Tag Archives: moustache

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa, de Romain Puértolas

4 nov
Barbiche shizophrène

Moustache sacrée

Editions Le Dilettante,

Lu par Alys

Comme son nom le laisse présager, ce roman est un poil à part dans le paysage de la rentrée littéraire. Drôle, loufoque, enlevé, il suit le parcours chaotique de l’indien Ajatashatru (prononcé Jatte à tache à trou), moustachu (détail important), fakir et surtout escroc de son état. Venu à Paris pour s’acheter le dernier matelas à clou made in Ikea, il se retrouve enfermé dans une armoire, envoyé aux quatre coins de l’Europe via les circuits d’immigration clandestine, et pourchassé par un chauffeur de taxi gitan. Ses aventures le mèneront à écrire un roman sur une chemise, à le publier par l’intermédiaire de la star Sophie Morceaux et à retrouver la fille dont il est tombé amoureux entre deux boulettes de la cantine suédoise.

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From Bollywood to Hollywood

Quelques semaines après la sortie, le livre fait un tabac : il est déjà vendu à 80 000 exemplaires et les droits ont été acheté (une fortune apparemment) pour le cinéma. On ne s’en étonne pas, car le roman a toutes les qualités d’un succès en librairie et en salle : le héros est attachant, l’histoire pleine de rebondissements, et la fin digne des plus belles comédies américaines.

Un héros à grosse moustache

Outre la satisfaction de pouvoir sélectionner dans sa liste un héros à la moustache fournie, le jury a aussi (et surtout) aimé la première partie du roman, complètement barrée et très cocasse. Cependant, on regrette un peu le changement de rythme, dans la seconde partie du roman. Le ton se fait plus moralisateur, et à mesure que le fakir change de carrière, on perd un peu la logique "escroc" du récit, ce qui est dommage, car c’est bien ce qui en faisait tout l’intérêt.

Un détail qui participera peut-être à la légende : à la manière de JK Rowling qui écrivait dans les pubs pour être au chaud, l’auteur, lieutenant de police, a écrit ce roman sur son téléphone portable lors de ses trajets quotidiens en RER.

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Faillir être flingué, de Céline Minard

7 oct
Good Ol' Mustache, buddy

Good Ol’ Mustache, buddy

       Editions Rivages

       Lu par Alexandre

Avant, le Western se résumait pour moi à des films barbants où John Wayne, un foulard noué autour du cou et le regard porté vers l’horizon, machouillait un brin d’herbe sur fond de musique de cavalerie. La lecture de Faillir être flingué, heureusement pioché au hasard des livres de la rentrée, est venue dézinguer ces a priori.

Cheyenne de Vie

Céline Minard est connue pour son talent à immerger ses lecteurs dans de vrais univers, qu’ils soient médiévaux (Bastard Battlle, Leo Scheer, 2008) ou post-apocalyptiques (Le dernier monde, Denoël, 2007). Voilà une qualité fort appréciable, à l’heure où un trop grand nombre d’auto-fictions parisiennes encombrent encore les étals des libraires.  Son dernier opus ne déroge pas à la règle et nous parachute sans préliminaire au milieu des plaines arides de l’Ouest des origines.

Les premières séquences du livre sont rugueuses comme la barbe des pionniers. En 35 pages, Céline “Calamity” Minard shoote cinq scènes magistrales qui plantent le décor et laissent déjà en bouche un goût de poussière des chemins, sans pourtant nous expliquer de quoi l’histoire retourne.

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Et pan dans les dents

Otage consentant de ce hold-up narratif, on poursuit donc la lecture, fasciné par l’écriture tendue de l’auteur, son sens du détail qui fait mouche, sa capacité à nous faire entendre le bruit du bois qui craque sous les bottes et sentir les relents du mauvais whisky de saloon.

En fait d’histoire, le roman propose plutôt une série de destins qui ne tarderont pas à se croiser… On apprendra donc à connaître Brad et Jeffrey (les Marx Brothers du Far-West), Eau-qui-court-sur-la-plaine (la rebouteuse indienne), Bird et Elie ( Je t’aime moi non-plus), ou encore Zébulon qui n’a vraiment rien à voir avec son homonyme du Manège enchanté. Tous convergent vers une ville, jamais nommée, où au hasard des opportunités et des tournées de bourbon, ils abandonneront leur vie d’aventure pour devenir cow-boys, quincailliers ou encore patron de bains-publics.

Ce livre, c’est de la balle.

Comme ça, ça n’a pas l’air fantastique, mais essayer de raconter Faillir être flingué , c’est limite se tirer une balle dans le pied.

Livre-chorale (mais façon country), le génie de cette fiction est justement de ne pas avoir une, mais dix histoires à raconter. Entre Il était une fois dans l’Ouest et Jackie Brown, la narration use de mille procédés cinématographiques pour aller de l’une à l’autre et ainsi garder intact l’intérêt du lecteur pour ce roman en Panavision.

Sans réinventer le genre (serait-ce bien nécessaire?), Céline Minard lui rend un hommage du tonnerre et use finement de tous ses codes pour nous livrer une des oeuvres les plus originales de cette rentrée.

Chapeau.

Sam Elliot

"Tiens, je ferais p’têt bien d’apprendre à lire, moi"

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Barbe de saloon

Belle barbe de saloon

 

Lu par Claire

 

 

Enfin, un roman qui s’assume tel quel. Divertissant au sens noble du terme, sans chichis stylistiques ni snobisme plein de tics , imaginatif sans plagiat mais avec crachats et assassinats, attachant sans yoyo émotionnel, bourré de détails narratifs réjouissants et, comble de la jouissance, "offrable" pour Noël à toute la famille. Si, même votre grand-mère.

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Fukushima, de Michaël Ferrier

30 oct

Bacchante tremblante

Gallimard (Infini)

Lu par Philippe

Kamé Hamé Ha

Virilo !

Sobrement sous-titré "récit d’un désastre", ce livre ne vous ment pas : ce n’est pas un roman, c’est un récit, mais c’est de la littérature assurément. Le style de Michaël Ferrier retranscrit avec ambition toute l’horreur et la démesure des tremblements, tout comme il sait faire parler le quotidien. Invoquant les grands textes de l’Asie comme de la France, il donne une portée philosophique au sien  qui ne manquait pourtant pas de profondeur tant sa plume poétique élève le débat. Étymologiquement, la cata-strophe, c’est la fin du mouvement. Le récit écrasé. Avec humilité, Michaël Ferrier nous prouve que non.

Stupeur et Tremblements

Le récit est en trois parties. La première narre les secousses du tremblement de terre, des impressions physiques au réactions médiatiques en passant par la famille affolée de France. "D’abord un premier choc très sourd, très lourd, sous les pieds, comme si le locataire du dessous vous filait un grand coup de massue dans le plancher (…) puis plus rien, le silence. le coup venu des profondeurs résonne, il cogne encore dans la poitrine (…) s’estompe doucement. (…) Et là, c’est la seconde secousse, latéral cette fois (…) et progressive, (…) droite-gauche, gauche-droite, comme si l’immeuble dansait la samba. Un roulement de tam-tam sous les pieds. (…) Le tremblement de terre est un boxeur : il en a la ruse, la patience et le punch, il procède par attaques répétées, replis subis, contre-attaque fulgurante." 

Etym. Vague destructrice de la tortue

La seconde est un récit du Tsunami qui balaie les côtes. Si la première partie est effrayante mais parfois presque comique, témoignant d’une certaine énergie vitale jusque dans la peur et les tremblements -"Le séisme a suspendu le temps, l’a renversé, amplifiant démesurément le désir de vivre"- c’est ici le règne de l’écrasement, de l’annihilation puis de la putréfaction. L’auteur est allé là-bas et en tire un livre hallucinant qui laisse déjà poindre la dernière partie :

L’horreur nucléaire, et avec elle la médiocrité criminelle des élites japonaises comme françaises, leur capacité à noyer le poison derrière des chiffres qui ne veulent plus rien dire… Alors que l’on change en hâte les limites de radiations admises sur les écoliers de la zone, le pouvoir en place instaure "une demi-vie", niant la mort et les dangers de peur de créer le scandale alors que pourtant c’est déjà l’apocalypse…

Fukushima mon amour

Michaël Ferrier montre Fukushima à un juré commentateur

C’est un récit qui peut plaire pour de nombreuses raisons. Il parle des risques et des politiques de réponse avec clarté et documentation, il donne à avoir la catastrophe au plus près d’une langue poétique et profonde… Il parle aussi de tout un peuple, d’un pays marqué dans sa culture par ce cyclope endormi…

Mais à mon sens le plus passionnant, c’est de lire un humaniste et une pensée en prise avec un danger. Les mots ne subliment pas, ils comprennent le risque et l’horreur. C’est de lire comment l’art et la philosophie servent de guide pour l’action et la compréhension du plus indicible, du plus irracontable. C’est enfin la posture et le recul de Michaël Ferrier, son exigence aussi, qui font de ce récit une oeuvre magnifique, élevant l’esprit autant qu’elle l’aiguise. Une travail non de mémoire, mais de salubrité publique, artistique et intellectuelle.

FINALISTES 2012

23 oct

Ça y est ! Les autres jurys se sont mis au diapason, ils ont tous donné leur petite liste (notamment le Renaudot, hilarant comme d’habitude, avec trois livres que nous avions noté comme bien bien nuls)… Bref, ça sent la fin de la rentrée !

Dévorant des bouquins jusqu’à la dernière minute, le jury s’est retrouvé lundi 22 octobre pour passer aux choses sérieuses. Ce fut long, parce qu’il y avait une raclette et manger une raclette avec une moustache tombante, c’est long.

FINALISTES PRIX VIRILO 2012 : 

- Tous les diamants du ciel, de Claro (Actes Sud)

- Sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari (Actes Sud)

- Le Maréchal absolu, de Pierre Jourde (Gallimard)

- Fukushima, récit d’un désastre, de Michaël Ferrier (Gallimard)

- Le Bonheur conjugal, de Tahar Ben Jelloun (Gallimard)

- L’Auteur et moi, d’Eric Chevillard (Editions de minuit)

- Les Sauvages, de Sabri Louatah (Flammarion)

Trois constats s’imposent. Le premier, Gallimard a vraiment posé un gros chèque cette année. Deux, c’est une bonne année. Trois, Il y a sept finalistes, comme les sept nains. Si Sermon sur la chute… est évidemment prof, grincheux devrait être Claro… On vous laisse décider de simplet.

FINALISTES TROP VIRILO 2012 : 

- La Jouissance, de Florian Zeller (Gallimard)  Le sous-titre, Un roman européen, est déjà assez "ballsy", assez présomptueux… De plus, l’auteur n’arrête pas de faire son malin alors qu’il se plante magistralement. Il mérite.

- Une vieille histoire, de Jonathan Littell, (Fata Morgana) car c’est un bon livre bien barré, qui sent littéralement l’aigre vestiaire d’après-match (surtout au moment du jeu de la biscotte)

- Chaos Brûlant, de Stéphane Zagdanski, (Seuil) parce qu’on s’est dit "qui va oser choisir un sujet aussi bassement actu et racoleur ?" , et Zagdanski aura beau se cacher derrière des prétentions d’écrivain, c’est lui qui a osé. Bravo !

- L’Atelier de la chair, d’Emmanuelle Pol, (Finitude) parce que le propos du livre consiste globalement à préférer les vieux qui font l’amour à la hussarde, sans fioriture ni préliminaire.

- Oh…, de Philippe Djian, (Gallimard) cette année, nous notions une tendance lourde d’inceste, de viol, et plus original, de "Oh là là j’aime mon violeur". Nous avons choisi le moins mauvais d’entre eux.

- Mufle, d’Eric Neuhoff, (Albin Michel) parce que la femme adultère n’a pas la même odeur… Et pour toutes les nombreuses perles qui parsèment ce livre hilarant à son insu.

A bientôt pour la remise…

14, de Jean Echenoz

18 oct

Duvet poilu (jeu de mot)

Editions de minuit

Lu par Philippe

Le destin d’une poignée d’hommes pendant la première guerre mondiale, tous villageois du même patelin, du directeur d’usine aux garçons-bouchers. Et ça tombe bien parce qu’il va y avoir des abats.

Moi mon colon celle que j’préfère…

Simple, efficace

Bon alors attends, la première guerre mondiale c’est quoi déjà ? Sur une feuille blanche, Echenoz a tracé deux grandes colonnes et s’est dit Vas-y balance tout. Weinachts in Berlin, les civils, les shrapnels, les pantalons rouges, le sang qui gicle, la mort-loterie… Et puis les gaz, l’aviation, les désertions, les amputations.. Ah, et les poux, Pétain, la boue, Verdun. On est surpris d’avoir vu défiler un tel panorama en 120 pages sans s’en rendre compte. Qualité de l’écrivain. Presque tout y est, en un condensé bref mais équilibré. Le livre parfait pour ceux qui ne connaissent rien à la guerre favorite de Brassens.

"Dès lors il a bien fallu y aller : c’est là qu’on a vraiment compris qu’on devrait se battre (…) mais, jusqu’au premier impact de projectile près de lui, Anthime n’y a pas réellement cru."

Ah! La Grande Guerre ! Âge d’or de la moustache ! Sujet formidable mais délicat car labouré par de grandes œuvres. Echenoz évite l’écueil de se commettre dans un sous-Orages d’acier en creusant des thèmes originaux (les animaux de la guerre…), et en rendant l’horreur routinière et palpable. Certes il ne nous apprend rien, ou pas grand’ chose, mais il le fait avec justesse et il atteint son objectif : Echenoz NE VEUT PAS publier un énième opus sur l’horreur du chemin-des-dames. Il souhaite faire vivre, laisse l’imagination du lecteur combler les silences des mots (whoa). Alors il met l’écriture en sourdine.

Les limites de l’écriture lo-fi

Les jurés se préparent à lire Echenoz

Le style reste farouchement distancié en cassant le quatrième mur, comme pour s’excuser dès que le lyrisme ou l’épique intrinsèque à la guerre risqueraient de prendre le pas…

"Tout cela ayant été décrit mille fois, peut-être n’est-il pas la peine de s’attarder sur cet opéra sordide et puant". Voilà explicité page 79 le programme délicat de ce livre paradoxal qui envoie du lourd sans en faire des tonnes.

Mais alors pourquoi suis-je déçu ? Je referme le bouquin. Une semaine après que m’en reste-t-il ? Déjà plus des masses. Le pitch nous prépare à une grande fresque des destins ; nous n’aurons que des évocations -précises- des protagonistes. Il me semble que l’auteur a conçu son œuvre sur plan, puis, soucieux de rester fidèle à son projet de finesse, aurait expédié certains sujets. A force d’en faire si peu, de rester lo-fi par ambitionEchenoz prend le risque de ne pas nous faire forte impression, au premier sens du terme. Qu’aurait valu Le Feu s’il n’avait fait que 100 pages ? C’est une vraie question.

Et de clore cette critique par la dernière (et magnifique) scène de la (non moins sublime) série Blackadder. Attention messieurs les poilus de la rentrée littéraire, c’est un classique parmi les classiques.

"Whatever your plan was, I’m sure it was better than my plan to get out of this by pretending to be mad. I mean, who would’ve noticed another madman around here?"

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Moustache poilue

Lu par Stéphane

L’herbe des nuits, de Patrick Modiano

17 oct

Rasoir nocturne

Gallimard

Lu par Alys

Un roman qui commence par "Pourtant, je n’ai pas rêvé". Un roman aux allures de songe, qui se déroule majoritairement la nuit, on l’a compris. Le narrateur déambule dans un quartier rarement exploité du Paris littéraire : "l’arrière-Montparnasse". Il marche, son petit carnet plein de notes à la main, et il tente de se souvenir de son premier amour, il y a 30 ans. Un premier amour qui a duré 4 mois, et à la suite duquel la belle a disparu.

Mouais mouais mouais

Modiano commun

Il y a 30 ans, Tristan Corbière rencontre Dannie R. à la cafétéria de la Cité Universitaire : lui, il est un peu nigaud, et ne fait pas grand chose de sa vie à part noter tout un tas de détails étranges dans un carnet "pour se souvenir" : l’emplacement des bancs, les petites annonces collées sur les murs, les noms des gens qu’il rencontre.
Elle, elle est belle comme un camion, elle a de mauvaises fréquentations, habite, à l’Unic Hotel, dans le quartier de Montparnasse. Avec sa bande, elle semble se livrer à des petits trafics que Tristan Corbière ne comprend pas. D’ailleurs, il ne comprend pas grand chose cet anti-héros frêle et timide, de cet amour jaune (Big up poète éponyme).

Quitte à lire Corbière, autant lire le moustachu (comme d’hab’)

Il tombe amoureux, elle lui ment sur son identité et sur un tas d’autres choses qui n’ont aucune importance quand on est amoureux. Et puis un jour, elle disparaît, et lui, il ne s’en remettra jamais. L’histoire aurait pu s’arrêter là, et P. Modiano n’aurait peut-être pas eu à en faire un livre. Sauf que voilà, un jour un flic vient chercher notre héros dans le cadre d’une enquête sur un meurtre, et il découvre enfin qui étaient Dannie et les loubards de l’Unic Hotel.

Le ventre mou de Modiano

Le roman de P. Modiano est un bon compagnon de voyage, il se lit vite et sans passion. C’est le genre de livre qu’on oublie au bout d’une semaine. Une ambiance et des noms à la Marcel Carné, une histoire un peu bateau, des regrets éternels d’un amour déçu. Le ventre mou de la rentrée littéraire, en quelque sorte.

Tous les diamants du ciel, de Claro

16 oct

Bacchantes planantes

Actes sud

Lu par Lina

Avant, je ne lisais que des romans ordinaires, à la fin extrêmement aciiiiide… j’étais pas terrible… Puis un jour j’ai découvert la douceur de Tous les diamants du ciel, et  mon visage s’est transformé…

Ce livre n’est pas parmi les finalistes des autres prix …

Tous les diamants du ciel ce n’est pas juste un roman, c’est LE roman de la rentrée littéraire.

Claro est le plus grand des voleurs

Claro nous fait suivre la vie de deux personnages un peu paumés dans les années 60 et 70.

-      Antoine jeune mitron dans le petit village de Pont Saint Esprit, village qui va connaître une épidémie un peu curieuse où tous les habitants seront victimes d’hallucinations. Comme les autres, Antoine sera interné et gardera toute sa vie trace de cet épisode difficile…

-      Lucy claque un jour la porte de la maison parentale et part découvrir New York, où elle sombrera petit à petit dans l’univers de la drogue…

Ce n’est là que le début du roman, je préfère ne pas dévoiler l’intrigue pour que vous puissiez vous aussi prendre plaisir à découvrir cette histoire. La force du roman réside principalement sur deux éléments : une narration très forte où l’on est plongé dans la tête et les pensées des personnages de manière abrupte et une écriture précise, violente, réaliste, intense où chaque mot est pensé et choisi.

Attention Jérôme Ferrari, je pense que tu as trouvé là un compétiteur de talent…

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Bacchantes planantes

Lu par Stéphane

Escalier F, de Jeanne Cordelier

15 oct

Terrible tonsure

Editions Phébus

Lu par Alys

Misèr-euh, misèr-euh

Sur la couverture : une photo de banque d’image avec des boîtes aux lettres. Quand je l’ai vue, je me suis dit que ça avait l’air nul. En bonne cliente, j’ai lu la quatrième de couverture, déjà dégoulinant de misère, et je me suis dis que ça avait l’air nul. Par esprit de contradiction je l’ai lu, et bien chers lecteurs je vous épargne le suspens, c’est nul.

Un livre à lire en famille

C’est toujours sur les pauvres gens…

L’escalier F, c’est l’adresse de la famille XX lorsque les enfants étaient enfants. Un petit appartement exiguë, pour une enfance sordide. Aujourd’hui les enfants ont grandi puis vieilli. Ils tombent malade, se débattent dans leur vie merdique et meurent, pour certains.
Un résumé rapide de l’histoire, par ordre de disparition :
– Le père, mort avant que le livre ne commence. A tripoté au moins trois de ses enfants, filles ou garçons indifféremment, mais les a tous tabassés.
– Un frère, Christian. Le roman s’ouvre sur sa mort. Un peu attardé, un peu différent, il passe sa vie en maison spécialisée, il a le corps qui part en vrille et il meurt seul.
– Une sœur, Lucette, mariée à Michel. À eux deux, ils cumulent trois cancers et en crèvent. Parce qu’ici on crève, la mort n’est jamais digne.
– La mère, le personnage central de l’histoire, celle qui n’a jamais aimé. Alcoolique, violente, haineuse, elle finit par mourir en glissant de son fauteuil, devant sa télé dans la maison de retraite, étouffée par sa méchanceté.
– Un autre frère, Patrick, ancien déménageur au chômage et qui entretient une relation incestueuse avec sa mère (avant sa mort hein, on n’est pas là pour le Trop Virilo). Mais bon vous comprenez, c’est le petit dernier… Il a un cancer du poumon, tape sur les femmes, se tape celle de son frère. Et finit par se pendre à sa mezzanine.

Cinq morts, et surtout cinq enterrements, ça fait beaucoup pour un roman. Sans compter que les survivants ne sont pas en reste : l’aîné  Ed, est accusé d’attouchements sur sa propre fille et sur la narratrice, aussi, probablement, avant. Et finit en taule.

… Que tu t’acharnes obstinément

Alys, du Prix Virilo, fasse au livre. Je crois qu’elle n’a pas aimé.

On arrêtera là l’énumération des malheurs qui malmènent les personnages de ce roman, car ils n’ont aucun intérêt. Le sordide peut être justifié par une cause, une théorie ou un concept. Il peut être poétique, grandiose et absolu même. Ici, il semble simplement médiocre et inutile.

On parle ici d’une fiction auto-biographique. Encore le même tour de passe-passe sur le Je. Deux cas de figures : soit ce roman est une histoire vraie, auquel cas l’auteur aurait dû entamer une psychanalyse plutôt que de se soigner par la publication de sa misère, et nous imposer sa prose irritante de vulgarité. Soit ce roman est une fiction, et c’est presque pire, parce qu’alors on tombe dans le voyeurisme mesquin et glauque, dans du malsain non-abouti.

Un livre totalement imberbe, qui méritait un zéro pointé. Mais le Prix Virilo accordant le droit de pilosité à tous les auteurs, le voilà servi de la note minimale : 1 moustache.

Ni ce qu’ils espèrent ni ce qu’ils croient, d’Elie Treese

13 oct

Rasoir sans espoir

Editions Allia

Lu par Philippe

Moins un titre qu’une vérité vraie

ni ce qu’on souhaite

Ne nous le cachons pas, ce qu’aimeraient bien trouver les jurés c’est la petite pépite publiée dans une maison d’édition peu puissante, un livre passé inaperçu et à qui nous rendrions justice et honneur par notre prix. C’est avec cette espérance souvent déçue que j’ai acheté le court roman d’Elie Treese, attiré comme une pie par la très jolie couverture, bravo les éditions Allia.

La quatrième a cependant commencé à me faire douter : "Il a bu un coup et il a dit la vérité vraie". La vérité vraie… Bien nul ça… Méfiance. Hélas, après quelques pages, j’ai compris que le titre de ce roman était avant tout une promesse au lecteur : Ni ce qu’il espère, ni ce qu’il croit. Encore moins ce qu’il souhaite.

Quat’ darons qui boivent du picrate lourd comme l’azur

Les quatre protagonistes, avant le vol du bidon

C’est l’histoire d’une bande de quatre pieds nickelés un peu vagabonds, peut-être partiellement clodos, on ne sait pas trop, les indices spatio-temporels arrivent lentement. Ils volent, dans un chantier paumé en lisière de forêt, un bidon d’essence. Comme ils ont bu de la gnôle genre Destop, ça va être galère. Tout cela est raconté du point de vue d’un certain Maroubi tout au long d’une sorte de discours/pensée indirecte libre

"Et Low a dit nom de Dieu c’est la putain de cour des miracles ou quelque chose et Hadès a juste dit va baiser ta mère et le silence était autour de nous comme un songe sinueux avec la brume qui luisait un peu sur les engins (…); Puis Hadès s’est relevé, a fait quelques pas avec son fusil sous le bras, et j’ai dit ce sera bientôt fini les gars, et il faut juste qu’on se tienne encore un peu à carreau (…)."

L’intérêt réside dans ce mélange de grossièreté et de visions poétiques, mises en valeur par la narration. ça marche assez bien. Voilà tout. C’est dommage, certaines images sont très réussies. Mais même à six euros le livre, ça fait cher de la belle image poétique. Pour le reste, je comptais sur ces 76 pages pour se lire vite. Mais le temps mmh, attendez… s’étendait comme un songe sinueux après une gueule de bois. 

 

Une femme avec personne dedans, de C. Delaume

7 oct

Fist-fucking glabre

Lu par Philippe

Seuil

Un des livres qui m’a le plus marqué de la rentrée. Car j’ai trop longtemps hésité entre profonde sympathie et agacement. C’était 1 ou 4 moustaches. J’ai tranché.

Un titre de mauvais film français

Un robot avec un homme dedans, et il n’a pas écrit d’autofiction que je sache

Chloé Delaume nous offre un récit d’auto-fiction évolutif. On y découvre plein de choses : Comment elle traversa l’épreuve d’une lectrice suicidée, comment elle vécut ses amours complexes, comment elle accepta son féminisme, comment elle défend l’idée d’une femme non-procréatrice (nullipare, d’où le titre)… Elle nous parle également de « La Clef », personnage bi et rencontre épiphanique pour l’héroïne… Avec humour, elle termine par une sorte de pastiche de tests de journaux féminins censé mesurer si on est prêt à écouter son histoire, et nous propose donc différentes fins.

Principal grief : ce titre est mensonger puisque l’on assistera à une formidable scène de fist-fucking lesbien. Maintenant que je vous ai bassement vendu la sauce, passons au cœur du bousin.

Forcément, l’autofiction d’une bipolaire…

Un livre avec Lacan dedans

A n’en pas douter, Chloé Delaume est un être brillant qui manie une plume dense, poétique, musicale, capable d’humour et servant un propos vigoureux : Elle n’aime pas les phallocrates et leurs outils (les couillidés) ; elle est pour une entière liberté du corps de la femme ; elle souhaite une trucidation systématique des relais de domination masculine. En plus, elle fait rimer Exil avec Vodka-Lexomil ce qui nous la rend d’emblée sympathique.

Là où ça se gâte, c’est que c’est de l’autofiction écrite par une bipolaire qui s’auto-analyse constamment. Avec des citations de Lacan dedans. Tu voulais une narration facile pour lire dans le métro, tiens ! Ramasse !

Cela donne un récit hésitant entre l’introspection douloureuse, le carnet de malade, et les gender studies. Ceux qui aiment diront que ça foisonne, on pourrait dire que ça brouillonne. Une pensée bipolaire pour une écriture bipolaire elle aussi -malheureux alliage fond/forme pour une fois- qui claque des termes comme hétéro-normativité au milieu de jolis poèmes en prose. Entre un symbolisme à la truelle (rajouter des cartes de tarot, des Hécate et des Lilith…) et la « pensée indirecte libre » (j’écris comme je pense, et non comme je parle, avec des ellipses de partout et sans ponctuation), voilà le lecteur pris dans un bourbier laborieux de mots.

Un exemple peut-être ? Allez au pif, page 83, sur la pression familiale face à sa nouvelle homosexualité "Mon Je se convulse. (…) Ils veulent que j’analyse mon changement (…) pour s’assurer ainsi que tout cela est. Quoi. Peut-être bien inéluctable, ça les consolerait sûrement. Ma psyché était-elle entortillée stigmates Cassandre à l’invertie, ça je l’ignore moi-même, aussi." 

De l’autofiction à l’auto-solennité

Un homme avec une femme dedans. Et pourtant les gender studies en parlent peu, de Goldorak.

L’auteure semble en avoir sacrément bavé dans la vie. Il est difficile de ne pas avoir de l’empathie et du respect pour son intelligence brute malgré son hermétisme frôlant la cuistrerie. Cette sympathie est renforcée par la sincérité du propos, jusque dans ses maladresses (certaines attaques dignes d’une ado en crise contre "Le Bonheur™"). Mais in fine, l’oeuvre ne se relève pas des règles qu’elle s’impose : Onanisme intellectuel, exhibitionnisme et architecture du récit prétentieux. Là où seule l’auto-dérision aurait été pertinente, même l’humour sert une auto-solennité navrante. C’est normal, elle écrit (aussi) un manifeste de pensée féminine. Le Prix Virilo ne peut donc que s’offusquer.

Chloé Delaume en a une bonne paire : C’est un bouquin coup de poing (ou plutôt fist donc) dans le lecteur qui ne méritait pas tant d’ingratitude, le pauvre, après 140 pages de symbolisme léger comme un parpaing. Chloé décompense avec brio mais décompense quand même, dans un livre agréable à lire comme le journal intime d’une ado malade de sa propre intelligence et qui se scarifie pour  attirer l’attention.

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