Pornographia, de Jean-Baptiste Del Amo

24 oct
Violence glabre

Chauve comme un oeuf

Editions Gallimard,

Lu par Alys

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Une seule moustache. Tous les gay-fans de Tom Selleck pleurent.

Ca commence par une errance. Une errance dans une ville tropicale, un peu hallucinée, à la manière de Rhum Express, de Hunter Thompson (le livre hein, pas le film). Ca commence plutôt bien donc, et puis, à la page 3, tout bascule. Le narrateur rencontre un jeune lutteur sur la plage, le paye, et nous gratifie d’une description de leurs ébats assez précise  et plutôt sale. En lecteur consciencieux, on patiente, on attend la suite des errances. Et malheureusement le roman se résume à un enchainement de scènes pornographiques gay, crues, voire très crues, à vous faire regretter la Princesse de Clèves. Ne nous trompons pas, nous aimons ça, le cul, mais lorsqu’il a un intérêt littéraire, ce qui n’est pas le cas ici. A livre nul, critique courte, car comme on le dit en Provence, "beau chemin n’est jamais long".

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Gonzo-aphia, en fait

Les érections américaines, d’Amanda Sthers

23 oct
Une moustache de trop

Impuissance glabre

Flammarion

Lu par Philippe

Ce livre est inutile. Voilà. J’ai perdu une heure de ma vie. C’est une merde.

Comme j’ai envie de rajouter des images rigolotes à cette critique, je vais vous expliquer pourquoi, mais fissa, hein, on a tous autre chose à faire.

"Parfois, un pistolet n'est qu'un pistolet"

"Parfois, un pistolet n’est qu’un pistolet"

Ça pue la commande bâclée

Passons sur les erreurs factuelles, les coquilles et les approximations. Ce livre, qui se veut être une plongée dans la tête du tueur de la fusillade de Newtown, est soit mal écrit, soit trop écrit, avec des images qui sonnent parfois juste sur le papier, mais mal dans la phrase, le paragraphe, et finalement tout le bouquin. Combien de pages vides et consternantes de prétention… Ça pue le livre de commande bâclé, parti sans conviction d’une idée de titre qu’elle a du trouver "rigolote".

Ça pue le prix Pilon…

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Le Frisbee, c’est le rond, le féminin, l’ovule. Ce lanceur a donc un rapport trouble avec les femmes, qu’il doit rejeter. Amanda conclue qu’il est pédé.

D’ailleurs, assez vite, Amanda est fatiguée par son sujet et se met à parler d’elle. L’écrivain-enquêteur se la joue plus capote que Truman et mâtine ses réflexions de considérations sur sa petite personne qui est trop une déglingos, en fait. "Mes lecteurs seront un peu choqués de savoir que derrière mon image proprette … et Bla blabla". Non, on s’en fout, Amanda, il nous en faut plus pour nous choquer.

Le supplice ne s’arrête pas là : elle alterne discours de sciences pipo sans fondement sur les causes du massacre, généralisation lourdingue sur la société américaine, psychanalyse de comptoir éculée, et quant-à-soi. Elle nous prend vraiment pour des quiches, cette publication est une insulte au lecteur. Ce qui donne en substance (d’où le titre)  :

Le livre en un paragraphe

"Il a tiré parce qu’il était frustré sexuellement, comme toute la société américaine qui est un peu névrosée, entre performance et puritanisme, enfin j’crois. Mais siiii ! Tu sais, le pistolet c’est un symbole du sexe, nan? Tu tires, tu vois, c’est clair quand même, "tu tires"…  Ensuite, bon d’accord, oui, il y a la violence et les jeux vidéos, ça c’est sûr ça aide pas, les jeux vidéos. Mais je suis pas certaine que c’est le fond du problème. Et je te dis ça de mon point de vue, parce que je suis pas genre in-fail-lible, tu vois, moi, du fait de ma propre histoire personnelle, bon là j’ai souffert avec ce livre, mais je me vois plutôt comme un écrivain du sentiment et donc en fait…."

Surfer sur la vague de Fukushima, c'était pas une bonne idée.

Comme ce livre est pourri, je préfère encore mettre une dame qui surfe. On remarquera le coordonné de rose.

Ça y est, vous avez lu le livre et encore, c’est mieux écrit comme ça.

Un excellent candidat pour le prix Pilon 2013.

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Au revoir là-haut, Pierre Lemaître

22 oct
Sociologie du poil et pilosité chômeuse

Moustache de poilu, tout simplement

Éditions Albin Michel

Lu par Lina
 Avec une variation sur la Grande guerre, Pierre Lemaître est un peu en avance sur son temps : d’une année tout au plus. Le prix Virilo a appris à connaître la lourdeur des éditeurs, et vous parie sa moustache qu’il y aura pour la rentrée 2014 une déferlante d’ouvrages sur la Guerre de 14.cvt_Au-revoir-la-haut_9324

En attendant le tir de barrage, le jury peine a se montrer drolatique devant la qualité de l’ouvrage de monsieur Lemaitre.

L’histoire s’amorce lors des dernières batailles de 1918. L’armistice est proche, et pourtant chaque mètre gagné sur l’adversaire reste une petite victoire. Pierre Lemaitre dépeint, une fois Rethondes passée, cette société d’après-guerre où l’on souhaite à la fois récompenser les héros de guerre et oublier bien vite leurs gueules cassées. Le cynisme vainqueur par KO.

Un casting de gueules cassées

 

Le héros, Albert Maillard, n’a rien d’une croix de guerre. Il est gentil mais maladroit, ultra-émotif et quelque peu froussard. D’ailleurs, il a failli y rester sur le champ de bataille.
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Au moins en 14-18, y avaient des poilus, comme le jury les aime !

Édouard Péricourt, fils de grande famille, génie du dessin, y a laissé lui la moitié de son visage.

Pradelle, le beau gosse arriviste, qui par de cruelles manipulations se fait passer pour un héros de guerre, compte bien utiliser cette notoriété pour gagner sa fortune. Chacun à leur manière, les personnages vont contribuer à mettre en œuvre les plus grandes arnaques de l’après-guerre.

Extrait, attention aux jeux de maux :

« Avant-guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvaient banale vue de face, mais très jolie vue de dot "

Au-delà de la description sensible d’une époque, le rythme du récit, le suspens, l’humour et la dérision de l’écriture, la force de l’émotion et la justesse des sentiments portent le lecteur jusqu’à la dernière page.

Bref, un roman, un vrai, qui rappelle aux autres prétendants du Virilo toute l’exigence d’un livre qui se place dans une bonne bibliothèque a bacchantes.

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Les soldats de 14-18 c’étaient vraiment des supers héros !

La nuit en vérité, de Véronique Olmi

22 oct
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Poil pubien adolescent

Éditions Albin Michel

Lu par Claire

Pitch déroutant, livre étonnant

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C’est celui qui l’a dit qui l’est

Enzo, douze ans et beaucoup plus de kilos, vit avec sa mère Liouba dans un immense appartement parisien bourré d’oeuvres d’art. Seulement voilà : Liouba est femme à tout faire au black pour le compte de patrons toujours absents, et vit avec son fils dans une petite pièce de la demeure. Les dits patrons, dans leur grande magnanimité, ont permis à Enzo d’être inscrit dans le collège huppé du quartier : une chance qui a fait son malheur. Trop gros, trop pauvre, trop solitaire, Enzo déchaîne les mesquineries adolescentes. Pour ne pas peiner sa mère suffisamment pitoyable, jeune-vieille "encore dans ses vingt (ans)" ; Enzo souffre en silence et engloutit des montagnes de nourriture pour calmer son angoisse affolante. Happé dans un quotidien de plus en plus mortifère, il s’échappe dans des rêveries historiques et fantastiques. Enzo Popov, quelle idée, aussi, d’avoir un nom pareil…

La finesse d’une écriture poids lourd

nuitLe coup de maître de Véronique Olmi consiste à aborder des sujets douloureux sans apitoiement, tout en usant d’un style poétique et d’un art consommé de la retenue dans l’émotion, dont l’association produit bien plus de densité et de véracité que ne le ferait un réalisme forcené. Etrangement, le lecteur creuse son trou auprès de Liouba et d’Enzo, séduit par la maturité du garçon et la fragilité de la mère, pressé de savoir jusqu’où cette spirale du ras-de-bol emmènera ce couple singulier, emporté par la magie inattendue qui imprègne le récit. Car ce qui sauve la mère comme le fils, c’est ce désir latent de liberté et d’échappée hors des conventions et des obligations, deux concepts dont ils souffrent déjà dignement.

Ce roman peut encore paraître, ainsi caché par ce résumé, rempli de bien-pensance et de fioritures. Parions que vous serez surpris les premiers de votre propre intérêt.

Neverdays, d’Alizé Meurisse

21 oct
Barbiche shizophrène

Barbiche shizophrène

Lu par Claire

Editions Allia

Marre de ma vie de Brad Pitt, j’préfèrerais m’appeler Jean-Paul

Quoi, tu ne me reconnais pas? C'est moi, Angelina!

Quoi, tu ne me reconnais pas? C’est moi, Angelina!

C’est vrai quoi, la célébrité, ça t’éloigne de toi-même en te jetant dans les bras des autres. Voilà ce qui arrive au protagoniste de Neverdays, fringuant acteur français au sommet de la gloire et de la musculation, coureurs de jupons et cynique de première. Dans la vie, il tourne, il baise, il tourne, il boit, il baise, il… Bref. Dur dur d’être célèbre. Soudainement dépité par la vacuité de son existence qui ne lui appartient plus, résumée aux biftons de son agent et aux fantasmes des femmes, notre héros découvre un jour par hasard une étrange clinique où l’on offre au client de se transformer pour quelques jours dans la peau d’un inconnu, un anonyme donateur d’ADN. Ok, la transfusion fait mal et fait gerber, mais qu’importe : la star se retrouve transformée en petit gros peu attrayant, exactement ce qui lui fallait pour reprendre goût à la vie. Le voilà qui s’accroche à sa nouvelle existence, devenu accroc aux shoots d’ADN, à l’anonymat et au régime pizza-bière. Pire, il se trouve une copine, une vraie : pas trop belle, pas trop moche, normale.

Une écriture entre " le saviez-vous? " et American Psycho

Première personne et fond psychopathe rythment la narration du protagoniste, découpée en petits chapitres qui débutent tous par une citation, le plus souvent en anglais. (NB : la propension aux citations anglophones de l’auteur risque d’en agacer certains).

Gros coup de mou pour la star

Star, grosse teuf, petit gros, et coup de mou : le livre en une image

Ce récit autobiographique de fiction s’appuie également sur une foule de fun facts à la "le saviez-vous" qui illustrent le propos : de là à se demander si l’auteur n’a pas choisi ce mode opératoire comme source d’inspiration, il n’y a qu’un pas. Exemple p.76 : "Mel Blanc, la voix de Bugs Bunny, était bien allergique aux carottes. C’est ça l’ironie. " Autre exemple p.11 : "Les relations sexuelles brûlent 360 calories par heure." (ndla: exemple choisi pour son évident impact SEO). Finalement, ça distrait, et ça confère une certaine originalité à ce roman qui a le mérite de ne pas copier ce qu’on faisait avant, mais de s’ancrer dans sa propre société. Facebook y est même cité. Sacrilège qui a du faire frémir le monde de l’édition.

book_652_image_coverUne auteur prometteuse

Si l’on se doute bien que l’auteur appartient elle-même de près ou de pas trop loin à ce monde pailleté du succès parisien, il n’en demeure pas moins que ce troisième roman envoie du steak. Là-dedans, on trouve tout un tas de choses, de l’imagination, des images vivantes et musclées, de la poigne et de la science, un ensemble boosté qui rend la lecture plaisante. Dommage cependant que la fin tombe dans l’écueil du flou et du poussif, comme si l’auteur, décidée à terminer, n’y avait pas mis le punch qui transpire dans le reste du roman. Un poil décevant, mais to be continued.

Les faibles et les forts, de Judith Perrignon

18 oct
Black beard

Black beard

Lu par Claire

Éditions Stock

Un livre qui poke là où ça fait mal

Un livre qui poke là où ça fait mal

Ce n’est pas parce que le président des Etats-Unis est noir que les problèmes de racisme ont disparu dans ce pays.

C’est sur ce brave constat digne d’une discussion à la boulangerie un dimanche matin que Judith Perrignon s’est magistralement appropriée la culture et la façon de parler d’une famille noire-américaine, sévèrement chahutée par une population intrinsèquement méfiante, abolition de la ségrégation ou pas.

L’indigne vieille femme est celle qui s’exprime le plus à travers les lignes de l’auteur, et sa vision historico-ironico-réac de la société, sa propre famille en premier, ne se lit pas sans un certain plaisir. Mary Lee, qui en a vu plus d’une et a elle-même grandi sous le joug de la ségrégation,  regarde d’un mauvais œil ses petits-enfants entrer dans le jeu de ceux qui leur crachent dessus. Car Mary Lee habite avec sa fille Dana, mère célibataire d’une tripotée d’enfants sans pères. Des enfants, et une fille, qui prennent tour à tour la parole sous la plume habitée de swing de Judith Perrignon.

les-faibles-et-les-forts-de-judith-perrignon-948874754_MLDe flashbacks historiques en critiques poétiques, Mary Lee repense au temps de son enfance, lorsqu’il était interdit aux enfants noirs de se baigner. Cette barrière culturelle à l’apprentissage de la natation, qui marque la société américaine depuis l’époque de l’esclavage, marquera la famille bien plus fortement que tout ce que le racisme quotidien n’avait pas encore réussi à faire.

Sans misérabilisme et avec une justesse de ton et de description étonnante d’un monde auquel elle n’appartient vraisemblablement pas, Judith Perrignon signe ici une parenthèse rafraîchissante dans le paysage désolé d’une rentrée littéraire en cruel manque d’inspiration. Peut-être parce que ce roman est inspiré d’une histoire vraie. Et que cette histoire se passe à des milliers de kilomètres de Saint-Germain des Prés.

La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb

16 oct
Capitalement glabre

Nostalgiquement glabre

Editions Albin Michel

Lu par L.

Chouette Amélie revient à ses premiers amours, elle écrit à nouveau sur le Japon, peut-être enfin un bon livre en perspective…

Et non, comme tous les ans c’est raté…

Les vacances d'Amélie au Japon

Les vacances d’Amélie au Japon

Elle nous raconte juste son voyage au Japon pour une émission de la télévision française qui souhaite faire un reportage sur son enfance… Elle appréhende ce retour au pays, qu’elle avait dû quitter à l’âge de 5 ans, une rupture qui a marqué toute son existence, le pays a-t-il changé ? Comment vont se passer les retrouvailles ?

Mais Amélie se fout bien de nous, en réalité, elle y est déjà retourné, c’est son second premier retour en terres promises. Elle avait déjà revu sa nounou, mais bon c’est vrai là, c’est peut être la première dernière fois qu’elle la voit, c’est vraiment triste ! Un petit tour à Fukushima même si ça n’a aucun rapport avec son enfance, des paysages de désolation, quelle surprise (mais c’est trop tard, Fukushima, c’est so 2012, Amélie).

Bref, via cette critique, Amélie si tu me lis, ou quelqu’un de chez Albin Michel, j’aimerais beaucoup qu’on me rembourse…

Morale de cette histoire : même avec un vibromasseur, lire du Amélie Nothomb c’est chiant…

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