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Les Lisières, d’Olivier Adam

4 nov

Rasoir périphérique

Editions Flammarion

Lu par Stéphane

« Vous êtes tous pareils toi et tes potes de Saint-Germain-des-Près. » L’accusation, lancée au narrateur, double d’Olivier Adam, par un de ses amis d’enfance, est cruelle. Surtout pour Saint-Germain des Près. Car en matière de snobisme, Olivier Adam n’a en fait plus d’équivalent ! Saluons la performance, le niveau était élevé… Mais avec le zèle légendaire du nouveau converti, l’auteur a fait mieux que les maîtres du genre. Les Sollers, BHL, Beigbeder et autres Gonzague Saint-Bris peuvent rabattre leur mèche, ranger leur porte-cigarette, déserter le Flore et contempler le spectacle : il est édifiant.

Le Nicolas Bouvier de Clichy

L’écrivain-voyageur a franchi le périphérique

En effet, Olivier Adam a osé. N’écoutant que son courage, l’écrivain voyageur a pris tous les risques pour poser son MacBook là où la littérature ne va plus, dans une de ces contrées mystérieuses dont le lecteur n’avait jamais entendu parler : la banlieue. Une banlieue en particulier ? Non, la banlieue en général, car vu de Mabillon, il n’y a qu’une banlieue, la grande, la vraie, matérialisée dans une ville anonyme ou presque, subtilement nommée V. (comme ville ? comme Villetaneuse ? comme Versailles ? comme vroum-vroum? – mystère…).

Passionnant périple auquel nous sommes invités ! Quelle étrange contrée ! Quelles moeurs exotiques ! Chaque page offre une révélation nouvelle : figurez-vous qu’on s’y ennuie ! Figurez-vous que les murs y sont décorés de tableaux Ikea ! Figurez-vous qu’on y décroche difficilement un CDI, voire qu’on y chôme malgré soi ! On y mange des chips ! On y écoute Christophe Maé ! On y vote Marine Le Pen ! On y prend le RER ! On y lit ! On y lit ! Mais seulement Téléstar, « Marc Musso et Guillaume Levy » bien sûr ! Quoi d’autre ? Olivier Adam ? La bonne blague ! On s’adonne au 7ème art également (« Julia Anniston ou Jennifer Roberts », « Brad Cruise ou Tom Pitt »), voire à la musique (« James Williams et Robbie Blunt »).

Le tableau est complet, le réalisme est saisissant : au regard acéré de l’auteur, pas un cliché n’échappe. Il faut dire que lui, ou du moins, le narrateur, a su aiguiser sa perception en fréquentant dès l’adolescence les oeuvres des plus grands, comme il se plaît souvent à le souligner : Truffaut, Kurosawa, Ken Loach, « Ferré Brel Dylan Cohen Barbara Lou Reed le Velvet ou les Smiths »

Le mépris empathique

Saut dans le vide (p. 2 des Lisières)

Et c’est ainsi, formé à la meilleure des écoles, qu’il peut affirmer au lecteur : les gens de banlieue mènent une vie à la con et ont des goûts de chiotte. Sentence sommaire qui semble constituer un résumé fidèle de l’ouvrage.

Comme la littérature remplit bien son rôle quand elle dévoile de si profondes vérités! Il fallait bien un Olivier Adam pour ôter nos oeillères! C’est formidable : un parisien pure souche, biberonné à Télérama, se serait retenu. Mais lui, Olivier Adam, fort de sa connaissance intime de la banlieue puisqu’il y a grandi, peut se permettre de clamer son mépris pour le désolant prosaïsme des vies extra-périphériques. Mépris certes, mais mépris de gauche : mépris empathique, consterné mais compatissant, malgré tout. Cette vaste caste mi-abrutie, mi-opprimée, est seulement dépassée en contemption par l’authentique famille du mal : la droite.

En voilà un subtil tableau de la société !

Parfois tout de même, l’ombre d’un doute, l’ébauche d’une nuance inattendue surgissent dans cet implacable réquisitoire, portés alors par l’un des personnages auxquels le narrateur est confronté :
« Elle détestait par dessus tout cette manière que j’avais de juger les gens sur leur emploi, leur bulletin de vote ou les magazines qu’ils lisaient. Elle prétendait qu’il y avait sans doute des gens bien chez les avocats fiscalistes, les assureurs, les banquiers d’affaire, les notaires, les électeurs de l’UMP et j’en passe. »

Un vrai coup de coeur

Le lecteur sera toutefois bien vite ramené à l’évidence :
« Mais sur ce sujet elle n’avait jamais tout à fait réussi à me convaincre. Avait-elle des exemples ? Non. Elle n’en avait pas. Qu’elle m’en trouve et alors, seulement alors, je consentirais à réviser mes positions. »

Que dire ? Bravo ! Tant de franchise mériterait récompense. On reste admiratif…
Quelle audace, dans cette manière d’assumer sans honte aucune une vision binaire de la société, divisée en deux camps, connards de droite et beaufs en souffrance, sous l’oeil attristé du seul parti noble, celui des gens cultivés et de bon goût, dont on n’a pas franchement envie de faire partie, tant pis pour nous.

Le coeur régulier, d’Olivier Adam

10 oct

L’Olivier

Lu par Marine

L’auteur de « Je vais bien ne t’en fais pas » est du genre constant. Rien à dire, c’est très bien construit, écrit etc. Ca se lit même très bien. Mais franchement, que c’est conformiste (et donc assez plat)… Les critiques de l’héroïne envers son milieu bourgeois, son « parfait petit mari » sont d’un gnangnan absolu à vouloir nous mettre le doigt bien en évidence dessus. Dommage car situer l’intrigue principale dans ces fameuses falaises japonaises à suicide était bien vu, intéressant et fournisseur facile d’une atmosphère originale. Je cite un ami très cher (peu intéressé par le syndrome rentrée littéraire, vous verrez) : « J’avais un peu honte d’acheter ce type de livre, pas de la grande littérature. Mais je dois dire que cette littérature de parc est quand même agréable à lire ». Sic. Ce compliment à l’envers résume bien la situation, je trouve.

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