Les finalistes 2013

28 oct

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La rentrée littéraire, c’est un peu comme le Beaujolais Nouveau : on nous dit qu’il est bon chaque année. Et puis certains millésimes, on nous rajoute avec l’air gourmand « il a un petit goût de banane ». Pourtant, ce n’est pas très bon, le vin avec un goût de banane. Hélas, nous sommes dans une de ces années-là : une rentrée littéraire particulièrement faible, sans autre originalité que ce désagréable arrière-goût de banane. De nèfle aussi.

Si vous n’êtes pas ici pour la beauté de nos comparaisons oenologico-gustativo-littéraires, c’est certainement que vous cherchez notre liste des finalistes :

FINALISTES PRIX VIRILO 2013

- Faillir être flingué, de Céline Minard (Rivages)

La Montée des cendres, de Pierre Patrolin (P.O.L)

Le Quatrième Mur, de Sorj Chalandon (Grasset)

- Au Revoir là-haut, de Pierre Lemaitre (Albin Michel)

- L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, de Romain Puértolas (Le Dilettante)

- Kinderzimmer, de Valentine Goby (Actes Sud)

FINALISTES TROP VIRILO 2013

Le Monde par les couilles, de Gilles Moreton (Elytis Editions) –  Pour le titre, objectivement.

Délivrez-nous du corps, de Dominique Simonnet (Plon)

Je suis un homme, de Marie Nimier (Gallimard) – Parce que l’on pense que Marie Nimier a écrit ce livre dans l’unique but de gagner le Prix Trop Virilo

Les Erections américaines, d’Amanda Sthers (Flammarion) – Un livre qui se positionne aussi comme finaliste du Prix Pilon 2013, le livre le plus inutile de la rentrée littéraire, battage médiatique compris.

La Tête ailleurs, de Nicolas Bedos (Robert Laffont)

- La Récréation, de Frédéric Mitterrand (Robert Laffont)

Rendez-vous le 6 novembre pour un vote en homme… et conscience.

La première pierre, de Pierre Jourde

26 oct
La première pierre

Après avoir reçu le prix Virilo 2012, Pierre Jourde a maintenant sa photo sur les bandeaux !

Jeu de moustache

La première moustache

Gallimard / NRF

Lu par Gaël

Ce livre avait tout pour plaire au jury : un auteur que nous aimons (on sent d’ailleurs qu’être récipiendaire du prix Virilo 2012 a nettement augmenté son statut d’auteur bankable, il a désormais sa photo sur les bandeaux), l’information lâchée en passant que, des fois, il part en vacances avec Eric Chevillard, et un titre propice à tous les calembours père-noël-est-une-orduresque. Insigne signe d’ouverture d’esprit : il m’a plu pour d’autres raisons.

Je vous jette la pierre, Pierre

En 2004, Pierre Jourde publie Pays perdu. Chronique, inspirée par la mort d’une jeune enfant, du village où il a ses racines, où il a passé une grande part de sa vie, notamment en vacances, et dont il connaît à la fois les légendes, habitudes et habitants. Le livre est très diversement accueilli par lesdits habitants, qui y voient pour certains bien autre chose que l’hommage, sans fard mais ému, que l’auteur entendait réaliser ; ils ne supportent notamment pas que certains secrets de famille y soient révélés, certains traits ridicules dévoilés, et surtout ce qu’ils interprètent comme un regard méprisant sur ce pays « perdu », qu’ils interprètent – en bons paysans imprégnés de modernité capitaliste – comme pays de perdants. Quand, en 2005, Pierre Jourde et sa famille reviennent passer quelques jours sur place, l’accueil est beaucoup plus froid qu’il s’y attend. Ou beaucoup plus chaud, c’est selon. En tout cas, ça se passe très mal : coups, jets de pierre (oui, c’est ça le titre, pas un jeu de mots débile sur le prénom de l’auteur !) sur sa voiture et ses enfants, qui se font en plus insulter au motif que leur peau est sombre. L’auteur lui-même est victime de calomnies quant à la réalité de ses origines génétiques. La famille doit quitter le village à peine arrivée. Le livre raconte ça, le procès qui s’en est suivi, et ce que tout cela a inspiré à Pierre (qui s’est donc fait jeter la pierre).

Inéligible pour un deuxième Virilo !

Depuis, Pierre Jourde est retourné au village incognito

Tentative provocante de Pierre Jourde pour retourner au village incognito

Malheureusement, ce n’est pas un roman. Il ne recevra donc pas le prix Virilo une nouvelle fois. Pour autant, c’est vraiment de la littérature. L’exigence à cet égard de Jourde est partout : dans la précision des mots, le rythme où rien n’est laissé au hasard, et partant la précision, la densité et l’ambivalence de tout ce qui est relaté ici. C’est un peu man vs journalism : un effort constant pour expliquer comment et pourquoi cette histoire est compliquée, dit beaucoup de choses, pourquoi seule la littérature peut s’y attaquer, et pourquoi ces faits simples méritent qu’elle le fasse. Presque tout est captivant et d’une grande richesse, un seul passage résume à mon sens le livre : le récit du procès, et le récit des récits du procès. Lutte éternelle des bardes contre les chroniqueurs, et ici, victoire du barde. Les journalistes, descendus à Clermont-Ferrand, ont leur récit en tête avant d’arriver : l’intello de la capitale écrase les bouseux sous le poids de ses mots. Ceux-ci se vengent avec le choc de leurs corps. Sauf que, nous dit Jourde, c’est tout le contraire : les mots de la littérature sont bien peu de choses face à la violence que le verbe charrie sur les hauts plateaux de l’Auvergne, où les joutes oratoires se prolongent pendant des mois, les mots maniés comme à la place des armes qu’on ne peut pas sortir dans une si petite communauté. Quant à la violence, c’est bien lui, Pierre Jourde, boxeur amateur, qui y a le plus recouru, manquant de faire perdre un œil à un retraité.

Le journaliste, pourtant souvent moustachu, se trompe parfois

Le journaliste, pourtant souvent moustachu, se trompe parfois

Ce n’est pas le goût du paradoxe qui se déploie ici, seulement la lucidité, la finesse d’un esprit qui sait penser, et écrire ; y compris sur les choses en apparence les plus triviales, qui sont pourtant celles qui agitent le plus profondément les cœurs des hommes.

Une vie pornographique, de Mathieu Lindon

25 oct

Editions P.O.L

Lu par Alexandre

Poudre rasoir

Poudre rasoir

Comment justifier le choix de ce titre ?

Serait-ce dans l’espoir un peu fou de taper dans l’œil d’un de nos jurés, et pourquoi pas,  boum, se voir décerner un trop Virilo sur un malentendu ? Loupé.

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Remboursez! Remboursez!


Le mash-up Trainspotting/ Santa Barbara

Perrin est universitaire, héroïnomane et cocaïnomane. Prof de lettres d’ailleurs, mais on s’en fout.

Perrin aime Benassir, Lucien aussi, et puis tiens, Kei le japonais. Le problème de Perrin, c’est que l’héroïne le rend impuissant. La situation est d’ailleurs assez brillamment résumée par cette maxime acrobatique : «Entre poudre et cul, tu as la bite entre deux chaises». 

Perrin, ça l’énerve un peu tout ça, alors du coup, il s’inscrit dans une salle de sport pour arrêter la drogue.

Ce titre, c’est de la poudre aux yeux

En sus de leurs titres interdits aux mineurs, l’oubliable Pornographia  de Jean Baptise del Amo, et Une vie pornographique ont pour points communs d’être nuls et de causer (un peu) d’amours gays.

Qu’on ne se méprenne pas : si la vie du protagoniste est «pornographique» ce n’est pas tellement à cause de sa pratique bestiale du love mais plutôt en raison de l’usage obscène qu’il fait de la drogue. Lecteurs-voyeurs, passez votre chemin, ce titre ce n’est donc que poudre aux yeux.

L’héroïne : une protagoniste  comme les autres ?

Mettre la drogue au centre du roman n’est pas en soi  une mauvaise idée, surtout quand elle s’appelle "héroïne". Mathieu Lindon arrive même assez bien à nous faire sentir le mal de vivre méconnu du toxicomane bourgeois. Bonus : On sortira légèrement plus instruit de cette lecture, youpi, apprenant par exemple qu’on peut aussi bien sniffer que s’injecter l’héroïne.

Au delà de ça, il n’y a rien malheureusement rien à sauver. Le roman consiste en une  répétition sur 250 pages du scénario manque-dealer-drogue-drague-manque, sans que cela soit véritablement bien écrit, ni même drôle… Les rares blagues qui viennent égayer la monotonie du récit semblent directement piochées dans l’almanach Vermot des toxicos :

« – Tu as maigri dit Perrin

- Pourtant, j’ai pris quelques grammes, dit Lusiau en reniflant significativement»

Un conseil : si vous aussi, vous aimez vous faire de belles lignes, évitez celles de Mathieu Lindon.

Juré cherchant au flair les bons passages du livre

Juré cherchant au flair les bons passages du livre

Pornographia, de Jean-Baptiste Del Amo

24 oct
Violence glabre

Chauve comme un oeuf

Editions Gallimard,

Lu par Alys

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Une seule moustache. Tous les gay-fans de Tom Selleck pleurent.

Ca commence par une errance. Une errance dans une ville tropicale, un peu hallucinée, à la manière de Rhum Express, de Hunter Thompson (le livre hein, pas le film). Ca commence plutôt bien donc, et puis, à la page 3, tout bascule. Le narrateur rencontre un jeune lutteur sur la plage, le paye, et nous gratifie d’une description de leurs ébats assez précise  et plutôt sale. En lecteur consciencieux, on patiente, on attend la suite des errances. Et malheureusement le roman se résume à un enchainement de scènes pornographiques gay, crues, voire très crues, à vous faire regretter la Princesse de Clèves. Ne nous trompons pas, nous aimons ça, le cul, mais lorsqu’il a un intérêt littéraire, ce qui n’est pas le cas ici. A livre nul, critique courte, car comme on le dit en Provence, "beau chemin n’est jamais long".

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Gonzo-aphia, en fait

Les érections américaines, d’Amanda Sthers

23 oct
Une moustache de trop

Impuissance glabre

Flammarion

Lu par Philippe

Ce livre est inutile. Voilà. J’ai perdu une heure de ma vie. C’est une merde.

Comme j’ai envie de rajouter des images rigolotes à cette critique, je vais vous expliquer pourquoi, mais fissa, hein, on a tous autre chose à faire.

"Parfois, un pistolet n'est qu'un pistolet"

"Parfois, un pistolet n’est qu’un pistolet"

Ça pue la commande bâclée

Passons sur les erreurs factuelles, les coquilles et les approximations. Ce livre, qui se veut être une plongée dans la tête du tueur de la fusillade de Newtown, est soit mal écrit, soit trop écrit, avec des images qui sonnent parfois juste sur le papier, mais mal dans la phrase, le paragraphe, et finalement tout le bouquin. Combien de pages vides et consternantes de prétention… Ça pue le livre de commande bâclé, parti sans conviction d’une idée de titre qu’elle a du trouver "rigolote".

Ça pue le prix Pilon…

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Le Frisbee, c’est le rond, le féminin, l’ovule. Ce lanceur a donc un rapport trouble avec les femmes, qu’il doit rejeter. Amanda conclue qu’il est pédé.

D’ailleurs, assez vite, Amanda est fatiguée par son sujet et se met à parler d’elle. L’écrivain-enquêteur se la joue plus capote que Truman et mâtine ses réflexions de considérations sur sa petite personne qui est trop une déglingos, en fait. "Mes lecteurs seront un peu choqués de savoir que derrière mon image proprette … et Bla blabla". Non, on s’en fout, Amanda, il nous en faut plus pour nous choquer.

Le supplice ne s’arrête pas là : elle alterne discours de sciences pipo sans fondement sur les causes du massacre, généralisation lourdingue sur la société américaine, psychanalyse de comptoir éculée, et quant-à-soi. Elle nous prend vraiment pour des quiches, cette publication est une insulte au lecteur. Ce qui donne en substance (d’où le titre)  :

Le livre en un paragraphe

"Il a tiré parce qu’il était frustré sexuellement, comme toute la société américaine qui est un peu névrosée, entre performance et puritanisme, enfin j’crois. Mais siiii ! Tu sais, le pistolet c’est un symbole du sexe, nan? Tu tires, tu vois, c’est clair quand même, "tu tires"…  Ensuite, bon d’accord, oui, il y a la violence et les jeux vidéos, ça c’est sûr ça aide pas, les jeux vidéos. Mais je suis pas certaine que c’est le fond du problème. Et je te dis ça de mon point de vue, parce que je suis pas genre in-fail-lible, tu vois, moi, du fait de ma propre histoire personnelle, bon là j’ai souffert avec ce livre, mais je me vois plutôt comme un écrivain du sentiment et donc en fait…."

Surfer sur la vague de Fukushima, c'était pas une bonne idée.

Comme ce livre est pourri, je préfère encore mettre une dame qui surfe. On remarquera le coordonné de rose.

Ça y est, vous avez lu le livre et encore, c’est mieux écrit comme ça.

Un excellent candidat pour le prix Pilon 2013.

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Au revoir là-haut, Pierre Lemaître

22 oct
Sociologie du poil et pilosité chômeuse

Moustache de poilu, tout simplement

Éditions Albin Michel

Lu par Lina
 Avec une variation sur la Grande guerre, Pierre Lemaître est un peu en avance sur son temps : d’une année tout au plus. Le prix Virilo a appris à connaître la lourdeur des éditeurs, et vous parie sa moustache qu’il y aura pour la rentrée 2014 une déferlante d’ouvrages sur la Guerre de 14.cvt_Au-revoir-la-haut_9324

En attendant le tir de barrage, le jury peine a se montrer drolatique devant la qualité de l’ouvrage de monsieur Lemaitre.

L’histoire s’amorce lors des dernières batailles de 1918. L’armistice est proche, et pourtant chaque mètre gagné sur l’adversaire reste une petite victoire. Pierre Lemaitre dépeint, une fois Rethondes passée, cette société d’après-guerre où l’on souhaite à la fois récompenser les héros de guerre et oublier bien vite leurs gueules cassées. Le cynisme vainqueur par KO.

Un casting de gueules cassées

 

Le héros, Albert Maillard, n’a rien d’une croix de guerre. Il est gentil mais maladroit, ultra-émotif et quelque peu froussard. D’ailleurs, il a failli y rester sur le champ de bataille.
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Au moins en 14-18, y avaient des poilus, comme le jury les aime !

Édouard Péricourt, fils de grande famille, génie du dessin, y a laissé lui la moitié de son visage.

Pradelle, le beau gosse arriviste, qui par de cruelles manipulations se fait passer pour un héros de guerre, compte bien utiliser cette notoriété pour gagner sa fortune. Chacun à leur manière, les personnages vont contribuer à mettre en œuvre les plus grandes arnaques de l’après-guerre.

Extrait, attention aux jeux de maux :

« Avant-guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvaient banale vue de face, mais très jolie vue de dot "

Au-delà de la description sensible d’une époque, le rythme du récit, le suspens, l’humour et la dérision de l’écriture, la force de l’émotion et la justesse des sentiments portent le lecteur jusqu’à la dernière page.

Bref, un roman, un vrai, qui rappelle aux autres prétendants du Virilo toute l’exigence d’un livre qui se place dans une bonne bibliothèque a bacchantes.

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Les soldats de 14-18 c’étaient vraiment des supers héros !

La nuit en vérité, de Véronique Olmi

22 oct
Poil pubien adolescent

Poil pubien adolescent

Éditions Albin Michel

Lu par Claire

Pitch déroutant, livre étonnant

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C’est celui qui l’a dit qui l’est

Enzo, douze ans et beaucoup plus de kilos, vit avec sa mère Liouba dans un immense appartement parisien bourré d’oeuvres d’art. Seulement voilà : Liouba est femme à tout faire au black pour le compte de patrons toujours absents, et vit avec son fils dans une petite pièce de la demeure. Les dits patrons, dans leur grande magnanimité, ont permis à Enzo d’être inscrit dans le collège huppé du quartier : une chance qui a fait son malheur. Trop gros, trop pauvre, trop solitaire, Enzo déchaîne les mesquineries adolescentes. Pour ne pas peiner sa mère suffisamment pitoyable, jeune-vieille "encore dans ses vingt (ans)" ; Enzo souffre en silence et engloutit des montagnes de nourriture pour calmer son angoisse affolante. Happé dans un quotidien de plus en plus mortifère, il s’échappe dans des rêveries historiques et fantastiques. Enzo Popov, quelle idée, aussi, d’avoir un nom pareil…

La finesse d’une écriture poids lourd

nuitLe coup de maître de Véronique Olmi consiste à aborder des sujets douloureux sans apitoiement, tout en usant d’un style poétique et d’un art consommé de la retenue dans l’émotion, dont l’association produit bien plus de densité et de véracité que ne le ferait un réalisme forcené. Etrangement, le lecteur creuse son trou auprès de Liouba et d’Enzo, séduit par la maturité du garçon et la fragilité de la mère, pressé de savoir jusqu’où cette spirale du ras-de-bol emmènera ce couple singulier, emporté par la magie inattendue qui imprègne le récit. Car ce qui sauve la mère comme le fils, c’est ce désir latent de liberté et d’échappée hors des conventions et des obligations, deux concepts dont ils souffrent déjà dignement.

Ce roman peut encore paraître, ainsi caché par ce résumé, rempli de bien-pensance et de fioritures. Parions que vous serez surpris les premiers de votre propre intérêt.

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