Tag Archives: dépression

Heureux les heureux, de Yasmina Reza

19 fév
Y a un poil dans mon prozac

Y a un poil dans mon prozac

Editions Flammarion

    Lu par Claire

Déprimés, les lecteurs.

Et la joie est en toi

Et la joie est en toi

Les courtes tranches de vie relatées par Yasmina Reza, portraits croisés sous forme de monologues de personnages dont on comprend peu à peu qu’ils sont reliés les uns aux autres, adultère, rancunes familiales, amour et désamour, une baffe aux enfants et une visite à son cancérologue, voilà le livre plié et votre moral en berne.

Yasmina Reza se laisse glisser dans une facilité douillette masquée par une expertise rédactionnelle qui exploite le filon de l’existentialisme et du mal-être à la mode du jour, dépression, dissensions au cœur du couple et tentatives pitoyables de séduction pour oublier sa propre nullité. Un portrait peu reluisant de l’espèce humaine contemporaine, bien que l’on sente intuitivement que l’intention de l’auteur n’était pourtant pas là : il y a ici un raté entre l’objectif de fond et le résultat final qui met mal à l’aise.

Et pourtant, la lecture débute avec brio, à travers la mise en scène grinçante et enlevée d’un couple qui se déchire sur le choix du fromage

Ils ont coupé dans le budget illustrations cette année

Ils ont coupé dans le budget illustrations cette année

dans un hypermarché. Il ne manque pas grand-chose pour sentir l’odeur glacée des rayons réfrigérés et le couinement horripilant de la roue de chariot abîmée. Une étude approfondie du genre humain qui se laisse prendre à une répétition lassante qui attaque l’attention du lecteur jusqu’à ce que le livre lui tombe des mains, heureusement, presque à la fin. Une dextérité dans l’écriture et la psychologie des êtres en perdition qui se prend les pieds dans sa propre science, une chape de plomb dans ces portraits lardés d’humour noir qui pèse sur les doigts qui tournent les pages. A ne pas lire, surtout, si l’on est aigri, misanthrope, déprimé, découragé ou tout simplement si l’on n’a pas envie de se saper encore un peu plus le moral après avoir lu le rapport journalistique quotidien sur les effets de la crise.

Un roman qui n’invente rien et n’apporte rien, si ce n’est un exercice de style de qualité dont Yasmina Reza, auteur mondialement acclamée, aurait peut-être pu se passer. Un roman qui accumule les critiques élogieuses des papiers les plus éminents… la peur de se reconnaître dans ces bourgeois aigris en mal de joie de vivre ?

Une certaine fatigue, de Christian Authier

28 août

Appendice facial fatigué

Éditions Stock

Lu par Claire

Je ressens une certaine fatigue au moment fatidique de rédiger cette critique. Oui, parler de fatigue fatigue, tout comme regarder les J.O donne des courbatures, voilà une vérité vraie. Vlan.

Proposition de bundle en librairie

Pour ceux qui auraient la flemme de lire la critique en entier, ci-joint un condensé express anti-fatigue : concept de base ok, début ok, développement et fin ko. Pratique, c’est symétrique.

En fait, une fatigue certaine

Patrick, la quarantaine bien tassée, architecte reconnu d’une ville de province, heureux mari et père de deux ados, se rend compte à la mort de son propre père que le temps passe. Alors qu’il commence à se poser quelques questions existentielles un tantinet gênantes, le médecin lui annonce qu’il est frappé d’une leucémie foudroyante et qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre. Paradoxalement, Patrick s’attache à organiser sa mort avec un détachement et une application qui frisent à la maniaquerie, éprouvant même jusqu’à un plaisir coupable à faire le tri et le ménage dans sa vie. Alors le jour où le praticien ravi lui annonce qu’il y a eu une erreur de diagnostic et qu’il n’est pas près de sucrer les fraises, Patrick tombe dans ce qui ressemble à une dépression post-partum. Il abandonne maison, travail et famille et part s’installer à l’hôtel à cinq cents mètres de là. Non mais qu’est-ce que c’est que ces façons de lui voler sa mort ?

Jusqu’ici, le roman de Christian Authier tient la route : un concept original, un protagoniste attachant, une écriture fluide.

Seulement, les deux tiers restants du livre tombent dans la même phase dépressive que traverse Patrick, une élucubration nombriliste en manque flagrant de rythme. Il s’ennuie, on s’ennuie.

La fin – Patrick se rappelle soudain que sa chère femme lui manque et qu’il est temps de rentrer au bercail, oh !, ça tombe bien, elle l’a attendu presque un an sans moufeter – achève de nous dé-convaincre. Ça ne se dit pas ? Tant pis.

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