque c’est Eric Neuhoff qui impose son Mufle (Albin Michel).

Il n’était pourtant pas aisé de vaincre la Jouissance européenne de Florian Zeller en finale, mais ce livre surpasse nos attentes par ses citations incroyables comme « Les femmes qui vous trompent ne sentent plus pareil. Elles traînent après elles des relents d’arrière-cour », ou encore « A Berlin, il s’ennuya. Il y avait plein d’Allemands et le zoo était en travaux. » Nous remercions Eric Neuhoff de nous offrir cette leçon de vie : un bon critique ne fait pas toujours un bon écrivain.

ACCESSITS

Nous avons lu et chroniqué (et acheté) nombre de livres cette année. Ce ne sera pas pour rien. Voici la liste des accessits pour consoler les écrivains déçus :

Le Prix Pilon de la forêt qui pleure (du livre dont le ratio (Qualité / (Tirage + Couverture Médiatique) est le plus faible) est remis au consternant Les Lisières, d’Olivier Adam.

Accessit Kelly Slater du livre qui surfe sur la vague revient à Fukushima, de Michaël Ferrier

Accessit du style Ségolène Royal revient à La Survivance, de Claudie Hunziger

Accessit Endives au jambon du plat qui ne plaît pas aux enfants et rarement aux parents revient à Christine Angot pour Une semaine de vacances.

Accessit Viri-lol du jeu de mot qui fait un bide sidéral (essayez chez vous) revient à Jean-Michel Olivier pour Après l’orgie et cette blague «  Althusser, à qui sa femme a dit Halte ! Tu serres ! »

L’accessit du livre dont le titre est un peu méchant, mais c’est quand même ce qu’on aimerait dire à Florian Zeller de temps en temps, revient à Tais-toi et meurs d’Alain Mabanckou.

Accessit de l’auteur qui aime les femmes qui aiment les hommes qui aiment les femmes (mais par derrière) revient à Philippe Djian, pour Oh…

Accessit de l’auteur qui n’a pas d’idée de titre pour son livre revient à Régis de Sa Moreira pour La Vie.

Accessit du titre qui devrait en faire réfléchir certains (comme Florian Zeller) revient à Patrick Besson pour Une bonne raison de se tuer.

Accessit Katherine Pancol du titre trop long avec des animaux saugrenus dedans revient à Moi j’attends de voir passer un pingouin, de Geneviève Brisac

L’accessit du livre avec lequel on se fait lourdement accoster dans le métro revient à Dans ma bouche, de François Simon

L’accessit du livre avec lequel, en revanche, on est vraiment tranquille dans le métro revient à Ne me cherchez pas, de Jean-Philippe Kempf

> Liste des finalistes (et leurs critiques)

Un jury à moustaches, composé d’hommes ou de femmes qui votent en hommes. Ce qui ne veut rien dire ? Ce qui ne veut rien dire.

Tous les diamants du ciel, de Claro

16 oct

Bacchantes planantes

Actes sud

Lu par Lina

Avant, je ne lisais que des romans ordinaires, à la fin extrêmement aciiiiide… j’étais pas terrible… Puis un jour j’ai découvert la douceur de Tous les diamants du ciel, et  mon visage s’est transformé…

Ce livre n’est pas parmi les finalistes des autres prix …

Tous les diamants du ciel ce n’est pas juste un roman, c’est LE roman de la rentrée littéraire.

Claro est le plus grand des voleurs

Claro nous fait suivre la vie de deux personnages un peu paumés dans les années 60 et 70.

-      Antoine jeune mitron dans le petit village de Pont Saint Esprit, village qui va connaître une épidémie un peu curieuse où tous les habitants seront victimes d’hallucinations. Comme les autres, Antoine sera interné et gardera toute sa vie trace de cet épisode difficile…

-      Lucy claque un jour la porte de la maison parentale et part découvrir New York, où elle sombrera petit à petit dans l’univers de la drogue…

Ce n’est là que le début du roman, je préfère ne pas dévoiler l’intrigue pour que vous puissiez vous aussi prendre plaisir à découvrir cette histoire. La force du roman réside principalement sur deux éléments : une narration très forte où l’on est plongé dans la tête et les pensées des personnages de manière abrupte et une écriture précise, violente, réaliste, intense où chaque mot est pensé et choisi.

Attention Jérôme Ferrari, je pense que tu as trouvé là un compétiteur de talent…

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Bacchantes planantes

Lu par Stéphane

Les Sauvages, de Sabri Louatah

30 avr

Moustache d’or

Editions Flammarion

Lu par Stéphane (Tome 1)

Ca y est, le Virilo 2012 est plié. Chevillard, Toussaint, Mauvignier, NDiaye, Littell et autres poids plumes, rangez vos Mont-Blancs et Moleskines, fermez Word et glandez sur Facebook : inutile de publier cette année, vous serez vaincus.

Les moins fiers pourront toujours se rabattre sur des prix secondaires : mais en 2012, qui veut encore d’un Goncourt ? Qui voudrait d’un Renaudot, d’un Femina, d’un Interallié  ? Personne ! Pour quoi faire ? L’accrocher dans les toilettes, à côté de son brevet des collèges ? Tout au plus… Non, ayons le courage de le dire, ces scories du XXè siècle n’intéressent plus guère les auteurs.

Le romancier du troisième millénaire livre un bien plus noble combat. Sa quête de perfection l’épuise, il n’ose en rêver, s’en croit souvent indigne (à raison), se découragera mille fois, recommencera mille fois, écrira, raturera, et tout cela dans un but, seul et unique, majestueux et idéal : la beauté / gagner de la thune / serrer des meufs / avoir un bisou de sa maman  le Prix Virilo.

Qu’est-ce que la littérature, sinon le prix Virilo ? Qu’est-ce que le prix Virilo, sinon – eh oui – la littérature ?

Or voilà le drame : 2012, pour tous les écrivains sauf un, sera une année blanche. Car – personne le sait, pas même encore les autres jurés – mais le Virilo, dans 6 mois, ira aux Sauvages, de Sabri Louatah.

Certes il faudra convaincre mes camarades du jury, qui se croient toujours autorisés à donner leur opinion, comme si la mienne n’était pas suffisante (?!). Mais gageons que la seule lecture des 300 pages de ce thriller suffira à les rallier à ma cause.

moustache à poil, moustache sauvage

Je n’aurai pas à ajouter un mot à ceux qui composent cette fresque urbaine, sociale, poétique, contemporaine, haletante, complexe, dramatique et lumineuse, à mi-chemin entre Tolstoï et The West Wing.

Je n’aurai pas besoin de souligner l’exploit dramaturgique de ce premier roman, pas besoin d’applaudir la justesse des dialogues, écrits dans la langue des banlieues, des immigrés, des jeunes, des vieux, des bourgeois, des politiques… Dans toutes les langues de la France d’aujourd’hui.

Chacun s’inclinera devant le talent si manifeste de ce jeune romancier, qui pourra ainsi recevoir, avec les honneurs du Virilo, 11 euros pour se lancer dans la vie.

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Farouches bacchantes

  Lu Par Gaël (Tomes 1 et 2)

Les Sauvages a ouvert en fanfare la saison virilesque avec un fort pileux score de cinq moustaches, décerné par Stéphane. Assurément, ce roman, ou plutôt ces romans puisque l’éditeur a déjà annoncé que la série comprendrait quatre volumes, constitue une excellente surprise, avec une grande originalité : l’envie de raconter une histoire.

Louatah met le paquet pour nous convaincre

C’est sans doute cette propriété devenue étonnante dans le paysage littéraire français qui lui vaut une kyrielle de comparaisons : Dostoïevski et 24 heures Chrono, dit la jaquette. Tolstoï et Westwing, dit le général cinq moustaches Stéphane, ce à quoi j’adhère : il y a indubitablement, dans l’intention sinon dans la langue, du Guerre et paix. Et dans la construction, une profonde influence des formats télévisuels courts.

De quoi s’agit-il ? En guise de famille Rostov, les Nerrouche, famille stéphanoise d’origine kabyle, que nous rencontrons au moment du mariage d’un des plus jeunes cousins. Par hasard, mais c’est ce hasard qui fonde le scénario, la cérémonie et la fête ont lieu la veille du deuxième tour de l’élection présidentielle française de 2012 que Chaouch, imaginaire candidat PS originaire d’Algérie, est en bonne position pour emporter. La coïncidence temporelle, si elle est fortuite, est le prétexte à beaucoup d’autres qui constituent le nœud dramatique, puisque cette famille va se retrouver profondément liée aux événements politiques. En dire plus serait déflorer un roman dont un des plus importants attraits est le suspens, les rebondissements et coïncidences improbables qui tissent la trame du romanesque.

Moustache stéphanoise (grande époque)

Ce qui est vraiment remarquable chez Louatah, c’est la capacité d’empathie et de projection. Il est tout aussi à l’aise pour décrire un mariage kabyle que les arrière-cours du pouvoir. C’est ce qui permet au roman de passer régulièrement d’un registre à l’autre, tout en gardant le lecteur dans ses rets. Le premier volume, centré sur les relations internes à la famille, est un portrait social attachant et psychologisant, dans lequel on suit essentiellement Krim, adolescent « à problèmes » dont lesdits problèmes vont pourtant se trouver rapidement relativisés par le guêpier dans lequel il s’est fourré. Le deuxième s’attache plus à suivre un de ses cousins ainsi que les complots tournant autour du personnage de Chaouch, et évoque pour le coup plus John Le Carré que Daniel Pennac. Mais dans les deux cas, on y croit. Nul naturalisme, même pas de prétention au réalisme (bien que le travail de renseignement soit probablement très important) ou de volonté sociologique, mais un mélange d’empathie et d’imagination sans complexe qui font qu’on y croit.

Si on voulait rabattre l’œuvre sur l’auteur, on pourrait sans doute penser que Krim d’un côté, les complots parisiens de l’autre constituent les deux pôles de ce qu’aurait pu être la vie de Sabri Louatah, Stéphanois de « deuxième génération » un temps tenté par la voie de « l’élitisme républicain » ; mais ce qui est intéressant et qui rend ces romans si difficiles à lâcher, c’est précisément que l’auteur ne parle pas de lui, mais de la France d’aujourd’hui, des histoires qui pourraient s’y dérouler et qui en disent long sur ce qui s’y passe réellement.

Le Messie du peuple chauve, d’Augustin Guilbert-Billetdoux

30 mar

Chute de moustache

Lu par F.-L.

Gallimard

Il y a du bon… et du moins bon dans ce roman qui révèle un auteur qu’on aimerait penser prometteur.

Ginola ?

Ginola ?

Soudain le drame dans la vie de Bastien, jeune avocat parisien, on lui diagnostique une alopécie précoce : il perdra tous ses cheveux et, en l’espèce (comme on dit dans les facs de droit), pas moyen de faire appel.
De ce postulat, qui suffit à faire trembler les membres du Virilo, grands amateurs de poils, Augustin Guilbert-Billetdoux propose un livre qui s’amuse plus qu’il n’amuse. Son personnage, d’abord très abattu, entend faire de sa bataille contre la chute des cheveux une guerre contre le sort au nom de tous les chauves de ce monde. Son combat rejoint (nous vous laissons découvrir comment) celui contre le réchauffement climatique –mal – mené par les puissants de ce monde lors d’un sommet international en Inde.

Le roman se double ainsi d’un propos, pas toujours idiot, sur les enjeux environnementaux contemporains et sur le manque de pertinence dont témoigne notre manière de les envisager. Visionnaire ou fou, le combat de Bastien ? La réponse n’est jamais évidente et c’est plutôt pas mal. La lecture de n’importe quel acte héroïque est liée à son succès ou à son insuccès.

Ce roman est clairement foutraque, bien sympathique mais brouillon et maladroit (parfois trop long, au contraire parfois trop elliptique sur des éléments primordiaux comme le basculement messianique du personnage principal). La plume est là, légère et joyeuse. C’est légèrement au dessus de pas mal de romans mais la narration aurait du être plus travaillée.

Chauve à moustache en dépression

On ne peut toutefois totalement détester un ouvrage où on peut lire cette phrase superbe « Après tout, il n’était pas qu’une chevelure ». Vous êtes un peu frustré ? Prenez ce roman comme il est, acceptez et surtout ne vous arrachez pas les cheveux !

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