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Le Turquetto, de Metin Arditi

26 oct

Actes Sud

Lu par Paul

Moustache alla turca

Comment vivre sa passion pour l’art lorsque l’on est né au XVIème siècle et que deux religions vous l’interdisent formellement ? Je parie que ce n’est pas la question que vous vous posez chaque matin en vous taillant la moustache.

L'Homme au gant (huile sur toile, 1520, détail)

Metin Arditi y répond avec brio dans Le Turquetto, l’histoire d’un enfant doué pour le dessin, qui a tôt fait de quitter Istanbul pour Venise. Dans cette capitale en déclin, il deviendra un peintre reconnu et envié. Mais la roche Tarpéienne est proche du Capitole…

L'homme au gant (photographie, 2005, détail)

Outre la curiosité qu’il fait naître dès les premières pages en entourant son personnage central d’une note de mystère, Metin Arditi nous présente au fil du récit une galerie de tableaux qui souffrent la comparaison avec ceux des maîtres italiens. Chaque lieu traversé, chaque personnage croisé par le héros donne lieu à des passages d’une très grande beauté.

En traçant le destin d’un artiste fictif, Metin Arditi évoque dans ce roman les rapports qu’entretiennent art et pouvoir, au XVIème siècle comme à notre époque.

L'homo-gant (tricot, 2011)

Mais il traite aussi d’un thème qui lui est cher: celui des échanges entre cultures et religions. Au-delà de trajectoires individuelles dans des cités cosmopolites, il nous parle de l’histoire de l’Europe et des pays du bassin méditerranéen dans leur ensemble.

Un très bel ouvrage, à lire absolument.

Loin des bras, Metin Arditi

19 oct

Actes Sud

Lu par François H-L

Dans un pensionnat suisse de la fin des années 1950 accueillant les rejetons mâles de l’élite de  ce monde, Metin Arditi nous présente une dizaine de personnages et nous les fait suivre au fil de ce superbe roman marqué par une écriture sensible et par une grande élégance narrative. Tous ces personnages, en fait le corps professoral de cet établissement de luxe,  sont, d’une manière ou d’une autre, des âmes brisées. La description brillante de leurs parcours, de leurs solitudes et de leurs interactions permet de révéler leurs drames et traumatismes. Certains se relèvent quand d’autres s’enfoncent.

Le style est toujours dense, enlevé et pourtant extrêmement posé et discret. On est surtout frappé par la maîtrise psychologique dont fait preuve l’auteur ; Les caractères sont en effet analysés dans toutes leurs contradictions ; obsessions, brutalités, aigreurs, jalousies, mais aussi courage et noblesse parfois, pourtant toujours s’impose la pudeur d’une écriture tout en nuances et d’un style humble et doux. Tout ce qu’on demande à un roman est présent, fantaisie et audaces de la fiction, universalité des faiblesses humaines, dépaysement temporel et spatial, Vraisemblablement un des meilleurs romans lus cette année.

Lu par… Marine

Bienvenu dans un univers littéraire où la part belle est faite aux petits tourments et vices d’une chorale de personnages hauts en couleur ! En courts chapitres enlevés, au rythme cadencé et maîtrisé, nous nous repaissons des introspections minables ou plus profondes du corps professoral d’une pension pour enfants de riches mamans ou papas qui ne peuvent encombrer leurs vies si importantes de ces rejetons encore imprésentables en société. D’où le titre. Cependant, si ces enfants apportent un continuum au livre, ce ne sont pas eux les véritables sujets du livre, mais bien leurs directrice et profs, tous sur la sellette avec la menace de la vente de la pension huppée à un groupe américain ressemblant étrangement à nos fonds d’investissement actuels. Personne n’est blanc, la plupart même présente des caractéristiques largement réprouvées par nos sociétés (le jeu, la pédophilie, l’homosexualité, l’inceste, l’anorexie, l’antisémitisme, etc.). Un peu too much pour être crédible ? On n’en a cure, car ce roman pourrait tout aussi bien être une pièce de théâtre déjantée. Peut-être même aurait-il gagné à exagérer le ridicule de certaines situations pour gagner en amplitude. Mais peut-être cette retenue, malgré tout, est-elle la raison qui explique l’engouement pour ce livre. Qui sait.

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