Archives de Tag: actes sud

Kosaburo 1945, de Nicole Roland

17 sept

Actes Sud

Lu par François

Un livre kamikaze qui aurait mieux fait seppuku ?

Rasoir

Par pitié, passez votre chemin, VITE. Pardon mais les romans japonais maltraités on aimerait que ça s’arrête, merci. Le côté “je m’inspire d’une culture minimaliste (mais qui a dit que le Japon avait une culture minimaliste, au fait?) pour cacher que je n’ai aucun don littéraire” ça suffit, par pitié. Ce roman est mauvais : c’est cliché, c’est bien triste…

On suit dans cet ouvrage une jeune Japonaise qui se travestit pour devenir kamikaze à la place de son frère. Aux côtés de son amour d’enfance, notre chevalier d’Eon nippon prépare son grand départ… Ouh là là suspense…

Malheureusement, aucune des thématiques traitées (genre, famille, mort) ne dépasse le niveau d’un épisode d’une série AB productions… Que de platitudes… Qu’a vraiment voulu prouver Nicole Roland ? Qu’un auteur aussi pouvait être kamikaze ? Et pourtant c’est belge. On pouvait donc s’attendre à mieux.

Une seconde lecture de ce livre (par ailleurs encensé) à venir.

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, de Mathias Enard

20 oct

Actes Sud

Lu par Philippe

Sur une base historique solide, Enard nous conte la rencontre entre Michel-Ange et l’Orient, et se paie au passage un des plus joli titre de la rentrée.

Ave Zone, l’auteur nous proposait un livre qui se passait dans un train, mais absolument illisible sur un trajet « Saint-Etienne Chateaucreux – Paris Gare de Lyon ».

Avec « Parle-leur… », la tendance est bouleversée : ce livre se lit très bien sur le trajet « Lille-Europe – Marseille Saint-Charles ». C’est dépaysant, érudit sans perdre le lecteur, sans autre ambition que de bien raconter. C’est bien. Sans plus, sans moins.

Au plutôt si, un moins :

« Un Homme sans moustache, c’est comme une maison sans balcon » Proverbe turc.

Tant de janissaires et de fiers ottomans imposaient une ou deux descriptions folkloriques.

Je vous le donne en mille : pas une ligne, rien. Ce n’est plus une faute de goût à ce niveau là, c’est une vraie lacune historique.

Nous attendrons qu’il sorte en poche pour vérifier la correction.

Re-lu par Claire

À la naissance du XVIe siècle, le sultan de Constantinople appelle Michel-Ange à son service pour le charger de la conception d’un pont destiné à traverser le Bosphore. Michel-Ange, alors miséreux et en froid avec le Pape qui lui doit une commande, part vers l’inconnu, son orgueil ne pouvant s’empêcher de répondre au défi : il réussira là où le grand Léonard de Vinci lui-même a échoué.

Mathieu Enard met en scène un Michel-Ange méconnu du grand public, alors au tout début de sa carrière. Déjà connu par ses contemporains, l’artiste est sauvage, solitaire, difficile, et met du temps à oser prendre le pouls de cette Constantinople si différente. Il lie des liens dont il n’a pas l’habitude : Mesihi, le grand poète, un marchand mystérieux, il s’enivre du souvenir d’une jeune chanteuse qui a le pouvoir de le troubler, lui l’homme de marbre. Il finira par fuir, les dessins commandés achevés, victime des conspirations politiques de ces temps compliqués. Homme à l’égo trop important, tout entier impliqué dans un processus créatif intense, il est impuissant face aux rouages des grands de son temps.

Le récit imagé et coloré de Mathieu Enard est agréablement rythmé par des phrases et des chapitres courts. Ses formulations poétiques, ses descriptions des sons et des couleurs, des rapports humains, des non dits, de l’ambiance tout à la fois feutrée et exubérante de la cour de Constantinople, étoffe ce court roman d’une texture sensuelle et envoûtante. La psychologie de Michel-Ange et l’analyse de ses réactions est bien menée, crédible, et passionnante pour nous qui avons été bercé par l’œuvre de l’artiste, même si « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » reste une fiction.

Le format, le thème choisi d’un épisode précis de la vie de Michel-Ange, mais aussi la structure séquencée de ce livre, en font une nouvelle sensible que l’on aimerait recommander à tous ceux curieux de la vie passée des grands artistes qui participent de notre culture européenne. Il permet en outre de s’intéresser à un contexte historique complexe de manière littéraire.

Mais aussi lu par Marine. 

C’est bon, c’est délicat, c’est soyeux, c’est appétissant, ça se mange et se boit bien. Et le lendemain, on n’est pas balloné ni n’a-t-on de gueule de bois, car c’est très digeste. Un bon vin d’apéro, en somme.

Les effondrés, de Matthieu Larnaudie

6 sept

Actes Sud

Lu par Stéphane

« La politique dans une oeuvre littéraire, c’est un coup de pistolet au milieu d’ un concert ». Ceux d’accord avec Stendhal auront certainement beaucoup de mal à apprécier le dernier roman de Mathieu Larnaudie. Dommage, car cette œuvre ne manque ni de style, ni d’intelligence, ni d’originalité. Chaque chapitre dresse, en une poignée de phrases immenses (et pourtant lisibles !), le portrait de personnages réels ou fictifs qui incarnent les ex-puissants de notre monde, déchus par la récente crise financière. Les descriptions sont subtiles, l’analyse des rôles et responsabilités des différents protagonistes est fine, le propos général – l’effondrement d’un monde et de la logique qui le sous-tend – est incisif.

Mais voilà, restent la désagréable sensation de lire une œuvre aux partis pris idéologiques et le sentiment, malgré le talent de l’auteur, que ce type de critique systémique a plus sa place dans un essai que dans un roman. Comme quoi Stendhal, il disait peut-être pas que des conneries…

Loin des bras, Metin Arditi

19 oct

Actes Sud

Lu par François H-L

Dans un pensionnat suisse de la fin des années 1950 accueillant les rejetons mâles de l’élite de  ce monde, Metin Arditi nous présente une dizaine de personnages et nous les fait suivre au fil de ce superbe roman marqué par une écriture sensible et par une grande élégance narrative. Tous ces personnages, en fait le corps professoral de cet établissement de luxe,  sont, d’une manière ou d’une autre, des âmes brisées. La description brillante de leurs parcours, de leurs solitudes et de leurs interactions permet de révéler leurs drames et traumatismes. Certains se relèvent quand d’autres s’enfoncent.

Le style est toujours dense, enlevé et pourtant extrêmement posé et discret. On est surtout frappé par la maîtrise psychologique dont fait preuve l’auteur ; Les caractères sont en effet analysés dans toutes leurs contradictions ; obsessions, brutalités, aigreurs, jalousies, mais aussi courage et noblesse parfois, pourtant toujours s’impose la pudeur d’une écriture tout en nuances et d’un style humble et doux. Tout ce qu’on demande à un roman est présent, fantaisie et audaces de la fiction, universalité des faiblesses humaines, dépaysement temporel et spatial, Vraisemblablement un des meilleurs romans lus cette année.

Lu par… Marine

Bienvenu dans un univers littéraire où la part belle est faite aux petits tourments et vices d’une chorale de personnages hauts en couleur ! En courts chapitres enlevés, au rythme cadencé et maîtrisé, nous nous repaissons des introspections minables ou plus profondes du corps professoral d’une pension pour enfants de riches mamans ou papas qui ne peuvent encombrer leurs vies si importantes de ces rejetons encore imprésentables en société. D’où le titre. Cependant, si ces enfants apportent un continuum au livre, ce ne sont pas eux les véritables sujets du livre, mais bien leurs directrice et profs, tous sur la sellette avec la menace de la vente de la pension huppée à un groupe américain ressemblant étrangement à nos fonds d’investissement actuels. Personne n’est blanc, la plupart même présente des caractéristiques largement réprouvées par nos sociétés (le jeu, la pédophilie, l’homosexualité, l’inceste, l’anorexie, l’antisémitisme, etc.). Un peu too much pour être crédible ? On n’en a cure, car ce roman pourrait tout aussi bien être une pièce de théâtre déjantée. Peut-être même aurait-il gagné à exagérer le ridicule de certaines situations pour gagner en amplitude. Mais peut-être cette retenue, malgré tout, est-elle la raison qui explique l’engouement pour ce livre. Qui sait.

Yanvalou pour Charlie, de Lyonel Trouillot

10 oct

Actes Sud

Lu par François H-L

Peut-on réellement s’échapper du monde duquel on vient ? C’est, entre autres, à cette question que tente de répondre Lyonel Trouillot dans un excellent roman. Avocat haïtien trentenaire, le héros de ce livre s’est efforcé de mettre le plus de distance possible entre lui et le village rural dont il est originaire. Fier de son parcours il goûte une existence à laquelle le destin ne le prédestinait pas jusqu’au jour où surgit un jeune garçon nommé Charlie qui le force à se confronter à ses origines.

L’auteur, grâce à une écriture dense, alerte et marquée par une sorte d’urgence et via la confrontation de deux univers qui tentent de s’oublier l’un l’autre, décrit avec intelligence et sensibilité une société haïtienne encore scandée par les inégalités et marquée par des tensions sociales extrêmement vives mais « jugulées ». La construction des personnages est fine et leur psychologie est abordée avec autant de pertinence que de pudeur. En résumé, un ouvrage d’un très bonne facture, qu’on ne saurait que recommander.

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Lu par Paul

Lyonel Trouillot étonne tant par la structure de son roman que par le caractère inventif de sa langue. Les différents éclairages projetés sur un même récit lui confèrent une profondeur presque cinématographique, mais c’est aussi une manière détournée de présenter au lecteur les différentes facettes de la société haïtienne contemporaine.

Derrière les péripéties d’un jeune avocat haïtien se dessinent avec subtilité les étapes d’un voyage intérieur, et c’est finalement d’une vibrante histoire d’amour entre un homme et ses racines dont nous parle Yanvalou pour Charlie. Un très beau roman.

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Lu par Marine 

C’est le coup de cœur (avec une main sur cet organe vital) de mon libraire et de certains de mes collègues. Et, certes, il est plutôt plaisant : l’histoire est prenante, les réflexions sous-jacentes sur la société haïtienne et ses déboires sonnent justes, l’écriture enfin est réjouissante malgré quelques tics de langage parfois agaçants. Et surtout, surtout, la fin tombe pile poil bien. J’aime assez, quoi, mais sans être totalement subjuguée, et ce pour mon plus grand malheur. Oui, grand malheur, car je ne sais pas pourquoi (et j’aime savoir pourquoi). Des idées ?

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Lu par Thomas

Haïti. Mathurin D. Saint-Fort est un jeune, beau et talentueux avocat de Port-au-Prince. Mais à l’arrivée de Charlie, un adolescent crasseux issu des mauvais quartiers et venu chercher de l’aide dans sa détresse, le masque élaboré par Mathurin tombe immédiatement. Dès les premiers mots de Charlie, l’avocat sait que plus rien ne sera comme avant. C’est le retour brutal dans la vraie vie.

L’excellente surprise de la rentrée. Un ouvrage littéraire qui étonne par sa volonté stylistique. Deux histoires racontées par deux personnages qui évoluent dans des milieux différents, mais finalement si proches. Et là est la prouesse de l’écrivain : arriver avec le même vocabulaire à faire entrevoir deux choix de vie paradoxalement différents. Un livre très agréable à parcourir et plein d’enseignements.

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Lu par Bertrand

Voilà plusieurs mois que les membres du viril comité et les vitrines de libraires me rappelaient à l’ordre et me « conseillaient » (les libraires) ou « m’intimaient » sous peine d’épilation à la cire  (les barbares) de lire  Yanvalou pour Charlie. C’est chose faite et il eut été ridicule de perdre sa moustache pour ça.

Trouillot a un réel talent pour nous mettre en situation et pour implanter ses personnages. Haïti prend vie, le désordre de Port-au-Prince comme le calme et la misère des campagnes. Les voix des principaux personnages ne sont pas égales, certaines me paraissant plus crédibles et mieux construites que d’autres. Quant au point de vue de Nathanaël, omniscient, c’est carrément agaçant et artificiel (omnichiant ?) .

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