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Rencontre avec Ariel Kenig, un mec qui vit un miracle

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Par Philippe et Stéphane

Peut-on écrire de l’auto-fiction sans être médiocre ? Peut-on décrire  la modernité avec décontraction et profondeur ? Plus ardu, peut-on caser dans une même page Mosey Sarkozy et un type qui se branle dans le fond d’une salle d’ordis ?

Les athées en seront pour leurs frais : l’auteur du Miracle existe, nous l’avons rencontré !

(Rires)

La moustache, c’est maintenant

Ariel Kenig, au talent duquel cette piteuse entrée en matière ne fait pas honneur, nous a donc accordé un petit entretien.

Qui es-tu, Ariel ? Ariel est jeune (1983), autodidacte et a déjà publié cinq romans. Le dernier s’appelle « Le Miracle », aux éditions de l’Olivier. Il écrit aussi pour la littérature jeunesse, le théâtre et le cinéma. Il fait des tee-shirts également. Bref, il s’éclate dans son métier d’auteur. Bien qu’il s’inscrive dans une école qui est loin de faire l’unanimité au Virilo – l’autofiction – la finesse et la cohérence du regard qu’il pose sur notre société nous ont séduits. Or rappelons-nous le mot de Marcel : « Le style pour l’écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de techniques mais de vision ». A ce compte, Ariel Kenig mérite toute notre attention.

Le Miracle

Dans Le Miracle, Ariel raconte une histoire largement vécue : une vieille connaissance le recontacte pour lui proposer des photos de vacances de Pierre Sarkozy, présent non loin d’une catastrophe naturelle au Brésil. L’auteur tente en vain de les revendre à la presse people, avant de s’apercevoir qu’elles sont visibles par tous sur le profil Facebook de celui que, dans le milieu de la night, on appelle affectueusement DJ Mosey. Au fil des péripéties de cet épisode anecdotique, Ariel Kenig expose sa perception des rapports de forces sociaux qui perdurent aujourd’hui et de la façon dont ils transparaissent dans les systèmes de représentations de notre époque (les médias et Facebook). Critique à venir sur le site du Virilo. Mais désormais, place à Ariel, dont vous pouvez découvrir le portrait sur le blog ami du Virilo, POTAJ.

Prisonniers de l’écran

Pourquoi l’autofiction ?

J’ai découvert la littérature via l’autofiction : Christine Angot, Guillaume Dustan, Michel Houellebecq… J’avais 17 ans et jusque là, la littérature était restée loin de moi. Je n’ai commencé l’autofiction qu’à partir du moment où j’ai pu dire d’où je parlais. Au début c’était compliqué car j’étais en pleine transgression de classe. J’ai écrit pour avoir le pouvoir et pour transgresser ma classe.

Quand j’ai lu Génie divin, de Dustan, j’étais fasciné, je me suis dit que j’allais écrire moi aussi. Je l’avais vu à la TV chez Ardisson, il était avec sa perruque et tout ce qu’il me disait me semblait incroyablement normal. (ndlr : l’interview est effectivement très intéressante)

J’ai été marqué chez Dustan par la douceur absolue du narrateur. Il réconciliait des sentiments extrêmes, en les inscrivant dans une vraie démarche littéraire, c’est-à-dire politique. Il était pour un élitisme de masse, avec une démarche hyperindividualiste, qui fait pour lui figure de prérequis au bonheur. Il tend la main au lecteur.

C’est un vieux débat, mais l’autofiction, n’est-ce pas un renoncement à la dramaturgie ?

Je n’écris pas comme on tient un journal intime… J’ai su que j’allais faire le livre quand j’ai trouvé les trois parties et le titre. J’avais un angle, un prétexte. A partir du moment où j’allais dénoncer un faux miracle, j’avais le droit de faire une sorte de méta-narration et de suivre des liens plus logiques que narratifs. On suit plus un parcours de pensée qu’une histoire.
Je crois qu’on peut être un bon écrivain et pas un romancier. Je dis que je fais des romans par convention. Je dis d’ailleurs plutôt que je suis auteur. Je ne me pose jamais ces questions-là. Je fais des livres, j’achève des textes.

Ariel roule ses cigarettes. Old school.

Ecrire pour vivre ou vivre pour écrire ?

C’est le dilemne permanent. J’écris des livres pour vivre plus intensément et inversement… A l’avenir, j’aimerais par exemple raconter comment j’ai rencontré la société à travers le sexe. Dans ce cas-là, j’ai peut-être parfois vécu des choses avant tout pour les tester, et les raconter.

De même, quand tu ne vis plus grand-chose, tu n’as plus grand-chose à écrire, comme Christine Angot, qui est devenue une grande bourgeoise et qui publie des livres maintenant médiocres.

En quoi l’écriture te permet-elle de vivre plus intensément ?

De façon très prosaïque d’abord, parce qu’elle me tient à l’écart du salariat, de beaucoup de normes sociales… Elle libère mon agenda. Il y a aussi un phénomène de compensation : c’est tout aussi extrême de passer 4 heures devant son ordi que de sortir jusqu’à 6h du mat. Je vis peut-être même plus intensément quand je suis devant mon écran.
Enfin l’écriture a multiplié mes grilles d’analyse. Quand je rencontre des gens, je les vois dans un profil sociologique, une inscription esthétique…

Il t’est arrivé de dire que tu essayais de faire de ta vie une expérience, d’en toucher les limites… Pourquoi ?

Je traverse la vie comme une expérience intense, je la teste… J’essaye vraiment. C’est peut-être lié à l’ennui de l’enfance. Ma peur panique numéro 1, c’est les précautions installées dans la ville, la standardisation des objets et des moeurs…

Ne crains-tu pas d’être toi aussi dans une posture d’écrivain avec ses propres routines, ses propres standards ? Car comme tu es le « héros » de tes livres, cela influe directement sur ta narration…

C’est une question importante dans l’auto-fiction : Comment apparaître ? Et pour y répondre il faut se poser cette question : qu’est-ce que je veux raconter… L’auto-fiction n’est pas si nombriliste que ça en fait. Par exemple, on peut reprocher une certaine désinvolture au héros, mais je ne pense pas avoir trop fait le mariole, en me la jouant…  J’ai tenu à montrer les mauvais sentiment du héros qui le pousse à agir : la haine du pouvoir en place (époque Sarkozy, ndlr), mais également un côté velléitaire… En somme j’ai essayé d’être de bonne foi.

Ton écriture est sans effet de style, ton histoire s’arrête brutalement… Pourquoi ces choix d’écriture, typique de l’auto-fiction ?

Mon écriture est choisie, dans le sens où il y a rature et élagage… En France, on vit un peu dans le mythe d’une écriture en un jet, expiatoire… Beaucoup de gens m’ont aidé à travailler cette dimension technique, basée sur des règles simples mais difficiles à bien tenir comme la justesse de l’adverbe, le point-virgule ou la prudence à l’égard des effets. Il faut se méfier des allitérations et du kitch.

Pour ce qui est de l’histoire, je considère l’avoir bouclée. L’intrigue des photos de Sarkozy sont un prétexte, le vrai sujet, c’est la circulation des images, la médiasphère. Voilà pourquoi je parle de la télé 3D ou de profils Facebook. Il y a aussi le thème transversal du miracle, évidemment…

Tu fais de l’individualisme le socle de ta philosophie de vie, pourquoi ?

Lectures d’écrivain

Le discours ambiant sur la société ultraindividualiste dans laquelle on vivrait est un gros poncif qu’on entend partout, mais il me paraît absolument faux. Si la société était vraiment individualiste, les gens iraient mieux. La société est égotiste, pas individualiste.

Regardez les magazines féminins, où tout est écrit à la première personne. « J’aime, je like… » C’est d’une violence conformiste… Si la société était vraiment individualiste, les gens n’accepteraient pas que l’on parle à leur place. Personne ne pourrait le supporter.

Aujourd’hui les gens sont désindividués. En consommant les même standards marchands et baignant dans une sorte d’esthétique du pauvre, l’estime que l’on porte à soi se dégrade. Les égos sont terriblement dégradés. D’où l’ironie permanente : on rit d’être insulté, du fait d’être nul…

Je pense que les gens ne sont pas du tout assez individualistes, dans leurs goûts, leurs choix… Etre individualiste, c’est penser à soi, par soi-même. J’ai pas l’impression qu’en étant obèse devant le Juste prix on pense à soi. Il y a un conformisme de la médiocrité. Et le problème miroir de la dictature du cool.

Un roman peut-il, doit-il, être politique ?

Je ne conçois pas un roman hors du politique. La question c’est la définition du politique. Je ne vais pas faire de roman militant. Mais pour moi les 5 dernières années étaient d’une violence absolue. Cette situation politique d’exception a fait que j’ai écrit des romans très politiques. Quand j’entends Sarkozy dire « je ne veux pas de la lutte des classes », pour moi c’est une phrase indigne.

En plus toutes les technologies nous poussent à revoir notre rapport au politique. Je ne sais pas comment sortir du politique. Si je tombe amoureux dans un de mes livres, il y aura forcément une extraction sociale. Si je mets un personnage au chômage, qu’est-ce que ça veut dire ? Si je mets un flic, sera-t-il rebeu ? Si demain je faisais un roman sur la mode, ce serait encore politique.

> Le portrait d’Ariel Kenig sur le blog POTAJ

> Petite lecture par Ariel (fans de Sarkozy et/ou Michel Drucker s’abstenir)


Des vies d’oiseaux, de Véronique Ovaldé

30 août

Lu par Marine

Editions de L’Olivier

Même eux

Des soucis lourds, si lourds ? Une vie claustrophobiquement pesante ? Grand marabout certifiée es-légèreté de l’âme vous soulage avec histoire à la frontière du monde réel. Retour de l’être aimé ou guérison des faiblesses sexuelles toutefois pas garantis.

Tout comme son précédent roman (Ce que je sais de Véra Candida), ici règne une sorte de merveilleux qui rend possible ce cheminement personnel que nous ne nous autorisons pas habituellement. Point de drame fatalement destructeur car toute facette des personnages, tout évènement est une étape vers autre chose, forcément meilleur.

Ne nous méprenons pas, il ne s’agit pas de niaiserie ou de superficialité (quoique parfois…). La légèreté dont nous faisons mention renvoie plutôt à la liberté d’existence qui pourrait être la nôtre et qui est celle des héros des vies d’oiseaux.

Les amateurs de tragédies insolubles (ou de manifestes politiques) pourraient trouver le tout inconsistant. Ceux qui cherchent une lecture appaisante apprécieront.

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Lu par Claire N.

Moustache fournie

Moustache volante

Quand le lieutenant Taïbo assène la vérité des dernières pages: « Si tu voulais des garanties, ma douce, il fallait acheter un toaster », c’est bien le lecteur qui se frotte les mains. A la manière d’un grille-pain de manufacture allemande, son roman a tenu ses promesses. Pour seulement dix-neuf euros, il est devenu l’heureux détenteur d’un récit qui, depuis ses genoux, l’a transporté au delà de son arrêt de métro vers un Brésil ou un Mexique imaginaire.

Cette belle histoire lui a assurément ravi le cœur avec son écriture insouciante, ses personnages sans malice et son intrigue « garantie sans ficelles apparentes ». Une écriture dont le mot d’ordre serait légèreté, légèreté chérie…!

Un roman à ne pas oublier d’emporter en vacances. Ou à l’occasion de la rentrée littéraire, dans le bus, le métro ou le tramway!

Dans la nuit brune, d’Agnès Desarthe

14 oct

L’Olivier

Lu par Marine

J’ai été un poil (de moustache) de lisser avec amour les pages de ce roman. Et il y eut le poil de trop, celui qui rompt le charme du favori installé si bien dans un visage qu’il semblerait qu’il y ait toujours officié. En l’occurrence, il y eut les vingt dernières pages (approximativement), qui, je trouve, sont une offense au lecteur, tellement toutes les autres étaient bonnes. Alors quoi ? On ralenti la course avant la ligne d’arrivée, si sûre de soi ? Je ne suis pas dupe, ce n’est pas qu’Agnès Desarthe ait tout à coup ressenti un poil lui pousser dans sa paume. Non, il est au contraire clair que cette fin calamiteuse (de mon point de vue) était voulue. Car à la fin (désolée pour le suspens), comme dans plein de livres actuellement, on découvre avec stupeur que les nazis ont assassiné des juifs (pourtant nous disposons d’un indice formidable dans le titre). Incroyable. Surtout que, franchement, cela ne résout absolument pas l’énigme du roman, qui, elle, passe à la trappe par un tour de passe-passe mesquin. D’ailleurs, qu’est-ce que ce fatras vient foutre là, nom d’un pelage hirsute ? Tout était parfait dans cette histoire, l’ambiance mystérieuse (voire surnaturelle), l’émotion si bien distillée, les rapports entre humains excellemment décrits, l’écriture limpide et en fusion totale avec le propos qu’elle soutient et l’humour (oui, j’ai ri aussi)… Snif. Pourquoi ? Hein, pourquoi ??

Le coeur régulier, d’Olivier Adam

10 oct

L’Olivier

Lu par Marine

L’auteur de « Je vais bien ne t’en fais pas » est du genre constant. Rien à dire, c’est très bien construit, écrit etc. Ca se lit même très bien. Mais franchement, que c’est conformiste (et donc assez plat)… Les critiques de l’héroïne envers son milieu bourgeois, son « parfait petit mari » sont d’un gnangnan absolu à vouloir nous mettre le doigt bien en évidence dessus. Dommage car situer l’intrigue principale dans ces fameuses falaises japonaises à suicide était bien vu, intéressant et fournisseur facile d’une atmosphère originale. Je cite un ami très cher (peu intéressé par le syndrome rentrée littéraire, vous verrez) : « J’avais un peu honte d’acheter ce type de livre, pas de la grande littérature. Mais je dois dire que cette littérature de parc est quand même agréable à lire ». Sic. Ce compliment à l’envers résume bien la situation, je trouve.

Démon, de Thierry Hesse

15 oct

L’Olivier

Lu par Marine

Le narrateur, reporter spécialisé en guerres sanglantes et inondations dévastatrices, part sur les traces de ses grands-parents paternels russes dont il apprend qu’ils ont été assassinés par les troupes SS chargées de l’élimination des juifs dans les contrées que l’armée allemande conquit. Pour ce faire, il se rend en Tchétchénie, pensant trouver là un contexte qui lui ferait revivre l’histoire vécue par ses aïeux. Le livre est alors constitué de morceaux d’histoire imbriqués les uns dans les autres par le biais de flashbacks récurrents, liés à son séjour en Tchétchénie ou au récit que son père lui a fait de son histoire personnelle avant de se pendre.

Cela peut donc sembler très sombre mais, bizarrement, le roman ne l’est pas tant que cela, car au-delà des faits historiques, il s’agit surtout de personnes. Puissant, il l’est certainement. Documenté, itou. Quelques longueurs aussi. Et quelques généralités inutiles qui encombrent le propos. Habile pourtant dans la narration. C’est pourquoi il s’agit d’un rare spécimen, très paradoxal, dont on se dit à la lecture qu’il est puissant, malgré les petits défauts susmentionnés, mais dont on se dit, une fois sa lecture terminée, qu’il ne nous marquera pas tant que ça. Peut-être souffre-t-il de la comparaison avec d’autres livres sur les mêmes thèmes et à l’amplitude réflexive plus robuste ?

Ce que je sais de Vera Candida, de Véronique Ovaldé

14 oct

L’Olivier

Lu par Marine

L’auteur narre le destin de quatre générations d’une lignée féminine vivant dans un pays imaginaire d’Amérique latine et qui en concentre les principaux maux historiques. Il ne s’agit pas d’une saga en tant que telle, Vera Candida, la troisième représentante de cette lignée étant le véritable sujet du roman.

L’écriture est habile et réussit à faire de ce roman une sorte de conte, sans éléments fantastiques cependant. Au contraire, tout ce qui y est décrit semble furieusement réel, comme un condensé mythique de la réalité à la fois de la souffrance et de la force du genre féminin, qui refuse la position de victime. La vie n’épargne pas ces femmes mais l’ensemble est enchanteur.

Le remplaçant, d’Agnès Desarthe

13 oct

L’Olivier

Lu par Sophie

Avec Le remplaçant, Agnès Desarthe livre un roman léger et drôle sur son grand-père de substitution, Boris, être singulier, modeste héros, personnage commun et fantasque à la fois.

Bien des qualités structurent ce récit libre qui fait partager l’émerveillement de la petite-fille et l’attendrissement de l’adulte grâce au merveilleux talent de conteur d’Agnès Desarthe, héritage familial vraisemblablement. Appel à la rêverie, l’histoire de « Triple B » est composée d’une mosaïque de digressions savoureuses car drôles, poétiques et touchantes. On regrette simplement l’histoire – rompant avec l’esprit du roman – de la genèse de ce livre qui devait à l’origine porter sur le pédagogue Janusz Korzack, directeur d’un orphelinat du ghetto de Varsovie.

Lu par Marine

Ceci est une critique énervée, comme celle que l’on réserve à ce bon élève qui se sabote tout seul pour une obscure raison, ce qui laisse généralement son entourage pantois et interrogatif.  Voyez plutôt. Le sujet du livre est plaisant (une femme cherche à comprendre un homme qui n’est pas son grand-père biologique mais son grand-père quand même, s’étant remarié avec sa grand-mère en remplacement, donc, du « vrai ») et la langue est drôle, piquante, vive. Mais, patatras, la structure doit être soit inexistante, soit très maladroite (ou alors tellement subtile qu’elle en est devenue incompréhensible) parce que malgré seulement 87 petites pages le livre m’a paru très très long. Il n’est pas aisé de bien comprendre où elle veut en venir et tout cela traîne, donc.

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