Namelist, la rencontre

6 sept

« Il existe un lien entre l’achat de pot à moutarde de 10 L. et un vote RPR. »

- L’ITW de la NAMELIST (propos recueillis par Philippe)

Comme tout n’est pas roman, le Prix VIRILO a décidé de rencontrer des auteurs portant haut la moustache de l’élégance littéraire sans pour autant être dans la course aux Prix : premiers élus, les auteurs du brillant blog de la NAMELIST.

Nous recommandons à Pierre une moustache fournie, type "Maître fromager"

La simplicité de l’idée participe à la beauté de ce tumblr : un prénom, une image, suivie d’une description courte et naïve comme un couteau. Si vous souhaitez comprendre pourquoi vous ne pouvez déjà plus appeler votre enfant Ulrich, Cathy ou encore Ophélie, nous vous invitons sans plus tarder à constater l’hécatombe sur ce lien… Un petit avant-goût :

« Ophélie ne peut être que jeune et jolie. Dommage pour Ophélie, condamnée depuis sa naissance à courir après son prénom. »

Le brillant jeu de massacre continue. Les auteurs remplissent leur tableau de chasse dans l’ordre alphabétique et en sont à leur deuxième « V », un certain Valery « plus long que grand ». C’est dans un effort désespéré pour ne pas voir leurs prénoms rapidement souillés par un texte assassin que trois moustaches viriles sont allées à la rencontre des auteurs, dans le charme étrange d’un restaurant italien que l’on pourrait qualifier d’agressivement cosy. Pierre et Julien, deux des trois auteurs (Johann est en Espagne) s’assoient. Tout le monde se moque rapidement d’un des jurés, Stéphane, car il a pris un cocktail de fiotte (une Frozen Magarita bien peu virile). Pour votre confort de lecture, nous supprimons les (hahaha) (rires) et (lol) qui auraient pu parsemer le texte.

« Depuis peu, Alain a une Hyundai. »

VIRILO : Allez, on arrête de se moquer de Stéphane. Qui êtes-vous, et comment est née cette merveilleuse idée ?

Julien s'arrache "au doigt" les poils pour ne laisser que la moustache pour la photo. Un geste fort apprécié.

NAMELIST : Nous sommes deux amis du Nord de la France. On se connaît depuis déjà quelque temps et auparavant on s’était commis dans quelques petits essais d’écriture commune, mais rien de très abouti. Nous nous sommes retrouvés lors de vacances dans un camp pour handicapés (sic) et nous avons commencé une sorte de journal de bord de vacances. Nous avons gratté des généralités très courtes, très ramassées, des phrases définitives comme « Toutes les Sandy ont un tatouage de dauphin ». Ça nous a plu. Nous avions les bases d’un précis de Monognomonie (ndlr : science des prénoms).

Passer à l’étape du tumblr a changé le format (description plus longue notamment) mais l’idée était là : un nom, et une description, souvent acide.

Par la suite, un troisième auteur nous a rejoints (Johann Trümmel), et nous travaillons à distance avec lui.

« Il existe un évènement, sinon grave, du moins fondateur, qui fit basculer le cours des choses. Un matin de printemps, Véronique découvrit le monde de la verrine. »

VIRILO : Justement, on est assez surpris de voir trois auteurs : Quand on lit le blog, on a l’impression d’une grande cohérence, d’une écriture et d’un rire commun, quelles règles stylistiques vous fixez-vous ? Comment faites-vous pour travailler à plusieurs mains ?

NAMELIST : Tout d’abord, il y a du travail d’écriture, beaucoup de relecture entre nous, on efface. Mais au-delà de quelques règles de base (ne pas faire trop long, être percutant), l’exercice impose déjà de lui-même un langage commun, à commencer par l’humour. Mais on ne peut pas dire qu’il y ait une recette. On n’a pas encore industrialisé le process. Evidemment, on confronte nos idées et parfois nous ne sommes pas d’accord, mais on ne va pas non plus se blesser les uns les autres. C’est un équilibre.

« Rarement aura-t-on autant joui de la transparence d’un prénom : Cathy est petite, nerveuse mais vraiment sympa. »

VIRILO : Pierre Jourde a écrit un portrait… Vous acceptez les contributions ?

NAMELIST : En fait pas trop, sinon nous devrions mettre le moindre texte envoyé par nos amis et même si cela peut sembler réducteur, nous préférons garder le contrôle de ce qui est écrit. Vous parliez de cohérence. Il faut en effet aller loin dans le détail et tout texte, même très drôle, ne peut pas être dans la NAMELIST. Ce n’est pas un blog participatif. Maintenant quand une personnalité se donne du mal et veut bien nous envoyer un texte, on ne va pas le nier, c’est gratifiant et super sympa.

VIRILO : Vous parliez du rire comme langage commun, mais ce n’est pas n’importe quel rire, c’est très grinçant, assez méchant, et ce qui est d’autant plus cruel c’est que vous n’êtes pas tant dans la caricature que ça…

NAMELIST : On y a réfléchi, et on ne pense pas écrire quelque chose de gentil, ce ne serait pas dans l’esprit. En même temps, c’est vrai que l’on ne force pas tant le trait que ça. On est peut-être cruel mais on essaie de ne pas être gratuitement méchant.

« Petite meuf enthousiaste, Alix croque la vie à pleines dents. Durant ses années lycée, un peu débridées, Alix faisait figure de fille “un peu ouf question cul”. »

VIRILO : Vous ne visez pas n’importe qui. Ça fait penser à l’émission « strip tease », mais qui parlerait des personnes qui d’habitude passent totalement sous le radar, pas les beauf’, plus les gens très communs.

NAMELIST : Oui, exactement. On n’aime pas taper sur des cibles faciles, des pauvres gens. Et se moquer de la misère ce n’est pas très drôle, c’est assez sordide en fait. Que quelqu’un possède une moquette orange et une vieille tapisserie à fleur, je trouve cela moins drôle que quelqu’un « qui est fier d’avoir une Honda ». Notre ciblage est assez large en fait, là encore nous ne nous fixons pas de règles. L’essentiel c’est le rire du détail. Tous ces petits traits de caractères dessinent une sociologie cachée que nous prenons plaisir à révéler. Nous pensons par exemple qu’il existe un lien entre l’achat de pot à moutarde de dix litres et un vote RPR. Ou à la rigueur d’être adjoint dans une mairie « divers droite ».

« Nestor boit une décoction de racines. Puis il court poser un res-ex (étron) aux toilettes, comme tout le monde. (…) Mais tout le monde n’est pas possesseur d’un chignon. »

VIRILO : Vous évitez d’ailleurs particulièrement bien les clichés. On dirait des anti-portraits « à la Amélie Poulain », mais avec toujours une grande justesse dans les références, avec des idées que l’on ne trouve pas ailleurs.

NAMELIST : Nous recherchons le micro-détail qui va faire mouche et qui va parfois donner tout son sens à un nom. Il faut l’expression qui va avec : « Le monde de la verrine ». Nous aimons également beaucoup travailler sur le jardin secret, la petite fierté tapie ou la petite honte cachée. C’est une excellente matière littéraire. Mais là encore c’est le détail qui permet de sortir du cliché. Qu’Alain ait eu la folie de faire deux chèques en bois dans sa vie et qu’il s’en souvienne, bon OK, mais ce qui est encore plus drôle, c’est pourquoi il les a faits… Il faut juste aller un petit peu plus loin dans le détail et ça devient poilant.

« Ulrich insiste bien : c’est Ulrich, pas Ulrik. Il s’est renseigné auprès de son corres’ allemand lors du voyage scolaire de 3e. » 

VIRILO : Et tout ça sans vulgarité…

NAMELIST : Oui, ou juste la vulgarité commune, celle qui sortirait de la bouche du « prénom ». En tant qu’auteurs, nous évitons de porter des jugements de valeur trop évident dans le texte. Ce serait trop lourd par exemple d’écrire « Une passion à la con », on préfèrera évoquer « une singulière passion ».

VIRILO : Prenez-vous exemple sur des proches ? Et comptez-vous écrire sur vos propres prénoms ?

NAMELIST : Parfois, on s’inspire, oui, on ne peut pas s’en empêcher. Mais certaines personnes sont des patchworks, il y a un peu de tout le monde dedans. D’autres sont plus identifiables. C’est sûr que ce n’est pas agréable de se « lire » dans le blog, mais ce n’est possible que pour un ou deux prénoms… Et puis on ne va pas s’épargner : on compte écrire sur nos prénoms, mais on cherche encore la meilleure manière. Soit en écrivant sur nous-mêmes en étant particulièrement méchant, soit en dézinguant un autre auteur… Nous verrons bien.

« Ce qui est bizarre, c’est que Sabine adore souvent ce qu’elle voit, mais termine toujours par une même remarque à la sortie : c’était génial, mais le précédent était quand même mieux, histoire de bien montrer à tout le monde qu’elle connaît, (…) que Bloc Party elle avait trouvé leur premier single en import, bien avant qu’ils soient connus en France.»

VIRILO : A l’heure de se quitter, quelle actualité pour la NAMELIST, le média internet est-il le seul horizon ?

NAMELIST : Eh bien nous en sommes à notre troisième alphabet, toujours en alternant un homme, une femme. Nous allons également écrire dans CHRONIC’ART, trois noms par numéro, dès la rentrée. Ça c’est de la grosse actu. Et Inch’ Allah, disons pour Noël 2012, nous espérons un livre, mais ce n’est pas encore fait…

Retrouver la NAMELIST régulièrement pour un nouveau prénom sur ce lien, et dans le CHRONIC’ART papier, dès maintenant, youhou !

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Une Réponse to “Namelist, la rencontre”

  1. Xav Plass 6 septembre 2011 at 16 h 13 min #

    Noms de non, un cross-over Virilo Namelist bien intéressant !

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