Archives de Tag: Albin Michel

La nuit n’éclaire pas tout, de Patricia Reznikov

22 sept

Albin Michel

Lu par Anne

La moustache n'éclaire pas tout

Sombre et Glâbre

Forte d’un titre danielbalavoinien en diable, Patricia Reznikov a tout misé sur un jeu d’oppositions incongru, comme d’autres misent toutes leurs économies sur Scolie de Brassière dans la cinquième (sauf que eux auraient gagné) dans l’espoir sans doute de créer chez le lecteur une surprise plein d’admiration.

Le narrateur Benjamin Himmelsbar est un écrivain en panne d’inspiration qui rencontre dans un bar une jeune femme un peu allumée. Plutôt que de sombrer dans une sordide amourette trans-générationelle, Héloïse l’entraîne à sa suite dans la folle quête de ses origines à travers l’Europe. C’est plus original.

Un cruel manque de lampadaire

L’auteur conçoit hélas l’idée d’allier dialogues aussi plats que l’arrière-pays flamandAlors Héloïse, qu’est-ce que vous faites dans la vie ? Des études ? – Non, vous plaisantez, elles sont terminées depuis longtemps. En réalité, je passe presque tout mon temps à attendre. – A attendre ? Attendre quoi ? Qui ? – Aucune idée. – Cherchez… ») et les vers et pensées dudit Benjamin Himmelsbar (le titre est tiré d’un de ses poèmes, pas d’bol, Daniel !).

Si ça n’est pas détestable, c’est totalement dispensable. Et pour plagier Didier (Barbelivien), il faut laisser la nuit à la nuit…

Tuer le père, Amélie Nothomb

23 août

Albin Michel

Lu par Claire

Quand l'auteur c'est la couv' et que son nom est plus grand que le titre ce n'est jamais très bon signe

Rasoir facile

Son seul patronyme suffit à assurer un jackpot littéraire, alors pourquoi se priver de critique ?

Il n’eût pas été très fair play de la part du Virilo de descendre le mainstream pour la seule raison qu’il l’est, mainstream. Doit-on cracher sur Léonoard de Vinci parce que la Joconde a le malheur d’être le tableau le plus connu au monde? Que nenni.

Non,  le Virilo ne s’arrête pas à de si triviales considérations. Le Nothomb a donc été lu. En une vingtaine de minutes, debout dans le rayon librairie d’un grand magasin dont nous tairons le nom, l’épaule sciée par un sac trop lourd et le dos criblé du regard soupçonneux d’un vendeur zélé.

Facile. Il a l’air facile pour Amélie de créer des atmosphères peuplées de personnages souvent tordus, parfois attachants, généralement très lisibles. Elle s’attelle ici au monde du jeu, de la magie, des artistes qui vont se dissoudre dans l’acide du festival de Burning Man, d’un jeune prodige des cartes, Joe, recueilli par un couple de ces artistes. L’homme, Norman, devient son mentor, son père; elle, Christina, sa mère, et son grand amour. Amoureux de cette nouvelle mère, orgueilleux quant à son talent, il trahit ce père qu’il s’est choisi. Il s’enfuit et vole de ses propres ailes, frôlant le danger dans l’univers du poker. Mais ce père adoptif choisit alors son fils contre sa vie, et le suit comme une ombre, attentif, abandonnant femme et vie d’avant.

Facile. C’est un goût de trop peu qui nous reste une fois ce livre refermé. Amélie Nothomb ne fait qu’effleurer un univers que l’on aurait aimé vraiment voir développé, travaillé, ciselé en une fresque plus profonde. Au lieu de quoi, ce roman ne ressemble finalement qu’à une synthèse bien faite, au quatrième de couverture un peu long d’une histoire qui eut mérité un vrai investissement. Comme si elle n’avait fait que produire le strict minimum destiné à satisfaire son éditeur, ses lecteurs, et son mythique rythme d’écriture annuel. Amélie pêche donc ici par le trop peu, et non pas par une histoire bancale ou mal écrite. L’idée y était, la facilité l’a emporté.

Facile. Il est facile pour Amélie Nothomb de s’arrêter à ce qui ressemble donc à une nouvelle, car son livre sera quoi qu’il arrive acheté, aimé, et encensé.

Tout comme Joe, son personnage principal, elle manie les cartes comme un vrai joueur professionnel: en trichant.

Un seul regret destiné aux fidèles adorateurs de mademoiselle Nothomb. S’il était paru deux mois plus tôt, il aurait constitué un agréable divertissement de transat.

Une forme de vie, d’Amélie Nothomb

24 sept

Albin Michel

Lu par F.S

Peut-être y a-t-il vraiment des lecteurs pour apprécier Amélie Nothomb ? Ou peut-être que la supercherie va s’arrêter un jour ?

Pourtant, si l’on en croit cet auteur (trop) prolifique, il se trouve au moins un « fan ». Outre-Atlantique. GI de sa personne. Et obèse. Pas question ici de souligner ce fait si ce n’est pour dire qu’il a un rôle crucial dans ce roman. Ce fan américain obèse contacte la pisse-copie pour lui faire part de ces états d’âme, lui qui est coincé à Bagdad par la guerre en Irak. S’en suit une correspondance pesante et indigeste que l’on pourrait résumer, en gros, comme un mélange entre une réflexion sur la société de consommation et la guerre, la rêverie mélodramatique surfaite et une sorte de méditation ficelée comme un mauvais rôti. Pour faire couler le tout, Amélie Nothomb a eu la riche idée d’y ajouter une grosse couche de mégalomanie. Nous allons arrêter cette critique ici, je me sens un peu barbouillé.

Ma philosophie… d’un boudoir à l’autre, de Nadine de Rothschild

2 fév

Albin Michel

Lu par Xavier P.

Nadine de Rothschild, avouez que ça pèterait le jour du verdict du prix Trop Virilo. Tout moustachu esthète qui se respecte jamais ne refuserait de pèter dans la soie, et si possibilité il y a de s’y adonner gaiement avec l’ambassadrice autoproclamée du savoir-vivre, aucune raison de s’en empêcher. Mais pour que la baronne puisse prétendre à son postiche, encore faut-il que sa plume soit conquérante. Or, a priori, peu de chance d’être élu avec ses « carnets », tout « intimes » soient-ils, tant l’empilement de phrases pseudo philosophiques ressemble à une porte dérobée pour aller faire le tour des plateaux télés plutôt qu’une fenêtre apportant à l’édifice littéraire de 2010.

Si ce n’était le titre d’ailleurs, on aurait probablement passé chemin. « Ma philosophie… d’un boudoir à l’autre » outre l’évocation sadienne, nous met en posture d’imaginer Nadine se faire fesser à sec une coupe de champagne dans la main droite. Pages tournons ; mots lisons. Et d’abord cette préface où la baronne donne au jury du Virilo, à un mot près, son slogan pour 2010 : « Il faut garder l’œil (la moustache) qui frise si l’on veut faire un beau parcours et surmonter toutes les embûches qui se présentent sur la route ».

On apprend aussi dans cette préface que Nadine entend faire oeuvre de philosophie, une prétention qui plait bien.

Car c’est en théoricienne du couple que Nadine de Rothschild publie ces carnets. Un couple qui serait bien  moderne s’il était l’idéal du siècle dernier. Il faut pourtant remonter à 1870 pour reconnaître en sa vision de l’amour une actualité et un discours autorisé. Ci-dessous un florilège de citations que ne renierait pas le plus Viril des hommes. Tantôt légère, quand « en amour on ne paye pas l’addition avant d’avoir été servi », souvent coquine puisqu’il « faut toujours laisser la cage ouverte pour que l’oiseau puisse revenir », et parfois « Bisiouesque » (du nom de notre lauréat Trop Virilo 2008 avec le roman « Enculée ») quand elle nous conjure de « ne jamais dire « sûrement pas », mais « pourquoi pas ? ». » Car « tout homme, même fidèle, est esclave de ses hormones ». D’où le fait que « pour arriver au but, j’ai du prendre quelques sens interdits ».

On aime cette philosophie féminine qui clame qu’ « aimer, c’est renoncer à dominer », et nombre d’hommes jury Virilo se sont rassurés d’apprendre que « coucher avec un homme laid mais intelligent est la jouissance suprême ». Car chacun au Virilo acquiesce qu’un « homme sans esprit, c’est comme une femme sans poitrine ».

Mais trop souvent, Nadine va trop loin. On refuse cette idée que, « en entrant dans les bureaux, les femmes sont sorties des chambres à coucher ».

Son humour la sauve, cependant. Ne parlons pas ici de son humour à l’argent. Mais proclamer parmi les grands de ce monde « mon opéra préféré ? La pute enchantée », c’est classe.

Ce qui résume les carnets de la baronne, en fin de compte, est cette citation page 44 : « Etre féministre ou féminine, il faut choisir ». Autant, par son existence, le Prix Virilo s’est opposé au féminisme radical du Fémina, son pendant sans poil, autant Nadine de Rothschild se montre Trop Virilo par sa vision de la féminité. Et aurait pu s’appliquer à elle-même cet adage qu’il faudrait asexuer : « Mesdames, ne parlez pas si rien ne vous y oblige ».

Comme le fantôme d’un jazzman dans la station Mir en déroute, de Maurice G. Dantec

12 oct

Albin Michel

Lu par Thomas

La cavale d’un couple atteint par une étrange neuro-virus qui connecte leur cerveau à la station Mir et au jazzman Albert Ayler. Dantec nous livre ici un roman totalement hallucinatoire et halluciné. Véritable road-trip imaginaire dans un pays ultra-policé, le récit de cette cavale souffre d’un manque de structure ancrée dans le réel. Les connexions entre Mir et Ayler sont difficilement mises en avant. L’écrivain semble aussi atteint par ce virus de la « défonce » et quelques incohérences ne facilitent pas la compréhension de l’œuvre. A réserver au public averti à la SF à la française et amateur d’improvisation stylistique.

Le passage du col, d’Alain Nadaud

10 oct

Albin Michel

Lu par François H-L

Sur une trame en apparence banale, la fugue d’un écrivain occidental et son  installation dans un monastère bouddhiste au Tibet, Alain Nadaud propose un roman tout en nuances. Si l’œuvre, servie par une écriture sensible et extrêmement maîtrisée, reste un très bon roman d’aventures avec ce que cela évoque en termes de rebondissements et de dépaysement par la découverte d’une culture différente, elle est aussi un hommage vibrant à l’écriture. Des séquences oniriques nées de la vie monacale et des hautes altitudes décrivent en effet les vies antérieures du narrateur et expliquent ses divers choix littéraires. N’est-il alors que des vocations en la matière ? Rien n’est simple car l’auteur joue brillamment avec les motifs, les genres et les niveaux fictionnels (fiction, autofiction, autobiographie ? réalité ou fantasme ?) On s’étonne et se délecte de cette imbrication de registres narratifs. Entre roman d’aventures, trompe-l’œil et quête identitaire, Alain Nadaud compose un ouvrage excellent résolument singulier.

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Lu par Bertrand

Un écrivain s’ennuie chez lui, doute de ses capacités, de la vanité de son oeuvre. Quoi de mieux qu’un voyage au Tibet pour se retrouver ? Embarqués sur les sentiers himalayens, nous partageons les longues marches de l’écrivain derrière ses guides. Et nous aussi, on a du mal à supporter le rythme, on manque d’oxygène. Accueilli dans un monastère tibétain durant de longs mois, notre écrivain-reporter découvre la dure réalité de la vie monacale rendue plus difficile encore par l’oppression chinoise. En s’adonnant à la méditation et à la sieste, le narrateur trouve les réponses qu’il était venu chercher et pourra, de retour à Paris, établir sa généalogie d’écrivain sur un arbre de la connaissance. Un écrivain qui se regarde écrire et qui nous écrit des pages sur sa vanité assumée. Et si c’était vrai ?

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